France

Que faire si votre voiture brûle le 1er de l'an?

Didier Laurens, mis à jour le 02.01.2010 à 8 h 54

Il y a eu seulement 10 voitures brûlées de moins que l’an passé.

Le bilan définitif du nombre de voitures incendiées, pour la nuit du 31 décembre 2009 au 1er janvier 2010, s’établit au niveau national à 1137. L’an dernier, le bilan était de 1147 voitures brûlées d’après les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur. Il y a eu seulement 10 voitures brûlées de moins que l’an passé d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur. Sur Paris et les trois départements de la petite couronne, leur nombre a diminué dans des proportions sensiblement plus importantes qu’au plan national, passante de 248 véhicules brûlés à 198.

 

L’Elysée et le gouvernement, qui proclament une nouvelle baisse des chiffres de la délinquance n’ont qu’une obsession: faire chuter le nombre de voitures brûlées, devenu un indicateur statistique très guetté. Cette année, le ministère de l’intérieur sera d’ailleurs la seule source d’information. Les préfectures et les services de police ont reçu la consigne de ne pas communiquer sur ce sujet. A plusieurs reprises, une polémique est née sur la réalité des chiffres communiqués.

Dix-huit départements ont en tout cas pris des arrêtés pour interdire la vente au détail de carburants à compter du 30 décembre et jusqu'au 2 janvier inclus. A Tours, Bordeaux ou encore Paris - entre autres -, il est donc interdit, pendant cette période, de remplir ou de transporter des jerricans d’essence afin d’empêcher la préparation d’engins incendiaires.

Si vous êtes pourtant victimes d'une de ces dégradations. Quelques régles à suivre. D'abord, il y a des grèves que l'on aimerait voir durer une éternité: les fourrières privées menacent de ne plus enlever les véhicules jusqu'au 3 janvier, a-t-on appris auprès de la branche dépannage remorquage du Conseil national des professions automobiles (CNPA). A l'origine du conflit, une grogne tarifaire: «Lorsqu'il était ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy a fait un cadeau  à Paris, Lyon et Marseille où le prix d'un enlèvement a été porté à 126€ alors que, dans le reste de la France il est resté bloqué à 91,50€ depuis 1996, tempête Mathieu Bazin,  secrétaire de la branche dépannage au CNPA. Aujourd'hui, nous réclamons l'alignement des prix».

Si elle n'obtiennent pas satisfaction, les 5 000 fourrières privées menacent de ne pas enlever les voitures brûlées à l'occasion des fêtes de fin d'année même si, notamment dans le 93, cette activité représente souvent plus de 20% de leur chiffre d'affaires! «Laisser des voitures détruites là où elles ont brûlé n'est pas bon pour l'image de marque de la France et peut surtout entraîner des obstructions à la circulation», assure Mathieu Bazin.

Ces destructions de véhicules sont de plus en plus fréquentes. L'été dernier, on estime que 500 voitures ont été brûlés en France, au cours de la nuit du 13 au 14 juillet, selon les chiffres fournis par le ministère de l'intérieur. Le nombre des voitures calcinées en 2009 est supérieur à celui de 2008, mais l'ampleur de cette hausse n'a pas été révélée par la police, pour éviter de fournir de munitions à tous ceux qui soutiennent que la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy rime avec poudre aux yeux.

C'est surtout lors du réveillon que les compteurs s'emballent, certaines banlieues se challengeant pour obtenir le record du nombre de destructions. Ce phénomène de surenchère a notamment  joué en 2009  avec 1147 véhicules incendiés au cours de la nuit de la Saint Sylvestre, soit une progression de 30% par rapport à 2008 (878 véhicules brûlés).

Ces chiffres, surmédiatisés, sont l'arbre qui cache la forêt car l'on estime que le nombre de véhicules incendiés en France tout au long de l'année est d'environ 40 000. En 2008, 36 700 véhicules ont été ainsi détruits par les flammes.

A en croire les assureurs, mettre tous ces sinistres sur le compte des casseurs est injuste: certains incendies sont le fait de propriétaires indélicats détruisant leurs voitures pour toucher une indemnité.  Aucun chiffre précis ne comptabilise le nombre d'incendies volontaires mais, selon certains professionnels du remorquage la proportion serait de l'ordre de 8 à 10%.

