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Education: Facebook doit entrer à l'école

Pourquoi les écoles ne doivent plus bloquer l'accès aux réseaux sociaux.

Dimanche 3 Janvier 2010
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Dans une école de la banlieue de Washington, D.C., l'enseignant préféré des élèves est aussi une star locale sur YouTube.  A son insu, des étudiants l'ont filmé avec leurs téléphones portables en train de danser sur l'air de «Soulja Boy Tell 'Em» et sur d'autres chansons que les étudiants lui ont apprises.

Une enseignante de la même école a trouvé quelque chose de moins attendrissant en tapant sur Google le nom de l'école: des vidéos d'étudiants en train de se battre. Ils ont posté les vidéos sur MySpace et ont lancé un débat pour savoir qui utilisait les meilleures techniques de combat.  L'enseignante a aussi trouvé le court métrage d'un groupe de filles qui s'étaient filmées en train de danser de façon provocante dans la cage d'escalier de l'école. Ces vidéos étaient choquantes et souvent très bien réalisées, avec des angles de caméra multiples et une mise en scène sophistiquée.

Si la direction de l'école avait été au courant de l'existence de ces vidéos, elles auraient été supprimées et leurs auteurs adolescents auraient risqué la suspension - y compris ceux qui ont appris à leur enseignant la danse de Soulja Boy. Les écoles ont presque toutes adopté une réponse unanime face à Facebook, MySpace et YouTube: la répression et le silence. Les directeurs bloquent l'accès à ces sites parce qu'ils veulent préserver leurs salles de classe des dangers associés aux réseaux sociaux - harcèlement, brimades, publicité abusive, violence et exhibition sexuelle.

Mais cette attitude est de courte vue. Les éducateurs devraient cesser d'imaginer des façons de réprimer la formidable énergie intellectuelle et sociale que les jeunes investissent dans ces médias et commencer à envisager des façons de rediriger cette énergie, afin qu'elle soit dépensée dans la salle de classe plutôt qu'à l'extérieur. Après tout, ce n'est pas comme si la plupart des jeunes investissaient cette énergie dans, disons, les mathématiques. Alors, pourquoi ne pas essayer de construire un pont entre le monde de Facebook et YouTube et celui de la salle de classe?

La raison primordiale de cette attitude est la peur. L'exemple de Megan Meier, l'étudiante de 13 ans qui s'est suicidée après que la mère d'une ex-amie ait crée un faux profil sur MySpace pour l'humilier, sonne comme un avertissement contre l'intervention des écoles dans la complexité de la vie sociale virtuelle des jeunes. Pour répondre aux menaces des cyber-prédateurs et à la sollicitation en ligne des mineurs, la Chambre des Représentants a voté un projet de loi en 2006 - the Deleting Online Predators Act (Projet pour supprimer les prédateurs en ligne) - qui obligerait les écoles à bloquer l'accès des étudiants aux sites tels que Facebook, MySpace et LiveJournal.  Le Sénat a fait des propositions similaires.  Et même sans mandat du Congrès, beaucoup d'écoles ont pris l'initiative d'interdire aux étudiants - et aux enseignants - l'utilisation de ces sites.

Mauvaise idée. Des chercheurs ont déjà démontré les bénéfices des médias traditionnels pour les enfants. Regarder 1 Rue Sésame ou Blue's Clues améliore la capacité des enfants à résoudre des problèmes et les prépare pour l'école.  Apprendre aux étudiants à utiliser des logiciels de traitement de texte, de Web design et de production vidéo est un moyen prouvé pour repêcher des adolescents à risque à l'école, et, éventuellement, les aider à trouver un emploi.  Les réseaux sociaux peuvent aussi aider les étudiants qui ont des problèmes de socialisation, car ils font appel à la fibre naturelle qu'on les enfants pour trouver de nouvelles façons de communiquer.

