Allemagne

En Allemagne, l'AfD fait campagne avec des affiches ouvertement racistes

Annabelle Georgen, mis à jour le 19.09.2017 à 6 h 02

En passe de devenir la troisième force politique allemande, le petit parti d'extrême droite Alternative für Deutschland ne fait pas dans la demi-mesure.

Des membres d'Alternative für Deutschland brandissent des affiches à Binz (Allemagne), le 16 septembre 2017 | John MacDougall / AFP.

Des membres d'Alternative für Deutschland brandissent des affiches à Binz (Allemagne), le 16 septembre 2017 | John MacDougall / AFP.

Racistes, sexistes, patriotiques, conservatrices... Les affiches électorales de l'AfD sont tellement provocantes qu'on se demanderait presque, à première vue, s'il ne s'agit pas d'une satire prenant pour cible le parti d'extrême droite allemand. Il n'en est rien, pourtant: l'AfD fait bel et bien campagne en Allemagne pour les élections législatives du 24 septembre 2017 avec des slogans tels que «“Burqa?” Je préfère le bourgogne!», «“The Germans?” Will not finance you a better life» (en anglais sur les affiches) ou «“De nouveaux Allemands?”–Nous les faisons nous-mêmes». Toutes les affiches de la campagne électorale de l'AfD sont consultables ici.

 

Certaines affiches de cette série baptisée «#TrauDichDeutschland»osez, les Allemands») ont fait particulièrement parler d'elles dans les médias allemands et sur les réseaux sociaux, à l'instar de celui ayant pour visuel deux jeunes femmes de dos à la plage ou, disons le franchement, deux paires de fesses, avec pour slogan «“La burqa?” On préfère le bikini», ou de celle d'un innocent porcelet immortalisé sur une prairie en fleurs –à la peau d'un rosé si délicat que sans doute quiconque ne songerait à vouloir le manger– avec le message suivant: «“L'islam?” Ça ne va pas avec notre cuisine».

Innombrables détournements

La campagne nauséabonde de l'AfD a donné lieu à d'innombrables détournements sur la toile tout au long de l'été. Le satiriste israélien basé à Berlin Shahak Shapira a ouvert le bal en juin 2017 en postant sur Twitter une version «optimisée» selon ses mots des principales affiches électorales, mettant à la place du porcelet une image de la vice-présidente du parti d'extrême droite, Beatrix von Storch, en train de poser avec un döner kebab, ou bien une femme en Dirndl en train de vomir après avoir un peu trop forcé sur le fameux bourgogne...

Fin août, l'initiative «Travestie für Deutschland» («travestis pour l'Allemagne»), qui rassemble des drag-queens berlinoises soucieuses d'ouvrir les yeux des citoyens qui seraient tentés de donner leur voix à l'AfD aux élections fédérales, a également diffusé une série de détournements de la campagne. Sur l'une des affiches, on peut voir par exemple la drag-queen Gisela Sommer répondre à sa façon aux trois femmes en Dirndl en train de déguster du bourgogne au milieu des vignes: «Bourrez-vous la gueule toutes seules avec votre bourgogne de merde!», perruque et bras d'honneur en prime.

Pas du goût d'Alice Weidel, la co-candidate du parti

Les affiches de campagne de l'AfD ont d'ailleurs semé la zizanie au sein du parti. Selon des informations de l'hebdomadaire Focus, elles ne seraient pas du goût d'Alice Weidel, la co-candidate de l'AfD aux élections au Bundestag, qui les aurait trouvés «trop radicales». Certaines sections locales de l'AfD ont d'ailleurs refusé d'utiliser certaines affiches, utilisant à la place celles commandées par la section bavaroise de l'AfD, comme le rapporte le quotidien Die Welt.

Alors qu'il pose en fier défenseur des traditions allemandes, le parti d'extrême droite a pourtant commis une énorme bourde, comme l'a fait remarquer à la mi-août un habitant de la Forêt-Noire, Mike Lauble, président d'un orchestre de musique traditionnelle. Interviewé par la chaîne de télévision Bayerischer Rundfunk, il a indiqué que le costume de la femme arborant le fameux chapeau à pompons rouges, typique de la Forêt-Noire, sur l'affiche proclamant «“La diversité?” On l'a déjà», ne portait pas le costume adéquat:

«Le chemisier décolleté ne va pas du tout, notre costume traditionnel ne comporte pas de décolleté. On ne porte pas de bijoux. [...] Le chapeau est noué à l'arrière, pas autour du cou. Et il manque la coiffe en dentelle qui se porte sous le chapeau, qui doit être nouée sous le menton.»

La presse allemande s'est fait un devoir de relayer cette information ô combien dérisoire mais revêtant une importance capitale pour un parti qui annonce dans son programme électoral vouloir substituer au modèle du multiculturalisme celui de ce qu'il appelle la «culture dominante allemande».

Mais il ne s'agit pas de l'unique couac de la campagne de l'AfD. Un spécialiste de l'extrême droite allemande, Matthias Quent, s'est fait le malin plaisir de révéler sur Twitter que le parti avait visiblement des lacunes en géographie, à en croire une affiche de la section locale de l'AfD à Nuremberg:

«Quand tu es un nationaliste allemand et que tu confonds le Matterhorn (Suisse) et le Großglockner (Autriche)...?»

La montagne utilisée par l'AfD pour illustrer son affiche contre les déserts médicaux est en effet celle qui illustre les fameuses barres chocolatées de la marque suisse Toblerone.

Frauke Petry pose avec son bébé

Une autre affiche de l'AfD a également fait scandale en Allemagne: celle où Frauke Petry, longtemps pressentie pour représenter le parti aux élections fédérales avant d'y renoncer faute de soutiens suffisants dans son propre camp, pose avec un bébé dans les bras, assortie de la phrase «Et pour quelle raison vous battez-vous pour l'Allemagne?». Il s'agit de son cinquième enfant, âgé de deux mois au moment où la photo a été prise. Dans un pays où la protection de la vie privée compte de nombreux défenseurs, cette image a choqué. Beaucoup d'Allemands ont vu dans cette mise en scène une instrumentalisation de l'enfant.

Cette campagne n'est en tout cas pas la pire qu'ait connue l'Allemagne ces dernières années. Avant que l'AfD n'apparaisse dans le paysage politique allemand en 2013, c'était le parti néonazi NPD, qui continue de jouer un rôle mineur à l'échelle fédérale, qui se faisait remarquer pour ses affiches xénophobes. Lors des dernières élections législatives allemandes, en 2013, le parti fanfaronnait notamment avec une affiche représentant une famille musulmane sur un tapis volant avec pour message: «Bon retour!».

Annabelle Georgen
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Journaliste
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