Science & santé

Pourquoi il faut légaliser la GPA (quitte à casser internet)

Nadia Daam, mis à jour le 15.09.2017 à 13 h 59

Et si on essayait d'en débattre sereinement pour une fois.

Un enfant né d'une mère porteuse I Ishara S.KODIKARA / AFP

Un enfant né d'une mère porteuse I Ishara S.KODIKARA / AFP

C’est le tour de passe-passe rhétorique favori des opposants à l’assistance médicale à la procréation pour toutes les femmes. Vous leur dites «PMA», ils hululent «VADE RETRO GPAAAAAA». Liant ainsi procréation médicalement assistée et gestation pour autrui, alors même que l’un et l’autre n’ont strictement rien à voir.

C’est le fameux argument de la «boîte de pandore» qui s’ouvrirait dans un inquiétant ralenti avec petit bruit menaçant: octroyer un droit à une groupe amènerait mécaniquement et insidieusement à la légalisation d’une tout autre pratique. Alors même qu’on a bien pu constater que les réformes médicales et sociétales ne s’enchaînent pas franchement avec la plus grande des fluidités.

Rappelons que le mariage pour tous ET l’ouverture de la PMA aux femmes seules et couples homosexuelles figuraient dans les promesses de campagne de François Hollande. Il aura pourtant fallu attendre la fin du mandat de ce dernier, et l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, pour que la PMA soit à nouveau sérieusement envisagée. On peut donc difficilement parler de package ou de mesures qui se succéderaient inéluctablement.

En plus de témoigner de la plus grande malhonnêteté intellectuelle, voire de bêtise crasse, ce raisonnement consistant à évoquer la GPA comme le grand chaos nous prive aussi d’un vrai débat, serein et argumenté autour de la gestation pour autrui et de son encadrement juridique. Qu’il est visiblement de bon ton de réprouver catégoriquement, sans même en explorer la complexité. Que l’on soit de gauche ou de droite, féministe ou non, réac' ou progressiste.

Violence et paresse

 

C’est complètement dingue de constater le temps et l’énergie employés par certains à réclamer qu’on interdise ce qui est déjà interdit, et comment l’hostilité à la GPA est extraordinairement consensuelle, rassembleuse, transpartisane… En tout cas en ce qui concerne les politiques, signataires de tribunes effrayées, et autres contributeurs au FigaroVox.

Bon.

Rappelons quelques points essentiels. La gestation pour autrui, soit le fait pour une femme de porter un enfant pour un couple –les parents d’intention, qui en ont assuré le projet et à qui il sera remis à la naissance–, est interdite par la loi française, l’une des plus stricte sur le sujet à l’échelle mondiale.

Elle est interdite et sanctionnée en vertu d’un arrêt de la Cour de cassation, rendu en assemblée plénière le 31 mai 1991, l’ article 16-7 du code civil, et l’article 227-12 du code pénal. Autant dire qu’il va falloir y aller au pied de biche pour ouvrir la boîte de Pandore.

Ensuite, il va bien falloir un jour se délester de tous les vocables d’une paresse et d’une violence inouïe dès qu’est abordé le sujet. Les mères gestationnelles sont ainsi désignées comme des «mères porteuses». Et le terme employé presque sans y penser autorise alors toutes les emphases: les parents d’intention des «clients», les enfants des «produits». Un nuage de mots qui permet habilement de s’inquiéter avec force cris d’orfraies de la marchandisation des corps. Car c’est bien l’argument principal qui est opposé et qui repose sur l’idée qu’il y a une fatalité. GPA = marchandisation et autres dérives.

Et de citer, comme argument d’autorité, des exemples glanés ici et là, et érigés en réalité universelle. Oui, en Inde, en Ukraine et ailleurs, le corps des femmes est instrumentalisé par différentes mafias. Mais pourquoi évoquer si rarement la GPA éthique et tous les pays où c’est précisément la légalisation et l’encadrement juridique qui a permis de limiter au maximum les dérives? À commencer par les États-Unis ou le Royaume-Uni.

Écoutons les mères dites «porteuses»

 

C’est précisément le fait de ne pas offrir de cadre juridique et de protocole médical qui conduit aux dérives mercantiles. Son interdiction qui conduit aux pratiques dérégulées et, de fait, clandestines. Est-ce si difficile d’admettre que des femmes puissent concevoir la gestation pour autrui comme un don, altruiste et réfléchi?

Pourquoi s’inquiète-t-on tant des conséquences psychologiques de la mère gestationnelle qui doit se séparer de l’enfant qu’elle a porté alors que «les travaux des psychanalystes étrangers montrent que, sous certaines conditions (avoir déjà eu un enfant, ne pas être aussi la mère génétique de l’enfant…), ces femmes ne se sentent pas mère de l’enfant auquel elles donnent vie». On s’obstine à ne pas écouter celles qui, bien au contraire, en parlent comme d’une magnifique expérience, alors même qu’on fait semblant de placer leur bien-être au-dessus de tout?  

C’est bien la preuve, s’il en fallait une, que dès qu’il est question du corps des femmes, ce dernier sert à toutes les récupérations possibles et à l’hypocrisie la plus décomplexée.

Songez-donc à l’absurdité de l’argument: les opposants à la GPA s’indignent de ce qu’elle priverait les femmes de la jouissance leur propre corps, de leur libre-arbitre et de leurs droits. Et pour s’assurer du respect des droits des femmes à disposer de leurs corps, on va leur dire ce qu’elle doivent en faire, ou en l’occurrence, ne pas en faire. C’est rigolo (façon de parler) de voir que les plus fervents opposés à la GPA ne sont pas exactement ce qu’il convient d’appeler de grands féministes mais qu’il s’en réclament sans rougir quand ça les arrange. 

Les Français favorables

 

La seule approche féministe qui vaille de la GPA, c’est celle qui prend en compte la dimension profondément révolutionnaire qui tout à la fois désacralise la maternité tout en valorisant le travail procréatif. En particulier quand la mère gestationnelle est rétribuée. C’est ce que l’anthropologue Paola Tabet souligne vainement depuis longtemps. Le fait que «pour la première fois, une femme peut être rétribuée pour une tâche qu’elle accomplit gratuitement depuis toujours». Et que l’on peut y voir là un outil d’émancipation et non de mise en esclavage.

Enfin, il convient également de rappeler que la société française, elle, est prête pour la légalisation de la GPA. D’après un sondage Ipsos, 61% des Français y sont favorables. Mais on continue à occulter ce chiffre ainsi que la réalité de ce qu’il se passe dans les dizaines de pays qu’il l’ont encadré et à se concentrer sur les squatteurs de plateau télé autoproclamés spécialistes de l’infertilité.

J’ai une compassion infinie pour les personnes qui ne parviennent pas à fonder une famille quand c’est leur souhait le plus cher. Et une patience de plus en plus érodée pour les dingues, qui se tiennent debout des heures avec des petits bougies chauffe-plat. Pour ceux qui s’indignent d’un «droit à l’enfant» qui n’a aucune réalité juridique, ni même théorique. Et qui sont si peu structurés intellectuellement et idéologiquement, qu’ils militent parfois contre l’IVG (parce qu’avoir un bébé c’est si beauuuuuuuu) tout en voulant priver  des femmes et des femmes de devenir pères et mères. 

Nadia Daam
Nadia Daam (197 articles)
Journaliste
GPA
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