Comment les enseignants peuvent-ils introduire les réseaux sociaux dans la salle de classe? Pour commencer, les jeunes peuvent parler de ce qu'ils font sur Facebook et cie, présenter les façons dont ils opèrent des connexions entre eux, et partager les vidéos et les logiciels qu'ils ont créés.  Une fois la conversation engagée, les enseignants identifient quels étudiants ne participent pas et doivent trouver les façons d'accroître la capacité d'implication de ces étudiants pour les mettre à niveau. Les enseignants peuvent gérer le projet en sélectionnant le contenu et les conversations les plus intéressantes et en les intégrant dans les troncs communs du curriculum. Si un étudiant a créé une entrée sur Wikipedia pour un groupe de musique ou une équipe sportive locale, d'autres pourraient travailler en équipe pour réviser sa contribution ou pour l'incorporer dans un projet plus large sur l'histoire locale. Le moteur pour les projets d'école ne doit plus être exclusivement un seul enseignant débordé.

Les écoles peuvent aussi identifier des étudiants à potentiel, tels ceux qui ont fait les vidéos de danse dans la cage d'escalier, et les charger de produire une vidéo pour l'école sur un sujet plus digne - la reconstitution d'une scène historique ou littéraire, par exemple. Mais ce n'est pas aussi simple que de dire «Ecrivez un poème au sujet de vos frustrations, rappez-le sur une vidéo et postez-le sur YouTube.» Un enseignant peut plutôt les charger de filmer un passage de La lettre écarlate qui met en scène la mécanique de la honte que l'on fait subir à l'autre et puis leur demander d'écrire comment cela se déroulerait sur leurs «mini-feed» sur Facebook. Dans le cour de maths, les étudiants pourraient développer des modèles statistiques et des graphiques sur la circulation des flux d'information dans les réseaux sociaux.  Pour comprendre comment marche la publicité, des étudiants de différents milieux avec des habitudes en ligne divergentes pourraient comparer ce qu'on essaie de leur vendre.  Et pour un projet journalistique, des équipes d'étudiants pourraient agréger des récits d'autres étudiants provenant des blogs, de Facebook et de Twitter et en faire une analyse collective en temps réel.

Ce faisant, les enseignants acquerraient des capacités techniques et seraient en meilleure posture pour éviter, à l'avenir, des problèmes avec le monde virtuel.  Prenez par exemple ce post récent, venant de Washington, D.C., sur MySpace: «Je te jure que quand je vais croiser Martin et Kris sur le bus, ils vont avoir de mes nouvelles, Trina, t'es une moucharde, moi et Bobby allons les tuer.» Un psychologue à l'école qui serait au courant de ce message pourrait parler aux enfants dans l'espoir d'empêcher une bagarre dans le monde réel.

Les écoles pourraient aussi en profiter pour capitaliser sur l'expertise technique des étudiants. Plutôt que de dépendre de sociétés privées telles que Blackboard pour se procurer des logiciels hors de prix, les écoles pourraient demander aux étudiants des cours d'informatique de créer des outils et des applications adaptées aux média sociaux afin de créer et partager des projets.  Ensuite, ces projets pourraient être mis sur le site web de l'école, dans un magasin de type iTunes. Moodle, Ck12.org, et Sakai sont des exemples géniaux de la manière dont des écoles se servent de ces nouvelles techniques d'apprentissage, à la fois ouvertes et rentables.

Certains enseignants et directeurs d'école objecteront que de telles propositions récompensent incidemment des étudiants pour leur mauvais comportement sur le Web. Mais il y d'autres façons de discipliner que l'utilisation de la punition. Produire une vidéo est lent et laborieux; un étudiant peut être contraint à manquer la recréation ou à rester après l'école pour le faire.

Une autre objection est que de telles propositions effacent la distinction entre la cour de récré et la salle de classe, et pourraient permettre l'invasion de la vie des jeunes par le commérage anonyme venu du web. Il est vrai que la salle de classe peut parfois servir de refuge face aux désordres et aux conflits du monde extérieur. Mais fermer la porte de la salle de classe aux médias sociaux ne fera que rendre plus vide de sens le monde virtuel. Il y a 100 ans déjà, John Dewey avait prévenu que quand les enseignants supprimaient les sujets naturels d'intérêt des enfants dans la salle de classe, ils «remplaçaient l'enfant par l'adulte, et ainsi affaiblissaient la curiosité et la vivacité intellectuelles, supprimant l'initiative et tuant l'intérêt». En interdisant les réseaux sociaux à l'école, les enseignants et les directeurs font exactement la même erreur. Ils devraient plutôt s'attacher à rencontrer les jeunes là où ils vivent: sur le web.

