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Pourquoi certains joueurs se battent pour tirer les penaltys

Grégor Brandy, mis à jour le 19.09.2017 à 9 h 35

Les deux stars du club parisien Neymar Jr. et Cavani se sont disputés le tir d'un penalty face à Lyon. Et il y a de bonnes raisons à cela.

Neymar Jr. et Edinson Cavani, le 17 septembre 2017, lors du match du PSG face à Lyon. CHRISTOPHE SIMON / AFP

Neymar Jr. et Edinson Cavani, le 17 septembre 2017, lors du match du PSG face à Lyon. CHRISTOPHE SIMON / AFP

Le PSG a encore gagné. Vainqueurs de Lyon (2-0), ce 17 septembre, les Parisiens ont remporté leurs six matchs en autant de journées de Ligue 1. Un exploit réalisé par seulement quatre autres équipes dans l'histoire du championnat (Lille, Marseille, Monaco et Nice), mais qui est relayé au second plan pour une dispute entre deux joueurs.

Alors que l'intégration des nouvelles stars du PSG se passait à merveille, on a entendu parler la semaine dernière des premières dissensions au sein du club parisien. Neymar Jr, recruté à prix d'or cet été, a fait son premier caprice, rapportait SFR Sport. Selon la chaîne sportive, il se serait plaint auprès de ses proches de ne pas tirer les penaltys, une tache jusque-là dévolue à l'autre attaquant star, Edinson Cavani. Pour que le Brésilien prenne la priorité, il faut que l'Uruguayen en ait déjà frappé un dans le même match ou qu'il soit absent.

L'extrait a tourné dans les milieux sportifs avant la rencontre de ce week-end, et forcément, quand Paris a obtenu un penalty face à Lyon, ce dimanche, les caméras ont scruté les attitudes des deux joueurs. 


Évidemment, la scène de négociations entre les deux hommes a fait parler: d'autant plus que Cavani n'a pas réussi à transformer l'offrande obtenue sur une faute glanée par Neymar Jr.

Tireur choisi à l'avance

 

Ce genre de discussion avant de tirer un penalty est rarement une bonne idée. Pour tenter de desamorcer la bombe qui se prépare en coulisses, l'entraîneur parisien, Unai Emery, a dû s'exprimer sur le sujet, après le match.

«Les penaltys sont à frapper par quelques joueurs, l'un est Cavani et l'autre est Neymar. Il faut un gentlemen's agreement sur le terrain pour frapper les penaltys. Après, on va s'arranger en interne pour les penaltys qui arrivent, parce que je crois que les deux sont capables de les tirer, et je veux que les deux alternent dans cet exercice.»

Quelques heures plus tôt, à Toulouse, lors d'un match de la réserve du TFC, un autre joueur n'avait pas aimé ne pas être désigné pour ne pas tirer les penaltys, début d'un engrenage tragique.

Mais alors pourquoi, alors que certains joueurs peuvent se cacher au moment de les frapper, d'autres tiennent-ils tant à tirer des penaltys? La question revient si souvent sur les terrains qu'en Angleterre, le Daily Mirror a pu réaliser un diaporama des dix disputes les plus embarrassantes.

Généralement, le tireur est choisi à l'avance, pour éviter que celui-ci ne se concentre sur quoi que ce soit d'autre que le geste qu'il doit effectuer dans les secondes qui suivent le coup de sifflet. Au PSG, explique SFR Sport, Cavani est le premier tireur, Neymar Jr, le deuxième. Et si cela semble étrange de laisser sa nouvelle star au second plan sur cet aspect du jeu, il se trouve que même les plus grands ont dû apprendre à s'effacer à leur arrivée dans leur nouveau club, souligne ainsi Ouest France.

«Cristiano Ronaldo [déjà auréolé d'un Ballon d'Or], lui, avait su attendre son heure lors de son arrivée au Real Madrid où Raul tirait les penaltys. Pour Messi, la donne était différente [il est arrivé au club très jeune] mais il avait également su s’effacer dans le vestiaire blaugrana alors que Ronaldinho ou encore Eto’o brillaient.»

