Monde

Pour priver Trump de la bombe atomique, il faudra lui enlever la présidence

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 21.09.2017 à 11 h 17

Les menaces du président américain envers la Corée du Nord ont relancé le débat complexe sur la procédure de déclenchement des frappes nucléaires.

Des activistes antinucléaire grimés en Donald Trump et Kim Jong-un, le 13 septembre 2017 à Berlin. BRITTA PEDERSEN / DPA / AFP.

Des activistes antinucléaire grimés en Donald Trump et Kim Jong-un, le 13 septembre 2017 à Berlin. BRITTA PEDERSEN / DPA / AFP.

Deux images de Donald Trump. La première, à la tribune de l'Onu mardi, annonçant qu'il est prêt si besoin à «détruire totalement» la Corée du Nord. La seconde, le même jour, caricaturé en une du magazine Rolling Stone, poitrine en avant et bouche grande ouverte, sous le titre «La folie de Donald Trump».

Un fou a-t-il la main sur le bouton nucléaire de la première puissance mondiale? Sans être toujours posée aussi crûment (mais parfois, oui), la question agite les milieux politique et militaire américains depuis la campagne présidentielle. Le week-end dernier encore, dans une tribune publiée dans le New York Times, deux experts, dont un ancien conseiller de Barack Obama pour l'Asie, estimaient qu'il est temps pour les États-Unis de s'assurer «que le président ne puisse pas simplement fournir les codes à son aide de camp porteur de la mallette nucléaire et lancer une attaque de sa propre autorité». Ils suggéraient que cette attaque ne puisse résulter que d'une décision unanime d'un petit groupe qui pourrait inclure le vice-président, le secrétaire à la Défense, le chef d'état-major des armées et les dirigeants des deux grands partis au Congrès. Un autre spécialiste des affaires militaires estime lui aussi que toute décision d'ouverture du feu nucléaire devrait dans l'idéal d'abord passer par le secrétaire à la Défense, le conseiller pour la sécurité nationale ou le chef de cabinet de la Maison-Blanche.

Toutes les procédures permettant le lancement des missiles nucléaires nécessitent l'action de deux personnes: c'est ce qu'on appelle la two-man rule. Toutes, sauf la plus importante: la prise de décision elle-même. Le secrétaire à la Défense, l'autre membre de l'autorité de commandement nationale, doit confirmer que l'ordre vient bien du président, mais cette confirmation ne constitue pas une validation et ne donne pas un droit de veto. Sous Nixon, le secrétaire à la Défense James Schlesinger, confronté à un président dépressif et alcoolique, avait contourné la loi en demandant au Pentagone de passer par lui ou par son homologue du Département d'État Henry Kissinger en cas d'ordre de mise à feu nucléaire.

Une proposition de loi visant à empêcher le président des États-Unis d'utiliser l'arme nucléaire sans autorisation expresse du Congrès a été déposée en janvier par deux élus démocrates, et s'accompagne d'une campagne de communication intitulée No Red Button («pas de bouton rouge»). Mais elle ne porte que sur le droit du président de lancer une frappe nucléaire préemptive, pas sur celui de réagir à une attaque contre les États-Unis. Un scénario où le temps de réaction interdit tout débat entre une dizaine de personnes.

Selon Bruce G. Blair, cofondateur de l'ONG Global Zero, si une attaque nucléaire étrangère est imminente, le président doit pouvoir être briefé sur le sujet en trente secondes et a cinq minutes pour se décider. En novembre 1979, Zbigniew Brzezinski, le conseiller pour la sécurité nationale de Jimmy Carter, avait failli réveiller son patron en pleine nuit après deux alertes (finalement fausses) d'attaque nucléaire soviétique: le laps de temps dont aurait disposé Carter pour trancher était alors évalué entre trois et sept minutes...

Le débat n'est donc pas seulement entre folie et raison, mais entre réactivité et lenteur. Il n'est pas uniquement de savoir si l'on risque de confier l'arme atomique à un fou, il est de décider si on veut pouvoir être prêt à l'utiliser en quelques minutes au milieu de la nuit –une question classique des campagnes électorales américaines.

Le problème, comme l'explique le juriste Stephen L. Carter, est que les États-Unis n'ont pour l'instant pas trouvé de meilleure procédure pour assurer une réponde rapide et maintenir la primauté du pouvoir civil (le président) sur le militaire:

«La seule vraie façon de restreindre la capacité d'un président de lancer une guerre est d'élire quelqu'un en qui vous avez confiance», conclut-il.

Autant dire que le plus sûr moyen de mieux dormir, pour ceux qui cauchemardent Trump le doigt sur le bouton rouge, est de s'assurer qu'il soit battu en novembre 2020.

Ce texte est paru dans notre newsletter hebdomadaire consacrée à la crise de la démocratie. Pour vous abonner, c'est ici. Pour la lire en entier: 

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (933 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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