Sports

Même si Paris est désigné pays hôte, les JO 2024 sont encore loin d'être gagnés

Yannick Cochennec, mis à jour le 13.09.2017 à 11 h 50

C'est ce mercredi 13 septembre que le CIO doit officialiser son choix de ville hôte. Pour la capitale française, assurée de l'emporter, le plus dur ne fait que commencer.

Emmanuel Macron, Tony Estanguet et Anne Hidalgo I SEBASTIEN BOZON / AFP

Emmanuel Macron, Tony Estanguet et Anne Hidalgo I SEBASTIEN BOZON / AFP

Les marchands de sable de la communication peuvent remballer leurs éléments de langage et encaisser leurs primes liées au succès de leur travail abouti: Paris organisera les Jeux olympiques et paralympiques de 2024. Et l’heure n’est plus d’imaginer si, dans sept ans, chacun pourra faire trempette dans la Seine –on s’en fiche royalement–, mais bien de savoir si cette manifestation de 17 et 12 jours –prévue du 2 au 18 août et du 4 au 15 septembre 2024– respectera son budget et si elle servira surtout et vraiment à quelque chose, plutôt qu’à quelques-uns, au-delà de sa dimension festive.

À l’heure où le Comité international olympique (CIO) se retrouve au cœur d'un nouveau scandale en raison des soupçons concernant l’attribution des Jeux de Rio en 2016, mais aussi, par ricochet, ceux de Tokyo en 2020, force, déjà, est de constater que cette élection a été, elle aussi, «manipulée» à sa manière. En cours de route, le CIO, structure internationale décidément toujours aussi opaque et incontrôlable, a choisi de changer la règle du jeu en attribuant deux olympiades à la fois, en 2024 et 2028, après que les villes de Boston, Hambourg, Rome et Budapest eurent jeté l’éponge face à l’hostilité d’une partie de leur population. Et c’est ainsi que Paris et Los Angeles, en fonction de leurs intérêts, plus politiques dans le premier cas et plus commerciaux dans le second, se sont partagé les lauriers.

Un budget compliqué

 

Après ses échecs de 1986 (contre Barcelone), 2001 (contre Pékin) et 2005 (contre Londres), Paris a décroché la juste récompense de son opiniâtreté et de l’inlassable travail de ses équipes, à commencer par l’engagement depuis deux ans de Tony Estanguet et d’Anne Hidalgo qui doit être salué. C’est une victoire à partir du moment où un objectif visé –2024– a été atteint. Mais le doute surnage forcément dans un pays épris de dépenses publiques et qui a la fâcheuse habitude de rarement respecter sa parole en matière de rigueur financière. Et à son niveau, la ville de Paris n’échappe pas, hélas, à ces dérives au vu notamment de son endettement croissant.

D’abord fixé à 6,2 milliards d’euros, le budget de ces JO a grimpé à 6,6 milliards en cours de candidature et selon certains spécialistes de ces questions, Paris 2024 devrait d’abord passer par un audit pour réévaluer sa trajectoire de dépenses. Il existe un «monde» entre une ville candidate et une ville élue. Ce budget, supposément à l’os, pourrait donc grossir progressivement en fonction de l’inflation, d’impondérables liés au climat économique forcément changeant en sept ans –il n’y a qu’à voir comment le Brésil est passé, entre 2009 et 2016, d’état en plein boom à un pays en grave récession– ou de constructions sous-budgétées dans le dossier de candidature.

Le futur centre aquatique a été ainsi évalué à seulement 108 millions d’euros tandis que la toute neuve Danube Arena, qui vient d’accueillir les derniers championnats du monde de natation à Budapest, a coûté plus de 130 millions d’euros avec une main d’œuvre forcément moins chère. Il est impossible aussi de chiffrer précisément le coût de la sécurité quand il faudra notamment déployer les forces policières et militaires jusqu’à Marseille où seront organisés des matchs de football comme les épreuves de voile. Quelle sera la menace dans sept ans? Qui peut le dire…

Une situation politique complexe

 

Dans ce contexte, l’équipe en charge du pilotage de ces JO aura une lourde tâche. Son architecture a déjà été annoncée en mai, au moment de la visite de la commission d’évaluation du CIO. Cependant, il est possible que des changements modifient cet organigramme puisqu’il se dit que des tensions sont notamment récemment apparues entre la mairie de Paris et Étienne Thobois, prévu pour être le directeur général.

Une autre question se pose: Tony Estanguet, président du comité d’organisation et donc véritable patron de ces JO, aura-t-il les épaules assez larges pour une charge aussi écrasante? Il va se retrouver balloté au milieu de courants politiques divers et parfois contraires, avec un chef de l’état En marche!, une maire de Paris à gauche, une patronne de région à droite et un département de Seine-Saint-Denis, cœur du dispositif organisationnel, qui a envoyé six députés Insoumis –parti proclamé anti JO– à l’Assemblée nationale. Pas évident…

Emmanuel Macron aura la probable volonté de placer ses hommes et ses femmes afin de faire au mieux le lien entre tous les services impliqués. Lorsqu’il sera lancé à partir de 2019, le comité d’organisation (COJO) devrait donc nécessairement porter sa patte. Ce Président de la République, qui a décidé de mettre la France au régime, ne pourra pas se montrer laxiste dans l’organisation d’un événement que nombre de Français peuvent juger superflu au regard des épreuves actuelles de la nation. Dans sa volonté de transparence, Emmanuel Macron devra veiller également à faire la chasse aux conflits d’intérêts déjà prégnants au sein de ce projet olympique qui attire forcément bien des convoitises tant le gâteau à se partager peut sembler appétissant.

Quels combats mener?

 

En vérité, la barque olympique est devenue bien trop lourde et elle pèsera de tout son poids dans la Seine. Vouloir donner aux JO des vertus écologiques, économiques et sociétales est louable pour peu que la perspective ne soit pas exagérée voire délirante –il ne s’agit, après tout, que d’un mois de compétitions– ou trafiquée. Il peut apparaître ainsi déplacé de présenter, sur le plan de la communication, un tel événement comme une chance pour l’accessibilité des personnes handicapées quand des lois existent déjà en la matière, mais qu’elles ne sont tout simplement pas mises suffisamment en œuvre.

L’axe de ce projet doit être essentiellement tourné vers la jeunesse. Plus que la «génération 2024» qui concourra lors de ces Jeux olympiques avec la volonté d’installer la France dans le top 5 des nations médaillées –la France était 7e à Rio– ce sont les enfants naissant à cette période qui devraient être le cœur de cible de cette aventure à partir d’une réforme qui verrait alors le jour pour eux et pour mettre véritablement le sport au cœur de la politique éducative de ce pays. Si tel était le cas, alors la France n’aurait perdu ni son temps, ni son argent avec ces Jeux olympiques de 2024. Mais ce ne sera pas la médaille la plus facile à aller chercher…

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (564 articles)
Journaliste
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