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Le discours de Donald Trump à l'ONU, un vrai casse-tête

Katy Waldman, traduit par Antoine Bourguilleau, mis à jour le 20.09.2017 à 14 h 43

Comme lui.

Donald Trump à l'ONU à New York, le 19 septembre 2017 |
TIMOTHY A. CLARY / AFP

Donald Trump à l'ONU à New York, le 19 septembre 2017 | TIMOTHY A. CLARY / AFP

Dans ses discours, le président Trump oscille régulièrement entre le caniveau et la stratosphère. Un premier mode lui permet d’électrifier sa base de soutiens et se caractérise par des épithètes rustres («Crooked Hillary»/«Hillary la vicelarde»), des insultes hautes en couleur («Bad Hombres»/«Sales types»), de l'irascibilité («Very, Very Unfair»/«Très, très injuste»), et des apartés improvisés. Le second mode est celui du rayonnement à l’international –lors de son discours d’investiture par exemple– où il s’appuie sur une vision romancée du monde, le genre de rhétorique qui s’appuie sur «l’âme», «le carnage» ou «les plaines désolées».

Le discours de de Trump devant l'Assemblée générale des Nations Unies ce mardi correspond clairement à la deuxième catégorie, qu'il pourrait qualifier de «présidentielle» et que George W. Bush qualifierait probablement de «bizarrerie merdique». Car la fin du discours de Trump, long de 40 minutes, ressemblait à la fois à un sermon prononcé dans la Nouvelle-Angleterre protestante des années 1720 («La Corée du Nord est aux mains d'un président en colère») et à une incantation de film de série B pour réveiller des zombies. «Désormais, a ainsi proclamé Trump, nous appelons à un grand réveil des nations.» À l’issue de ce salmigondis, le président en a appelé à l’histoire, une histoire «qui se demande si nous sommes à la hauteur de la tâche», ce à quoi il a répondu: «Notre réponse, c’est le renouvellement de la volonté, la redécouverte de la détermination et la renaissance de l’ardeur.» Et pourquoi pas «le renouvellement de la détermination, la redécouverte de l’ardeur et la renaissance de la volonté» d’ailleurs?  S’étant ainsi placé sous les auspices d’un passé héroïque quelque peu mystique, le président a choisi de se fixer un objectif tout en modestie: «Nous devons vaincre les ennemis de l'humanité et libérer le potentiel de la vie elle-même.» Fermez le ban!

Tout en poésie

On dit souvent que les politiciens font campagne en poésie et gouvernent en prose. Trump a quant à lui fait campagne dans les territoires navrants de la comédie bouffonne et, au moins sur la scène mondiale, entend manifestement gouverner dans un opéra wagnérien. Il a notamment déclaré que c'était sa vision était «la vraie vision des Nations Unies, le vœu ancien de chaque peuple, et le désir le plus profond qui habite chaque âme sacrée». Il a parlé «d’immenses promesses et de grands périls». Il nous a mis en garde contre «le fléau qui menace notre planète», car «si les justes ne sont pas assez nombreux à affronter les méchants, le mal triomphera».

Tenter de réconcilier pareille rhétorique avec les saillies rageuses du sale gosse qui clashe les célébrités sur Twitter nécessite un grand écart intellectuel. Le type qui a retweeté un GIF de lui-même frappant une balle de golf qui fait trébucher Hillary Clinton dans son avion vient nous parler du «désir le plus profond qui habite chaque âme sacrée»? Sérieusement? (Mais peut-être qu’il faut y voir la patte de Stephen Miller, sa plume, qui n’aime rien tant qu’à se toucher en pensant à l’histoire d’Alexandre le Grand par Ptolémée Ier?) Parfois, le promoteur immobilier véreux du Queens est apparu derrière ce voile mystique. Trump n’a ainsi rien trouvé de mieux que de donner au dirigeant Nord-coréen Kim Jong-un le surnom ridicule de «Rocket Man». Il a déclaré que l’accord négocié par Obama sur le nucléaire iranien était «un accord unilatéral où les États-Unis n'obtiennent rien en retour».

Deux extrêmes rhétoriques

Ces moments de candeur trumpienne n’en ont rendu son discours que plus étrange encore. S’il peut être déroutant d'entendre un homme politique moderne adopter avec emphase le ton pompeux d'un personnage de Tolkien sur son lit de mort, ce qui est encore plus déroutant, c’est quand ce registre cohabite avec des expressions semblent venir en droite ligne des bas-fonds de la télé-réalité. Mais la vérité, c'est que ces deux extrêmes rhétoriques sont les deux faces d'une même médaille. Trump adore s'emparer de la grandiose poudre aux yeux pensée par Miller, parce qu'elle lui donne un sentiment d'importance, tout comme la manière qu’il a de houspiller ses adversaires lui donne un sentiment de puissance. Les attaques ad hominem visent à détourner l'attention des auditeurs vers des problèmes qu'il n'est pas à même de résoudre; de la même manière, ses déclarations prophétiques sur le destin de la nation ont pour objet de noyer le poisson. Lorsqu'il s'agit de camoufler son incapacité à faire ce qui est pourtant son travail, Trump n’est que trop heureux de nous annoncer qu’il va transcender la politique à la papa –ou bien qu’il va creuser un tunnel en dessous.

Trump ne semble pas réaliser à quel point tout cela est inquiétant. Il n'y a en effet rien d'incohérent, à ses yeux, dans le fait de fulminer contre «la décadence, la soumission et la défaite» du monde moderne –ou même de plaider pour la «paix pour les peuples de cette merveilleuse Terre» –le lendemain même du jour où il a profité de son siège à l’ONU pour vanter les mérites de sa Trump World Tower. «Sommes-nous encore patriotes?», a-t-il demandé mardi matin. Ah et sinon, aurait-on envie investir dans son dernier gratte-ciel?

Katy Waldman
Katy Waldman (37 articles)
Journaliste
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