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- Par Charlotte Pudlowski
- Charlotte Pudlowski est journaliste à Slate.fr.
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Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski est journaliste à Slate.fr.
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Les années en 9 sont déterminantes
De la Seconde Guerre Mondiale à la chute du Mur de Berlin, les années en 9 ont été décisives.
2009 s'achève aujourd'hui, et l'année n'aura peut-être pas été la plus cruciale de la décennie. Elle a bien à son crédit l'investiture du premier président noir des Etats-Unis, les prémisses d'une révolution en Iran, le redémarrage de l'Europe ratifiant un nouveau traité ou la réunion du G20 à Londres tendant à réguler la finance mondiale. Mais il est probable que cette année ne reste pas la plus cruciale de la décennie. Lors du siècle passé, pourtant, les années en 9 ont toujours été des années révélatrices. Peut-être même les plus importantes.
1909, ce n'est pas encore tout à fait le 20e siècle - puisqu'il commence avec la Première Guerre Mondiale. Du coup les années en 9 ne sont pas encore tout à fait essentielles. Elles s'y essaient, ne nous méprenons pas: la première ville juive est fondée en Palestine (Tel-Aviv) et quand on pense à ce que ça a donné ensuite (la fondation du premier Etat Juif), on se dit que ce n'est pas rien. Et puis il y a eu l'invention de la chimiothérapie (qui combat le cancer, première cause de mortalité en France). Aussi il y a eu Freud (Sigmund par Lucien), qui présente, lors d'une première conférence, ses Cinq Leçons de psychanalyse aux Etats-Unis. Et la psychanalyse a bien révolutionné les sociétés occidentales. Mais politiquement, 1909 se laisse aller.
1919: tout prend forme; le XXème siècle dans toute sa splendeur. C'est même presque cette année là que le siècle commence, avec le traité de Versailles. Quelle que soit la lecture faite du traité (et ces lectures sont nombreuses), il est déterminant. C'est là que se décide le sort fait à l'Allemagne dans l'Europe d'après-guerre. Pour certains, pour le dire rapidement, c'est presque là que prend racine la Seconde guerre mondiale: en humiliant l'Allemagne, en lui faisant payer des réparations dont elle ne pourra s'acquitter, en la désignant responsable des tueries que l'Europe vient de souffrir pendant quatre ans, les vainqueurs sèment les graines du 3e Reich.
Moins sinistre, c'est là aussi que se créé la SDN, le bébé ONU, laquelle lui succédera en 1945. C'est vrai que c'était un échec, c'est vrai, cuisant et lamentable. N'empêche: redéfinir la diplomatie internationale, créer une organisation où le monde devait se concerter pour faire régner la paix, l'idée avait de l'allure. Et elle subsiste.
1929, année fertile: naissance de Sergio Leone, Martin Luther King, Jacques Brel, Audrey Hepburn, Grace Kelly. Et Edouard Balladur (seul encore en vie de la liste...)
Ah oui, et puis bien sûr, la crise. La première du siècle. La grande dont tout le monde parle depuis que la la première de ce siècle a débuté. Celle qui, en quelques mois, ravage les États-Unis, se propage en Europe, accouche des Raisins de la Colère, et un peu du fascisme en Europe. Dans un pays où l'optimisme régnait, les villes sont soudain parcourues par des familles errantes: plus de travail, plus de toit, plus d'argent. Chacun cherche la rue au coin de laquelle la prospérité est censée se trouver. Sans la trouver.
C'est l'interprétation de cette crise qui débouchera sur les accords de Bretton Woods, qui pendant des décennies régiront le système financier mondial, fonderont le FMI et la Banque mondiale.
C'est cette même crise qui contribuera à nourrir la volonté renouvelée de forger l'Union européenne. Plus seulement l'idée d'Europe napoléonnienne, «l'esprit européen», mais bien une union forte qui permettrait de s'unir à l'avenir, face à de nouvelles crises éventuelles.
Sans compter que 1929 a compté pour les pays colonisés, fournissant aux mouvements indépendantistes une justification supplémentaire: puisque le modèle des colonisateurs échouait, quelle suprématie avaient-ils?
1939. C'est probablement la date que tous les écoliers retiendraient s'il ne devait en rester qu'une. 1939 et son pendant: 1945. Ce n'est pas là que tout commence, puisqu'Hitler a pris place en 33, que les déclarations antisémites se sont déjà faites entendre, que déjà les accords nauséabonds de Munich, signés en 38 étaient de mauvais augure. Mais en 1939 tout devient réel.
Tout devient réel le premier jour de septembre, lorsque en dépit du pacte de non-agression de la Pologne, les troupes allemandes envahissent le pays. Tout devient réel à 4h45 du matin, à l'issue d'intenses bombardements, lorsque la Wehrmacht enfonce les défenses polonaises jusque dans les plaines centrales. Alors l'Angleterre, qui jusqu'au dernier moment avait éspéré un compromis, une paix fragile, se résoud à déclarer la guerre: c'est le 3 septembre, et la France la suite de quelques heures. On connaît la suite.
En marquant le début de la Seconde Guerre mondiale, et pour ce que fut cette guerre (une série de crimes contre l'humanité), 1939 suffirait à être la date la plus importante du siècle. Mais cette guerre fut aussi ce qui forgea les équilibres économiques, et politiques des cinquante années à suivre, de la suprématie des Etats-Unis à la volonté d'indépendance réaffirmée de tous les pays vivant sous le joug des puissants.
Du coup en 1949, l'Histoire est sous pression. Sentant dans son dos le souffle encore chaud des grandes sœurs modèles 29 et 39 confortablement assises sur leurs pedigrees à rallonge, Madame doit à tout prix finir la première moitié du siècle par un coup d'éclat.
Il y a bien la signature du Pacte Atlantique à Washington entre onze pays occidentaux dont la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni en avril qui donne naissance à  l'OTAN, alliance militaire censée protéger l'Ouest contre l'ombre soviétique; il y a aussi à l'Est ce bloc qui s'homogénéise toujours un peu plus avec la création de la RDA en octobre. Que l'on soit rassuré, en 1949, la Guerre Froide est toujours d'actualité. Mais pour véritablement faire de 1949, une année phare, c'est ailleurs qu'il faut regarder: le 1er octobre, un petit bonhomme à la coiffure bizarre et au nom qui résonne, Mao Zedong, proclame à Pékin la République populaire de Chine. Une annonce dont l'écho historique se fait entendre encore aujourd'hui. En France, 1949, c'est dans les carnets des quotidiens qu'il faut jeter un œil. Ailleurs, rien à signaler. Sauf peut-être que le 28 octobre, le boxeur Marcel Cerdan meurt dans un accident d'avion. Une perte immense pour la boxe française: depuis, il y eu Brahim Asloum. C'est sûr, 1949 est une année qui dessine les contours de la deuxième moitié du siècle. Et quand l'on sait que George Orwell publie son novateur 1984 cette année là ...
1959 ou l'année qui démarre en fanfare. A Cuba, on fête la nouvelle année par un putsch: le 1er janvier, un jeune barbu portant beau le treillis militaire et répondant au prénom de Fidel, débarque le dictateur Batista, homme lige des américains. Une semaine plus tard, c'est en France que le pouvoir change de mains. Le 8 janvier, Charles de Gaulle devient le premier président de la 5ème République. Plus au sud, la mode est aussi au changement politique mais cette fois encore plus drastique avec comme mot clé: la décolonisation. Le 13 janvier, la Belgique donne au Congo son indépendance. En à peine quinze jours l'année 1959 indique à l'Histoire qu'il faudra compter sur elle.
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