Nicholas Bramble.

Nicholas Bramble est chercheur à l'Information Society Project de la faculté de droit de Yale.

Traduit par Holly Pouquet

Lire également sur Facebook: Qui peut arrêter Facebook?, Contre Facebook, Twitter, Google, internautes de tous les pays unissez-vous! et Au secours, ma mère est sur Facebook!

Image: Flickr Quang Minh

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Comments

comme la langue d'Esope!

les réseaux sociaux peuvent être, eux aussi, la meilleure et la pire des choses, selon l'usage que l'on en fait; et comme en général le pire est une option assez probable, l'école a tout à fait raison de fixer des limites!! et la" formidable énergie intellectuelle et sociale des jeunes" peut être concentrée sur d'autres outils informatiques que Facebook! quand à la comparaison entre Sesame Street et les réseaux sociaux, elle manque un tant soit peu de pertinence!

dest

Quelle horreur...

Il n'y a pas si longtemps que ça que j'ai quitté l'école, et rien de ce qui est proposé ici ne m'aurait intéressé. Mais vraiment rien.


"Parler en classe de ce qu'ils font sur Facebook et cie
"Charger des "étudiants à potentiel" de produire une vidéo pour l'école sur un sujet plus digne - la reconstitution d'une scène historique ou littéraire, par exemple.
"Développer des modèles statistiques et des graphiques sur la circulation des flux d'information dans les réseaux sociaux
"Agréger des récits d'autres étudiants provenant des blogs, de Facebook et de Twitter et en faire une analyse collective en temps réel.
"Capitaliser sur l'expertise technique des étudiants."


Tout ça ressemble pour moi à des punitions. C'est vraiment quelque chose qui ne m'intéresse pas du tout du tout – alors que l'école m'intéressait beaucoup.
Je crois bien que j'aimais aussi séparer la vie de l'école. Parler de facebook à l'école rend facebook pénible et lui enlève tout son côté ludique et "fun". Ça ne peut pas marcher.

Je prends comme un coup de vieux : est-il vraiment possible que tout ait tant changé en quelques années, et que ce qui m'amusait plus jeune soit de l'histoire ancienne ?
Ou est-ce Nicholas Bramble qui se fait une fausse idée de la jeunesse ?...

Parler en classe

J'aime bien ce qu'écrit Sorwell et son regard critique sur les gens qui courent après une jeunesse fantasmée.
Je ne connais pas Bramble, mais ce qui en est rapporté dans l'article ne me dit rien qui vaille : j'y vois un big brother auto-organisé, bien plus malin et pernicieux que tous les machins centralisés du siècle passé.
Pas loin de l'enfer.
Et aucun sanctuaire scolaire pour y échapper.
Brrr...!

Ou l'art de fabriquer des fans de Starac & Co.

Moi il y a longtemps que j'ai quitté ....
... et cela est dans l'air du temps : pas d'Histoire (éviter XYZ), apprendre les chansons de l'année (bien sur choisir celles en slang du jour), faire de l'assemblage de commentaires (éviter la création), faire de l'analyse en groupe (éviter la note individuelle), etc. ...
Avec de telles méthodes les chercheurs du CNRS peuvent attendre leur retraite tranquillement et TF1, FR2, M6 ... seront en phase avec le formatage de leurs émissions.

Andre 31 FR

Stop aux dérives !

La numérisation des médias n'est pas une raison pour que les profs (l'école en général) s'immiscent dans la vie privé des élèves.
Ceux-ci savent très bien faire la différence fondamentale entre leurs réseaux sociaux et les relations qu'ils développent ou non à l'école.

L'école n'arrive déjà pas à palier les manques de l'éducation parentale. Laissons la enseigner. Repensons l'orientation et arrêtons de lui inventer d'autres rôles d'éducateur spécialisé ou d'animateur de quartier.

Développer tous vos idées au sein d'associations (facultatives de fait, animées éventuellement par quelques parents d'élève ou plutôt dans un tout autre cadre que l'école) n'est en revanche pas stupide.

Ben

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