Culture

Est-ce que l’on pourrait un peu arrêter avec les Insus, s’il vous plaît?

Eric Nahon, mis à jour le 18.09.2017 à 18 h 56

Si l'on pouvait arrêter de nous matraquer avec toujours les mêmes chanteurs des années 1980, le monde serait un meilleur endroit. Enfin, je crois.

Jean-Louis Aubert et Louis Bertignac des Insus aux Eurockéennes de Belfort, le 1er juillet 2016 | Sébastien Bozon / AFP

Jean-Louis Aubert et Louis Bertignac des Insus aux Eurockéennes de Belfort, le 1er juillet 2016 | Sébastien Bozon / AFP

J’ai 42 ans: j’en avais 5 en 1980, 15 en 1990. Et sincèrement, je n’ai jamais compris ce revival des années 1980 en musique. Enfin, ce qui me gêne, c’est que l’on ressasse toujours les mêmes bouses. C’étaient déjà des bouses à l’époque.

«Et tu chantes, chantes chantes ce refrain qui te plaît». Une scie musicale (assez génialement) programmée pour rester plantée dans la tête. Mais pas dans le temps. Si Marty McFly avait dit aux auteurs que leur musique se jouerait encore quarante ans plus tard, ils l’auraient sans doute interné. Le son a autant vieilli que les solos de Phil Collins sur «In the Air Tonight» ou les synthés du générique de Miami Vice.

Ils sont partout

Pourquoi cette rage aussi soudaine qu’incontrôlable? Après tout, les années 1980 sont le produit de la génération des «Enfants de la télé», qui regrettent la musique de leur jeunesse.

Sauf qu'encore une fois, c’est devenu massif. Pas une fête sans que l’on nous ressorte ces «tubes intemporels». L’instant rock est trusté par Téléphone (et pas par Trust). Tout ça est aussi établi que les tournées RFM Party avec Axel Bauer, Jean Schultheis et Julie Pietri. Alors pourquoi est-ce que je m’énerve maintenant, hein?

Parce que les Insus.

Parce que les Insus jouent au Stade de France ce vendredi 15 septembre ET ce samedi 16 septembre.

Parce que les Insus jouent au Stade de France vendredi et samedi à guichet quasiment fermé.

Parce que les Insus jouent au Stade de France vendredi et samedi à guichet fermé et qu’ils sont PARTOUT dans les médias mainstream.

Comme avant.

Je suis limite en PLS.

Comme disait Souchon (dans les années 1990), «faut voir comme on nous parle». On nous Insus à toute les sauces. C’est comme si tous les présentateurs de TV et de radio disaient à leurs services cultures respectifs : «Allez vous faire voir avec votre Radiohead ou vos Camille de mes deux. Moi j’assume, j’invite Aubert et Bertignac». Ces papys rockers qui sont nos Rolling Stones à nous et dont on fait la story chez Delahousse ou Trapenard m’ont rendu fou.

Le degré zéro de la culture française

Bien sûr, j’ai guinché sur «New York avec toi» ou «Cendrillon». Je sais ce qu’est un hygiaphone et j’ai connu les téléphones à cadran… Mais les Insus, sa version Ephad et sonotone, incarnent aujourd’hui le degré zéro de la culture française. Ou l’acmé de la patrimonialisation du tout et n’importe quoi. Je n’ai même pas envie de juger artistiquement le groupe (on aime ou on n'aime pas, ce n’est pas le propos), mais l’immobilisme qu’il représente continue de me rendre cinglé. Est-ce que l’on ne pourrait pas simplement passer à autre chose?

Un estimé confrère me confiait, l’air sarcastique, que pour apprécier vraiment les années 1980, il fallait ne pas les avoir vécues. Sans doute. Mais comment expliquer tous ces quinquas qui continuent de se dandiner sur Rose Laurens, en snobant des gens aussi géniaux que Jacno et Gotainer, pourtant produits à la même époque? Comment expliquer aux vingtenaires qu'ils n’ont pas eu d’autre choix que d’aimer ça, puisque l’on n’a pas été capable d’exhumer d’autres musiques populaires de la période?

Où sont les Gotainer dans les fêtes de mariage? Pourquoi Jacno (qui a quand même sorti «Rectangle», que connaissent tous les amateurs de Nesquick), Goût de Luxe ou Marquis de Sade ne sont jamais évoqués dans les rétrospectives? Parce qu'ils sont balayés dans l’imaginaire populaire par Jeanne Mas et Buzy.

L’impression d’avoir 7 ans à nouveau

Quand on parle de Lio, égérie des popeux, c’est toujours pour chanter «Banana Split», mais rarement le sublime «Amoureux Solitaires». Mais ce qui me gêne le plus avec cet éternel retour, c’est que ces insupportables sont exactement les mêmes qu’il y a plus de trente ans.  On peut dire ce que l’on veut mais Indochine (sur qui on n’aura pas parié un cachou Lajaunie à la chute du Mur de Berlin) a sû se réinventer évoluer, faire des nouveaux trucs qui marchent et qui ont été des succès DE LEUR ÉPOQUE. On est tous capable de fredonner (souvent à notre corps défendant) «J’ai demandé à la Lune», écrit au XXIe siècle.

Quand on me ressert les Insus, j’ai l’impression d’avoir 7 ans à nouveau et de ne pas avoir le droit de changer de chaîne.

Alors ce week-end quand les Insus joueront leurs tubes, je serai certainement en train de mater mes DVD de Goldorak en écoutant une compil des meilleurs détournements eighties des Charlots. C’est ma madeleine à moi.

 

Eric Nahon
Eric Nahon (33 articles)
Journaliste
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