Science & santé

Vous allez détester déverrouiller votre iPhone X avec votre visage

April Glaser, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 13.09.2017 à 13 h 56

La reconnaissance faciale a peut-être plus d'inconvénients que d'avantages.

Tim Cook teste l'iPhone X après la keynote, au siège d'Apple à Cupertino en Californie, le 12 septembre 2017 | Josh Edelson / AFP

Tim Cook teste l'iPhone X après la keynote, au siège d'Apple à Cupertino en Californie, le 12 septembre 2017 | Josh Edelson / AFP

Il faut un bon paquet d’arguments de vente pour justifier un téléphone à 1.000 dollars (1159 euros), et l’une des caractéristiques les plus séduisantes du nouvel iPhone X d’Apple est la fonctionnalité Face ID, qui permet le déverrouillage de votre téléphone par simple reconnaissance faciale. C’est aussi celle qui fait le plus froid dans le dos.

Plutôt que de vous demander de déverrouiller votre appareil en posant le doigt sur une touche, l’iPhone X utilise sa caméra pour comparer votre visage avec des images stockées dans le téléphone—méthode qui, à en croire l’entreprise, est bien plus sûre que celle des empreintes digitales.

Mais déverrouiller votre téléphone avec votre visage soulève une foule de questions relevant de la vie privée et de la qualité d’utilisation, notamment celle du déverrouillage de votre téléphone par quelqu’un d’autre à l’aide d’une photo de vous (Apple affirme que cela sera probablement impossible). Et puis il y a l'éventualité que les forces de l’ordre vous confisquent votre téléphone et le déverrouillent en vous le mettant sous le nez.

Une inquiétude réelle

Pour l’instant, la police n'a pas le droit de vous obliger à révéler votre mot de passe pour déverrouiller votre téléphone et regarder ce qu'il contient sans mandat de perquisition—de la même manière qu’il lui en faut un pour fouiller votre domicile. Mais certains tribunaux ont jugé que les forces de l'ordre pouvaient vous contraindre à utiliser votre empreinte digitale pour déverrouiller un téléphone. Par conséquent, il existe une réelle inquiétude à l’idée de ce qu’il se passera quand les flics n’auront qu’à mettre votre téléphone devant votre figure pour y accéder. Comme l’écrit sur Twitter Elizabeth Joh, professeure de droit à UC Davis spécialisée dans l’usage des nouvelles technologies par la police: c’est «une question de procédure criminelle qui attend de se réaliser».

La bonne nouvelle c’est que la reconnaissance faciale de l’iPhone X s’accompagne d’une mise à jour logicielle qui devrait permettre aux utilisateurs de désactiver le déverrouillage Face ID tout simplement en appuyant cinq fois très vite sur la touche marche/arrêt. Cela permettra de réactiver la fonction de déverrouillage de votre téléphone grâce à votre mot de passe. Mais ce genre de petite astuce confidentielle ne va pas forcément protéger tous ceux qui se feront confisquer leur appareil.

Apple affirme utiliser un capteur de présence pour s’assurer que c’est bien vous qui êtes là, et non simplement une photo de vous. Et si vous avez peur que quelqu’un qui vous ressemble puisse entrer par effraction dans votre téléphone, Apple y a pensé aussi. Face ID cartographie les visages à l’aide de 30.000 points invisibles pour créer un modèle mathématique en 3D. L’entreprise a baptisé la caméra spéciale qu’elle utilise pour cartographier les visages le système True Depth. Et comme Face ID utilise l’intelligence artificielle, il devient plus sûr et plus précis à chaque fois que vous regardez votre téléphone, en complétant son modèle à chaque fois. En d’autres termes, il apprend votre visage au fil de votre utilisation.

En faire une fonctionnalité fiable

Et Face ID est aussi censé repérer des modifications telles que le vieillissement de vos traits, votre nouvelle barbe ou vos changements de coiffure. Phil Schiller, vice-président senior du marketing chez Apple, a affirmé lors de la présentation que porter un chapeau, des lunettes ou modifier votre pilosité faciale n’empêcherait pas le système de bien fonctionner. Mais même si Apple pense être capable de s’assurer qu’il s’agit bien de vous, le téléphone ne semble pas avoir de moyen de repérer si vous le déverrouillez sous la contrainte—par exemple si un partenaire violent vous oblige à regarder à l’intérieur. Certes, Apple pourrait un jour ajouter une fonction capable d’interpréter votre expression faciale, mais ce serait sans doute difficile d’en faire une fonctionnalité fiable. Après tout, les humains ont déjà du mal à décrypter les émotions des autres sans logiciel spécial.

Ce qui différencie le projet biométrique d’Apple des autres géants des nouvelles technologies, comme Facebook, c’est qu’Apple ne crée pas une gigantesque base de données de visages qu’il pourrait éventuellement utiliser un jour pour vous envoyer des publicités sur mesure. En fait, un peu comme avec Touch ID, l’image de votre visage est conservée sur votre téléphone; elle n’est pas renvoyée à Apple. Certains magasins utilisent déjà la reconnaissance faciale pour repérer les clients fidèles ou identifier les voleurs, et Facebook pourrait bien un jour travailler avec les enseignes pour savoir qui sont les clients, repérer leur ressenti en se basant sur leur activité Facebook et déduire le genre de publicités auxquelles ils seront les plus susceptibles de répondre. Apple ne fera pas ça.

Passer inaperçu 

Il faudra malheureusement sans doute attendre qu’un policier oblige quelqu’un à déverrouiller son téléphone avec son visage pour que soient soulevées les inquiétudes que suscite Face ID quant au respect de la vie privée. Mais un souci du même ordre, plus immédiat, se pose, et il faudra aussi attendre d’avoir pu jouer avec le nouvel iPhone X pour pouvoir s’y atteler: il consiste à savoir si les capteurs de reconnaissance faciale nous permettront d’être aussi discrets que nous le souhaiterions quand nous consultons nos smartphones.

Pensez-y: pour l’instant, quand vous voulez jeter un coup d’œil en douce à votre téléphone sous le bureau ou dans la poche de votre manteau, il vous suffit de le sortir à moitié et de le déverrouiller avec le doigt. Mais avec Face ID il pourra s’avérer plus difficile de passer inaperçu, ce qui nous emmène à un tout autre niveau d’inquiétude quant à notre vie privée. Après tout, nos smartphones sont des endroits plutôt intimes. Nous pouvons y tenir des conversations clandestines, faire des recherches sur internet en toute tranquillité et sans que personne ne le sache, ou simplement vérifier les résultats du match tout en faisant semblant d’écouter quelqu’un parler. Or tout cela nous est possible parce qu’on peut déverrouiller notre iPhone tranquilou sous la table, et qu’on n’est pas obligé de le regarder droit dans les yeux.

April Glaser
April Glaser (2 articles)
Journaliste tech à Slate.com
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