Allemagne

L'Allemagne de l'Est, future «start-up nation»?

Daniel Vernet, mis à jour le 21.09.2017 à 14 h 38

Vingt-sept ans après la réunification, les diplômés du supérieur d'Allemagne de l'Est vont encore bien souvent chercher fortune à l'Ouest. L'Université et les entreprises de la région tentent d'inverser la tendance.

Les locaux de l'incubateur de start-up Rocket Internet, le 13 avril 2012 à Berlin (Allemagne). Jens Kalaene / DPA / AFP.

Les locaux de l'incubateur de start-up Rocket Internet, le 13 avril 2012 à Berlin (Allemagne). Jens Kalaene / DPA / AFP.

Le 24 septembre, l’Allemagne vote pour renouveler les 630 sièges de son parlement, le Bundestag. À quelques jours du scrutin, slate.fr plonge dans le quotidien d’une société souvent érigée en modèle dans les autres pays européens. Après être allé à la rencontre des laissés-pour-compte de la croissance allemande et s'être interrogé sur l'immixtion de la Turquie dans la campagne électorale, on s'intéresse à la stratégie de l'Allemagne de l'Est pour retenir ses cerveaux.

Lors des premières élections libres de la RDA, qui n’avait plus que quelques mois à vivre avant de se fondre dans la République fédérale d’Allemagne, feu le chancelier Helmut Kohl promettait des «paysages florissants». Vingt-sept ans sont passés et la situation dans les «nouveaux» Länder de l’Est est plutôt contrastée.

Politiquement, c’est là que le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AfD) réalise ses meilleurs scores. Elle a dérobé aux héritiers du Parti communiste la «fonction tribunicienne» de protestation contre le «système». Pendant la campagne électorale, l'AfD a réservé un accueil mouvementé à Angela Merkel, dont elle a perturbé les meetings par des concerts de sifflets et de cornes de brume.

Économiquement, l’État fédéral a beaucoup investi dans les infrastructures, qui sont souvent plus modernes qu’à l’Ouest. Mais les salaires et les retraites y sont encore plus faibles et la population a tendance à diminuer. Le taux de chômage est de deux à trois points plus élevé (autour de 9% pour une moyenne nationale de 5,6%). Les jeunes vont chercher du travail «à l’Ouest».

Objectif: lutter contre la fuite des cerveaux

«Comment l’esprit vient aux filles…», se demandait La Fontaine. Comment «l’esprit d’entreprise» peut-il arriver dans un pays dépourvu de tradition libérale où pèse encore l’héritage de l’économie planifiée?, se demande Daniel Worch, secrétaire général d’Univations, la plate-forme de soutien aux start-up de l’Université Halle-Wittenberg.

Dans ce petit Land de Saxe-Anhalt de 2,3 millions d’habitants, qui se vante d’avoir été le berceau de la Réforme luthérienne, la réponse n’est pas simple. La Saxe-Anhalt, capitale Magdebourg, est coincée entre «l’État libre de Saxe», qui a retrouvé ses ambitions historiques après la réunification, et ce que Daniel Worch appelle le «Volkswagen Land», le réseau d’usines du constructeur automobile qui attire les talents à «l’Ouest».

Le Land n’est pas un désert intellectuel, bien au contraire. Il est le siège de deux universités, à Magdebourg et à Halle, et de cinq grandes écoles spécialisées, comparables aux IUT français. Le problème est qu’il forme des diplômés de l’enseignement supérieur qui, dès leurs études terminées, ont la regrettable habitude de le quitter pour des postes lucratifs «à l’Ouest».

Daniel Worch lui-même est allé à Munich fonder une société de services. Mais depuis, il est revenu et sa femme, une «Allemande de l’Ouest», précise-t-il, qui a fait ses études de médecine à Halle, continue à y exercer.

«Les investisseurs ne sont pas ici»

Portée par l’Université, le Land et quelques entreprises installées dans la région, la société Univations a pour vocation de conseiller et d’accompagner les créateurs de start-up. Une manière de lutter contre la fuite des cerveaux, de retenir en Saxe-Anhalt des diplômés qui seraient tentés d’aller chercher fortune ailleurs, même si ce n’est pas son objectif premier.

Univations ne finance pas directement la création d’entreprises, mais elle met en contact les porteurs d’idées et les détenteurs de capitaux. Là encore, la différence entre l’Est et l’Ouest se fait sentir. «Les investisseurs ne sont pas ici», dit Daniel Worch, «ils sont à l’Ouest». 

Installée dans le parc technologique de Halle, un des dix plus performants d’Allemagne, Univations met à la disposition des start-uppers des locaux et un réseau d’intermédiaires entre le monde académique et le monde de l’entreprise. Elle soutient une trentaine de nouvelles start-up chaque année et participe à la sélection de celles qui recevront une aide spéciale de l’État régional: une subvention mensuelle de 2.000€ pendant dix-huit mois pour chaque fondateur jusqu’au nombre de trois par entreprise, soit une bourse de plus de 100.000 € non remboursable, plus des crédits bonifiés de la Landesbank et/ou des participations d’entreprises privées.

Accompagner les start-uppers

Partout en Allemagne, dans toutes les universités, existent maintenant des incubateurs de start-up, reconnait Daniel Worch. Mais Univations, qui a été créée en 2004, présente cette originalité d’accompagner les fondateurs d’entreprises après leur départ de l’université. Et de les conseiller dans la compétition mondiale.

Un de ses  fleurons est une société qui produit des liquides permettant d’identifier de nouveaux marqueurs de protéines, dans un délai de deux heures au lieu de vingt-quatre pour les solutions traditionnelles. La société emploie cinq salariés à Halle et sa principale concurrente dans le monde n’est autre que General Electric. Une manière pour Univations et ses protégés de contredire la sagesse populaire, selon laquelle les Saxons n’auraient pas confiance en eux-mêmes.

Daniel Vernet
Daniel Vernet (429 articles)
Journaliste
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