L'importance des stats individuelles

Problème, parmi les raisons qui ont poussé Neymar à venir au PSG, on trouve la possibilité d'être le leader d'une équipe et de remporter un Ballon d'or confisqué depuis 2008 par Messi (5) et Ronaldo (4), les stars de Barcelone et du Real Madrid. Or, depuis quelques années, les lignes de statistiques comptent parfois plus que les prestations sur le terrain (ayons ici petite pensée pour Wesley Sneijder et Andres Iniesta en 2010, et Manuel Neuer en 2014). La saison dernière, Cavani avait marqué sept de ses 35 buts sur penalty, en championnat. Cela permet aussi à certains de gagner en confiance, et donc d'avoir de meilleures performances ensuite, ce qui peut amener à d'autres buts: une sorte de cercle vertueux.

En signant au PSG, Neymar Jr. espérait probablement devenir le vrai leader de l'équipe et ne plus se retrouver dans la même situation qu'à Barcelone, où il évoluait dans l'ombre de Messi et où il ne «ramassait les miettes» qu'en cas de second penalty, explique Le Parisien. Et le sujet lui tient particulièrement à cœur. Le quotidien rappelle qu'en 2010, quand il évoluait à Santos, «alors que son entraîneur lui avait interdit de tirer un penalty, il avait boudé. Et le coach avait été viré quelques jours plus tard...»

Marquer, ça paie

D'autant qu'inscrire un penalty peut payer autrement que sur le terrain. En 2013, Le Parisien révélait ainsi que «Zlatan Ibrahimovic percevra 1,5 million d'euros brut, l'équivalent d'un 13e mois pour lui, à condition qu'il réalise le meilleur total “buts plus passes décisives” du Championnat de France». Cavani disposait d'une prime un peu différente, mais également liée à ses performances personnelles.

«L'Uruguayen Edinson Cavani, recruté cet été, bénéficiera pour sa part d'une prime d'environ 750.000 euros brut à condition qu'il soit sacré meilleur buteur du championnat. Une récompense assez classique dans l'univers des grands attaquants européens. En Ligue 1, le Monégasque Radamel Falcao dispose d'une clause équivalente.»

Dans L'Équipe, on apprend que l'Uruguayen «touchera une prime d'environ un million d'euros s'il finit meilleur buteur de Ligue 1 à la fin de cette saison», comme stipulé dans son contrat. Difficile d'imaginer l'absence de tels bonus ou primes parmi les nombreuses clauses présentes dans le contrat du joueur brésilien.

Certains notent cependant que si ce genre de primes peut avoir un effet incitatif sur certains joueurs, cela peut parfois devenir contre-productif à l'échelle d'une équipe, indique France Info. 

Impossible de savoir si des sponsors poussent eux aussi leurs joueurs à travers des primes similaires, mais on peut facilement penser aux bénéfices pour les marques de voir le logo présent sur les chaussures être filmé en gros plan (avant d'être rejoué au ralenti), au moment où le tireur prépare sa frappe. Mais il est difficile d'imaginer une marque imposer à un de ses joueurs de tirer un penalty quand on sait que la confiance en soi est clé dans ce genre de tentatives, et qu'un penalty raté peut lancer ou poursuivre une spirale négative dont il est encore plus compliqué de sortir. Surtout que le footballeur n'est évidemment pas décisionnaire seul d'un choix si stratégique pour une équipe.

C'est donc plutôt un problème de riches que le PSG devra résoudre. Le club parisien peut toujours se rassurer en se disant que sa troisième star sur le front de l'attaque, Kylian Mbappé, n'a pas l'intention de faire de vagues sur ce plan-là.

Grégor Brandy
Grégor Brandy (437 articles)
Journaliste
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