Monde

La troisième intifada n'aura pas lieu

Jacques Benillouche, mis à jour le 02.01.2010 à 11 h 53

L'aviation israélienne a attaqué samedi 2 janvier dans la matinée au moins quatre cibles dans la bande Gaza, faisant deux blessés, en représailles à un tir de roquette sur Israël. Deux explosions ont été entendues dans la ville de Gaza, une autre a retenti au nord de la ville et la quatrième a été entendue à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Deux personnes, dont un enfant, ont été légèrement blessées, selon les médecins.

Un porte-parole de l'armée israélienne a confirmé le raid sur Gaza, indiquant que l'aviation avait pris pour cibles deux tunnels que des activistes creusaient en direction d'Israël, vraisemblablement dans le but de faire passer des armes pour y commettre des attentats. Cette riposte survient après une attaque à la roquette à Netivot (sud d'Israël), jeudi 31 décembre, qui n'a pas fait de victime.

Le regain de tension du mois d'octobre et les déclarations du président de l'autorité palestinienne faisaient craindre une recrudescence d'actes de terrorisme contre les civils et les militaires israéliens conduisant indubitablement à une troisième intifada. Les nouvelles s'annonçaient d'autant plus alarmantes que Mahmoud Abbas, le président de l'Autorité palestinienne, avait appelé les palestiniens, le 11 octobre, à manifester en masse pour marquer leur solidarité avec la mosquée Al-Aqsa et pour démontrer que «Jérusalem reste la capitale éternelle de l'Etat palestinien indépendant».

La déclaration constituait peut-être un ballon d'essai à destination de ses compatriotes mais leur réaction s'est avérée finalement timorée. Cet activisme avait en tout cas suffisamment inquiété les israéliens pour que Benjamin Netanyahou envisage avec sérieux, cette fois, de constituer un gouvernement d'union nationale incluant le parti d'opposition Kadima. Mais les évènements devaient prendre une tournure plus politique que guerrière.

Voie pragmatique

Mahmoud Abbas semble être revenu de son périple international avec des intentions moins belliqueuses après ses entretiens avec plusieurs dirigeants étrangers. Ses  interlocuteurs lui ont conseillé d'opter pour une voie pragmatique qu'il semble d'ailleurs avoir suivie. Il l'a démontré dans ses propos après sa rencontre avec la présidente d'Argentine, Christina Fernandez. «A Dieu ne plaise qu'on vive une nouvelle intifada...Le peuple palestinien n'envisage pas une nouvelle intifada...Le peuple palestinien ne pense qu'à une seule chose : la paix et les négociations de paix... Nous ne reviendrons pas à l'intifada car nous avons trop souffert».

Ce revirement prouve l'évolution de l'état d'esprit des palestiniens qui ont analysé qu'une politique de résistance violente desservirait en fait leurs desseins. Les dirigeants palestiniens ont été convaincus qu'en refusant la reprise des négociations ils risquaient de rater une opportunité tandis que la responsabilité du blocage du processus de paix leur serait imputé. Ils ont alors décidé de mettre Netanyahou au pied du mur car le dernier alignement de Barack Obama sur les thèses israéliennes les a incités à réviser leur position négative. Hillary Clinton a d'ailleurs appuyé son président en déclarant : «Nous avons la conviction qu'à travers des discussions de bonne foi les parties peuvent se mettre d'accord sur une issue qui mette fin au conflit et réconcilie l'objectif des Palestiniens: avoir un État indépendant et viable sur la base des frontières de 1967, et celui des Israéliens: un État juif avec des frontières sûres et reconnues qui satisfassent leurs attentes en matière de sécurité.» La référence aux frontières de 1967, qui a inquiété les Israéliens, n'était pas fortuite. Elle visait à convaincre Mahmoud Abbas de revenir à la table des négociations.

Débloquer la situation

Le ministre de la défense, le travailliste Ehoud Barak, a déjà tenté de débloquer la situation en annonçant qu'il fallait «parvenir à un processus permettant aux deux peuples de coexister dans deux Etats afin de mettre fin au conflit et à notre domination sur un autre peuple». Cette déclaration a certainement été agréée par son premier ministre qui subodore déjà les pressions auxquelles il va être soumis et a besoin d'un consensus national pour faire admettre aux Israéliens des concessions douloureuses.

