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Pour Merkel, l'ancienne RDA est redevenue une terre de mission

Daniel Vernet, mis à jour le 10.09.2017 à 19 h 12

La première chancelière issue de l'ex-Allemagne de l'est doit à nouveau séduire des régions qui accordent de plus en plus leurs suffrages au parti extrémiste AfD.

Angela Merkel lors d'un discours au Bundestag, le 5 septembre 2017. JOHN MACDOUGALL / AFP.

Angela Merkel lors d'un discours au Bundestag, le 5 septembre 2017. JOHN MACDOUGALL / AFP.

Elle était l’une des leurs. Une «Ossie», la première chancelière venue de l’Est. Elle avait grandie dans cette «autre Allemagne» qu’elle comprenait si bien. Et les Allemands de l’Est le lui rendaient bien. Dès la première élection libre, en 1990, elle avait gagné une circonscription sur les bords de la mer Baltique, auprès de ces marins auxquels elle rendait visite dans leurs cabanes de pêcheurs. Et depuis, elle a été réélue avec une large majorité.

Mais Angela Merkel l’a pressenti cette année. Ceux que l’on appelle encore, dix-huit ans après la chute du mur de Berlin, les «nouveaux Länder», c’est-à-dire l’ancienne RDA, risquent de lui échapper, à elle et à son parti chrétien-démocrate. La CDU y est pourtant dominante depuis la réunification à tous les scrutins nationaux. Mais lors des dernières consultations régionales, elle était talonnée par la formation populiste et anti-européenne, Alternative für Deutschland (AfD), qui est en passe de remplacer les anciens communistes de Die Linke comme parti protestataire. Et la grogne monte.

Des manifestants bien organisés

Aussi Angela Merkel a décidé de consacrer une grande partie de ses déplacements de campagne à cette ancienne Allemagne de l’Est en vue du scrutin du 24 septembre. Elle savait qu’elle prenait des risques et elle ne s’était pas trompée. Alors que les observateurs allemands déplorent en général une campagne électorale au bord de l’ennui, la chancelière a été chahutée lors de tous ses meetings à l’Est. «Dégage! Dégage!», «Merkel doit partir» sont les slogans les plus populaires parmi la centaine de manifestants qui couvrent ses discours par des concerts de sifflets dans toutes les petites villes visitées. Sa voiture a même été bombardée de tomates dans une petite ville de Poméranie, dans une circonscription voisine de la sienne, comme il est vrai quelques jours plus tôt à Heidelberg, à l’Ouest. Un  type d’incidents rare dans la démocratie allemande apaisée.

Les manifestants sont peu nombreux mais bruyants et bien organisés. Ils brandissent des pancartes dénonçant la «trahison» des élites et des drapeaux de l’ancien empire allemand. Ou parfois un drapeau… russe, apparition incongrue, témoignage de la nostalgie perceptible chez certains immigrés d’origine allemande venus en nombre de Russie après la disparition de l’Union soviétique.

Les manifestants sont bien souvent des continuateurs du mouvement Pegida, ce rassemblement de l’extrême-droite né en octobre 2014 à Dresde. Tous les lundis, ils se réunissent dans la capitale de la Saxe et dans d’autres villes allemandes –essentiellement à l’Est– pour vilipender l’Union européenne, l’euro et les migrants, surtout s’ils sont musulmans. Au début, ils étaient plus de 20.000 à défiler chaque semaine à Dresde. Maintenant, ils ne sont guère plus d’une centaine.

Terre de mission

Dans les manifestations contre Angela Merkel se mêlent à ces «Pegidistes» des partisans de l’AfD et des néonazis du parti NPD. Ils prétendent exprimer un malaise plus général à l’Est où le mouvement des «Wutbürger», les citoyens en colère qui se sentent délaissés par les politiques, est le plus actif. Ces formations sont loin d’être majoritaires chez les Allemands vivants sur le territoire de l’ancienne Allemagne communiste même si elles atteignent aux élections locales des scores inconnus à l’Ouest. Mais elles témoignent d’un mécontentement latent, toutes les enquêtes le montrent. Les jeunes s’en vont. Les salaires sont plus bas même si la tendance au rattrapage de l’Ouest se poursuit. Les inégalités touchent surtout le patrimoine. Le passé communiste continue de peser, avec ses références à l’ordre, le manque d’une culture de la controverse politique et une forme d’homogénéité ethnique qui explique le rejet des réfugiés, dans l’est de l’Allemagne comme dans les autres pays de l’ancien bloc communiste.

L’ancienne patrie d’Angela Merkel est devenue pour la chancelière une sorte de terre de mission. Elle y fait campagne pour que son parti ne perde pas le précieux appui que les «nouveaux Länder» lui ont apporté depuis 1990. Mais aussi pour des raisons de principe: «Je trouve particulièrement important d’y être présente parce que je veux justement encourager les gens à participer aux réunions électorales et à s’y opposer clairement aux hurlements qui peuvent se faire entendre, a-t-elle déclaré. Il faut vivre avec. C’est cela la démocratie.»

Daniel Vernet
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Journaliste
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