Non, la Bourse n'oublie pas la crise
Le rebond spectaculaire des marchés en 2009 pourrait faire croire que, pour les financiers, la crise appartient au passé. La réalité est plus complexe.
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Tout le terrain perdu depuis le début de la crise, en 2007, n'a pas été regagné. A New York, l'indice Dow Jones termine l'année à plus de 10.500, ce qui est plutôt réconfortant si l'on se rappelle qu'il était tombé à 6.545 le 9 mars, mais il reste loin du niveau atteint en octobre 2007, à 14.164. A Paris, le CAC 40 était tombé à 2.519,29 le 9 mars; il termine l'année à plus de 3.900, en hausse de 22%, mais reste très loin de son record de 6.922 enregistré en septembre 2000. Quelques marchés européens, comme ceux de Londres et de Madrid, affichent un effacement complet des pertes subies depuis le 15 septembre 2008 et la faillite de Lehman Brothers.
En résumé, les marchés d'actions limitent très sérieusement les dégâts, mais ne font pas de miracles. Même de grands marchés émergents censés représenter l'avenir comme celui de Shanghai ont été durement éprouvés et restent loin de leurs sommets malgré le rebond de 2009. Si l'indice composite de la Bourse de Shanghai est remonté à plus de 3.200, il lui reste beaucoup de chemin à parcourir pour revenir à plus de 6.000, comme cela était le cas en octobre 2007.
Ces quelques chiffres résument tout le problème des actions aujourd'hui. Deux crises en une décennie, celle de l'éclatement de la bulle Internet après 2000 (on avait parlé à l'époque de krach lent, mais c'était tout de même un krach) et celle née des subprimes, cela fait beaucoup. Les investisseurs tardent à revenir. Les statistiques des volumes traités sur les marchés sont révélatrices. Ainsi, à New York, on voit que les trois premiers mois de l'année, ceux de la baisse et des premiers signes de rebond, ont été les plus actifs. Ensuite, les volumes n'ont fait que diminuer jusqu'à la fin de décembre, avec simplement quelques pics momentanés, toujours inférieurs à ceux de mars.
La Bourse, investissement de long terme? Ce n'est plus vrai actuellement. Seuls gagnent de l'argent ceux qui font des allers et retours fréquents, savent profiter des périodes de hausse et sortent du marché quand il baisse (ou jouent carrément la baisse avec des produits dérivés). La fidélité et la constance ne sont plus récompensées si l'on en juge par l'évolution des indices sur longue période.
Un exemple particulièrement frappant est celui de Tokyo. L'indice Nikkei 225 a terminé l'année le 30 décembre à 10.546 points, en hausse de 19% sur l'ensemble de 2009, mais il est toujours à une distance phénoménale de son plus haut historique (38.915 vingt ans auparavant, à un jour près) et, entre temps, il est tombé à son plus bas niveau depuis vingt-six ans. En 2008, il a enregistré une chute de 42%, la plus forte qui ait été enregistrée au cours des cinquante-huit ans de son existence. Avec cela, allez vous étonner que les Japonais préfèrent laisser leur argent sur leurs comptes à la Poste (ce qui fait au moins un heureux, l'Etat, qui peut ainsi financer ses déficits sans pratiquement faire appel aux capitaux étrangers et supporte sans difficulté une dette publique de 180% du PIB (Produit intérieur brut) qui mettrait n'importe quel autre pays à genoux!).
Le cas du Japon est intéressant à plus d'un titre. D'abord, la Bourse y a baissé pour la dernière séance de l'année, du fait d'un plongeon de 24% de Japan Airlines et d'un recul des titres des banques engagées envers la compagnie aérienne. Les rumeurs de faillite qui entourent la compagnie nous rappellent que tous les problèmes ne sont pas réglés, et pas seulement dans le secteur du transport aérien. Si la reprise paraît bien enclenchée dans les pays émergents, elle est nettement moins assurée dans les pays développés, où les prévisions restent prudentes. Les marchés d'actions vont ainsi naviguer en 2010 entre deux écueils: ou le retour à la croissance se confirme et les banques centrales vont arrêter d'injecter massivement des liquidités et vont même peut-être commencer à relever leurs taux, ou la croissance n'est pas au rendez-vous et des inquiétudes naîtront sur la capacité des entreprises à faire progresser leurs bénéfices.
Enfin, dans une optique à plus long terme, le Japon, de nouveau confronté à des signes de déflation, est là pour nous rappeler qu'une crise financière mal traitée peut faire encore sentir ses effets deux décennies plus tard. Rien n'est gagné et la meilleure tenue des marchés d'actions sur les trois derniers trimestres de 2009 ne doit pas faire croire à nos dirigeants que nous sommes définitivement tirés d'affaires.
Gérard Horny
Lire également: Pas de miracle économique en 2010
Image de Une: La fin de l'année à la Bourse de Francfort Ralph Orlowski / Reuters
Mis à jour le 03/01/2010 à 6h52










































Pourquoi la saignée cesserait-elle
alors qu'elle est le centre même
de la cible visée par les opérateurs ?
Le système de financement,
dont l'intérêt peut être compris
par presque n'importe qui,
n'est-il pas devenu
son propre et principal client
au lieu de servir l'économie ?
Le réseau est actuellement
aussi pourri que s'il était
le jouet d'une mafia "traditionnelle".
Le coût de l'évaporation de richesse
"vers le haut" gagnerait à être rendu public.
La masse du même argent qui sert ici
à jouer et spéculer et là à vivre
est telle dans le casino boursier,
fruit de la spirale des crédits
et de la virtualisation des échanges,
qu'il n'y a plus de solution douce
à sa résorption. Enrayer le compte
à rebours vers la grande dépression
n'est qu'une question de choix
de qui va mourir, au moins économiquement.
En général, ceux qui choisissent
ne se désignent pas eux-mêmes.
Lucidieusement.