C'est dans cet esprit qu'il faut analyser le quasi chantage qu'a subi la chef de l'opposition, Tzipi Livni, invitée sous la menace à rejoindre son gouvernement pour contrecarrer toute velléité de contestation de l'aile extrémiste de sa coalition. Elle a le choix entre accepter un poste au gouvernement ou laisser Netanyahou faire exploser son parti par le jeu d'une ouverture béante à des membres de Kadima. En écho, le président Abbas a alors déclaré le 20 décembre au journal panarabe Asharq-al-Awsat que «les Palestiniens sont prêts à abandonner leurs revendications historiques si un accord définitif est conclu sur les dossiers-clés du conflit».

Cette évolution palestinienne n'a été rendue possible que grâce au calme relatif qui règne en Cisjordanie et à Gaza, à quelques incidents mineurs près. L'Autorité palestinienne veille elle-même au respect du cessez-le-feu et n'hésite pas à coopérer tacitement avec les Israéliens. L'opération du 26 décembre qui a permis à un commando israélien d'opérer en plein centre de la casbah de Naplouse, afin de neutraliser les trois assassins d'un rabbin de Cisjordanie, n'a pu se faire sans une collaboration étroite avec les forces de sécurité palestiniennes. Le commando a bénéficié d'une certaine neutralité et probablement d'une coopération secrète qui a permis de localiser les hommes recherchés. Les militants éliminés sortaient des prisons israéliennes et s'étaient engagés par écrit à cesser toute activité de terrorisme. Les dirigeants palestiniens ont en effet peu apprécié que l'assassinat soit revendiqué auprès de l'agence officielle de l'Autorité Palestinienne Ma'an, par les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa affiliées pourtant au parti du président. Le moment était malvenu alors que des déclarations pacifiques étaient distillées aux médias.

Mahmoud Abbas a donc donné des instructions à ses services de sécurité de maintenir le calme dont il est le garant. Il a exhorté les terroristes graciés par Israël après leur libération à s'abstenir de reprendre les armes pour éviter de «faire honte» à l'Autorité palestinienne. Peu d'incidents graves ont été signalés depuis plusieurs mois. Le mur de protection y a contribué certes mais la lassitude de la guerre a gagné les esprits. La population de Cisjordanie s'est habituée au confort relatif du cessez-le-feu. Les palestiniens retrouvent une vie normale malgré une occupation humiliante et la situation économique s'améliore.

Selon les chiffres fournis par le premier ministre palestinien Salam Fayyad, lors d'une interview au Washington Post, la situation économique s'est consolidée en Cisjordanie. La croissance, chiffrée à 8% en 2009, pourrait atteindre les deux chiffres en 2010. Le taux de chômage a baissé depuis 2008 en passant de 19% à 16% en Cisjordanie et de 45,5% à 36% en 2009 à Gaza à comparer au taux israélien de 7,6%. L'emploi s'est mieux porté en Cisjordanie grâce à l'augmentation de 8,4% du nombre d'ouvriers palestiniens autorisés à traverser la frontière. Près de 54.000 travailleurs ont réussi font ainsi vivre plus de cent mille familles palestiniennes, un demi-million de personnes.

Aucun accord de paix n'est pourtant en voie d'être signé mais ce résultat préfigure l'orientation qui sera donnée le jour où les négociations aboutiront. Le mouvement islamiste Hamas a lui aussi tempéré ses positions puisqu'il envisage tout règlement fondé sur les frontières de 1967. Mahmoud Abbas, quant à lui, a réorienté sa stratégie et, plutôt que de se décourager face à un adversaire intransigeant, il a décidé de mettre Netanyahou face à ses contradictions en réclamant des négociations avec Israël sous l'arbitrage des américains. Les Israéliens ont ainsi la certitude qu'à court terme il n'y aura pas de troisième intifada. Il reste bien sûr de nombreux écueils à la paix, encore lointaine, mais le seul fait que les protagonistes se parlent et que les morts civils diminuent est un signe qu'il faut juger encourageant en cette année 2010.

Jacques Benillouche

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Image de Une: Un palestinien utilise un lance-pierre contre les troupes israéliennes près de Naplouse Abed Omar Qusini / Reuters

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