Même si la Seine-Saint-Denis, tient toujours la pole position, aucune région n'est vraimen à l'abri des exactions.

Pour éviter d'être victime de ce type d'indélicatesse, quelques réflexes de bon sens s'imposent: si possible, parquer son véhicule dans des rues calmes et éclairées et, paradoxalement, éviter de stationner devant un commissariat ou une gendarmerie, cibles favorites de certains groupes de casseurs. L'idéal  - souvent inatteignable - étant bien sûr de garer sa voiture en dehors d'une zone urbaine lors des soirées réputées chaudes, comme la nuit de la Saint Sylvestre.

Si, par malheur, votre voiture était transformée en torchère, un certain nombre de précautions sont à pendre pour obtenir une indemnisation rapide.

La première est de déposer une plainte au commissariat, ce qui est indispensable pour prouver sa bonne foi, notamment auprès de son assureur.

Celui-ci doit être prévenu par voie de déclaration d'incendie de voiture dans les 5 jours suivant le sinistre. Il est nécessaire de préciser le lieu et les circonstances de l'incendie de la voiture et mieux vaudra faire quelques photos (horodatées) à titre conservatoire. De même, si l'assureur est prévenu par téléphone, il est préférable de conserver une facture détaillée afin de pouvoir, le cas échéant, prouver l'appel.

Une fois cette déclaration faite, reste encore envoyer à son assureur une lettre recommandée avec accusé de réception confirmant cette déclaration téléphonique dans un délai de 5 jours.

Si votre assureur a des doutes sur l'origine de l'incendie, il fera faire une expertise, mais la plupart du temps, pour la soirée du 31 décembre, les remboursements s'effectuent automatiquement et au prix de l'argus. Toutefois, il n'y a pas d'angélisme chez les assureurs:  du fait de la plainte déposée au commissariat celui-ci pourra se retourner comme l'assuré en cas de tentative d'escroquerie à l'assurance s'il découvre, ensuite, que le feu n'est pas d'origine criminelle. Ce type de rebondissement n'est pas rare.

Ainsi, en novembre 2009, la propriétaire de deux voitures qui avaient brûlé dans la région de Guingamp, a été interpellée par la gendarmerie  après avoir demandé à une de ses relations de l'incendier en échange d'un billet de 100 euros.  Agée de 50 ans, elle comparaîtra en justice pour tentative d'escroquerie et dénonciation mensongère d'un délit (puisqu'elle avait déposé plainte).

Si vous détenez un contrat Assurance «tous accidents», l'indemnité sera versée, déduction faite de la franchise inscrite au contrat, qui laissera une partie du dommage à votre charge.

Selon les cas, l'indemnisation sera établie sur l'une des bases suivantes: la valeur «vénale» du véhicule, à savoir sa valeur sur le marché de l'occasion, avant accident.  Sa valeur «à neuf» si vous disposez d'un contrat offrant cette option -  généralement réservée aux véhicules dont la mise en circulation est intervenue moins de 6 à 12 mois avant le sinistre.  Enfin, l'assureur peut aussi opérer selon la valeur «agréée», si un expert a estimé la valeur du véhicule au moment de la souscription du contrat, comme c'est souvent le cas pour les voitures de collection.

Depuis le 1er octobre 2008, il est possible de faire indemniser son véhicule incendié même sans être couvert contre ce risque. Désormais, un propriétaire, dont les revenus mensuels sont inférieurs à 2 000 euros et dont le véhicule était en état de rouler avec un contrôle technique à jour au moment du sinistre, se verra proposer dans un délai de deux mois une indemnisation pouvant atteindre jusqu'à 4 000 euros.

Cette nouvelle possibilité a, dit-on, suscité pas mal de filouteries, certaines voitures de faibles valeurs étant achetées puis, incendiées afin de récupérer un dédommagement maximum auprès du Fonds public (FGTI), chargé de  l'indemnisation.

Début 2009, Nicolas Sarkozy avait indiqué que les personnes ayant incendié des véhicules seraient condamnées à une peine leur interdisant de conduire ou de passer le permis de conduire s'ils n'en sont pas déjà titulaires. Depuis, le verbe présidentiel court. A bon entendeur....

Didier Laurens

Image de Une: A Hautepierre dans la banlieue de Strasbourg le 31 décembre 2008 Jean-Marc Loos / Reuters

 

 

Didier Laurens
Didier Laurens (12 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte