Monde

En exécutant Amal Shaikh, la Chine proclame sa puissance

Richard Arzt, mis à jour le 30.12.2009 à 17 h 47

Après le Sommet de Copenhague, le régime de Pékin montre qu'il peut défier impunément l'opinion publique occidentale.

Jamais les dirigeants communistes chinois n'avaient exécuté un ressortissant occidental pour affirmer leur souveraineté et leur puissance. C'est ce qu'ils ont fait le mardi 29 décembre en mettant à mort un ressortissant britannique d'origine pakistanaise Akmal Shaikh, 53 ans. Aucune circonstance atténuante n'a été retenue en faveur d'Amal Shaikh. La manipulation dont il a été l'objet au Tadjikistan de la part de ceux qui l'ont envoyé vers Urumqi avec une valise contenant quatre kilos d'héroïne aurait du atténuer sa responsabilité. Son état maniaco-dépressif attesté par nombre de ses proches aurait du - selon la loi chinoise - l'amener à être placé dans une institution spécialisée.

Mais dans la province du Xinjiang, toutes les formes de répressions sont privilégiées depuis les émeutes de juillet dernier: il était sans doute prioritaire de condamner pour l'exemple un trafiquant de drogue venu de l'étranger. Et à Pékin, la Cour suprême populaire de Chine n'a pas reçu l'ordre d'alléger la sentence. Elle a donc statué que la condamnation prononcée par le tribunal d'Urumqi était «conforme au code pénal».

Quant aux appels à la clémence venus d'Europe et en particulier de Grande-Bretagne, la Chine les a totalement rejetés. Pas question de donner l'impression de céder à une injonction venue de l'extérieur. De plus, Pékin ne cache pas son irritation contre le gouvernement britannique depuis que Ed Miliband, ministre de l'environnement, a attribué à la Chine l'impossibilité d'un accord satisfaisant au somment de Copenhague sur le climat.

Les dirigeants chinois ne pouvaient ignorer l'ampleur des réactions internationales qu'allaient provoquer l'exécution d'Amal Shaikh. Quelques heures après qu'elle ait eu lieu Gordon Brown déclare: «Je condamne très fortement cette exécution». Aussitôt, Madame Jiang Yu, porte-parole du Ministère des affaires étrangères, réplique: «Nous appelons la partie britannique à corriger ses accusations contre la justice chinoise afin d'éviter de porter atteinte aux relations sino-britanniques». Réaction officielle rapidement relayée par les journaux chinois qui répètent que la condamnation était «appropriée» et par des bloggeurs qui rappellent le passé colonial honteux des Anglais en Chine.

Mépriser les réactions concernant une personne liée à l'Occident n'est pas inédit dans les annales judiciaires chinoises. En 2005, Wo Weihan est arrêté sous l'accusation d'avoir transmis des secrets militaires à Taiwan, crime qu'il a toujours nié. En 2007, ce biochimiste marié à une Autrichienne est condamné à mort. En novembre 2008,  l'une de ses filles mariée à un Américain obtient la permission de le voir. Le lendemain se tient à Pékin, la séance annuelle du dialogue Europe-Chine sur les droits de l'homme. Les diplomates européens répètent leur demande que la peine de Wo Weihan soit commuée en prison à vie. Le soir, l'Ambassade d'Autriche à Pékin apprend que Wo Weihan vient d'âtre exécuté.

Dans l'Histoire de la Chine communiste Akmal Shaikh est le second Européen victime de la justice chinoise.  En 1951, deux ans après l'installation du régime communiste, un «complot » est  démantelé. Il visait - explique la propagande- à tuer Mao Zedong et d'autres dignitaires lors d'une cérémonie officielle. Antonio Riva, un italien né à Shanghai  et ancien capitaine d'aviation de la première mondiale, est exécuté ainsi que Ruichi Yamaguchi, un libraire japonais. Après les années maoïstes, on apprendra que le complot avait été inventé de toutes pièces pour resserrer le sentiment national de la population chinoise autour de ses nouveaux dirigeants. Par ailleurs, avaient été spécialement choisis comme accusés des nationaux de pays vaincus en 1945 afin de limiter la portée des protestations internationales. Qui d'ailleurs en cette période de guerre froide furent discrètes.

Dans la Chine de 2010, il existe un débat sur le bien fondé de la peine de mort. De jeunes juristes qui ont fait une partie de leurs études en Europe font part de leurs convictions abolitionnistes dans des revues de droit. Ils trouvent un écho non négligeable dans des débats sur Internet où est contestée la valeur d'exemple de la peine capitale, mis en avant son caractère inhumain ou dénoncé le risque d'erreur judiciaire.

Ce courant d'opinion semblait avoir marqué un point en janvier 2007 quand le gouvernement a décrété qu'aucune sentence de mort prononcée par un tribunal de province ne pourrait être exécutée sans l'approbation de la Cour suprême populaire de Chine. Selon les autorités, cette disposition a fait diminuer le nombre de condamnation dans le pays. Plusieurs ONG occidentales les ont cependant évaluées à au moins 17.000 pour l'année 2008. Le sort tragique d'Amal Shaikh indique en tout cas qu'au sein du pouvoir chinois, les partisans de la peine de mort sont en position de force, tout comme ceux qui considèrent avec dédain et arrogance la vieille Europe.

Richard Arzt

Lire également: L'Angleterre indignée par l'exécution en Chine d'Akmal Shaikh et Obama en Chine: quelle place pour les sujets qui fâchent?

Image de Une: Soldats chinois  Reinhard Krause / Reuters

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