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Au Japon, la famille impériale au bord de la crise d'héritier

Christina Cauterucci, traduit par Antoine Bourguilleau, mis à jour le 12.09.2017 à 12 h 11

Ce que Mako et Kate nous disent de la monarchie au Japon et en Angleterre.

ATTILA KISBENEDEK / AFP

ATTILA KISBENEDEK / AFP

La famille impériale du Japon fait face à une crise successorale. La loi actuelle interdit aux femmes ainsi qu’à leurs enfants de monter sur le trône. Seuls les enfants mâles des membres mâles de la famille impériale peuvent devenir empereur un jour. Mais sur les 19 personnes que compte encore la lignée, cinq seulement sont des hommes, dont l'empereur Akihito, âgé de 83 ans, qui souhaite abdiquer l'année prochaine. Il transmettra alors le trône à son fils aîné, le prince héritier Naruhito. Mais Naruhito n'a pas de fils et il transmettra donc le trône à son frère cadet Akishino. Le fils unique d'Akishino et le seul petit-fils d'Akihito, Hisahito, âgé 10 ans, est le suivant dans l’ordre successoral. S'il n'a pas de fils, il n'y aura plus personne pour le remplacer.

Mais la fin de règne imminente d'Akihito n'est pas la seule source d'inquiétude chez les personnes qui s’intéressent l'avenir de la monarchie japonaise. Dimanche matin, la princesse Mako, la plus âgée des petites-filles d'Akihito et l'aînée des enfants d'Akishino, a annoncé ses fiançailles avec un roturier. La loi japonaise stipule que les enfants impériaux de sexe mâle peuvent se marier en dehors de la famille impériale et conserver leur statut, mais pas les femmes. Si Mako, 25 ans, épouse Kei Komuro, son petit ami à l'université, aujourd’hui conseiller juridique, elle obtiendra enfin le droit de vote, mais perdra la pension que lui alloue chaque mois le gouvernement, ainsi que son titre et son nom de famille.

L'opinion est prête, et la classe politique?

 

Une grande majorité des Japonais –86%, selon un sondage de mai 2017 – considère que les femmes devraient être admissibles au trône, et 59% pensent que les enfants des femmes de la famille devraient également compter dans la ligne de succession; 61% des personnes interrogées souhaitent que les princesses puissent continuer de faire partie de la famille impériale après leur mariage avec des roturiers, ce qui contribuerait à étendre l'arbre généalogique impérial au fur et à mesure que ces couples verraient s’accroître leurs descendances.

Les législateurs japonais doivent désormais trancher afin de définir ce qui compte le plus à leurs yeux: la pérennité d’une lignée impériale en déclin ou son strict héritage patrilinéaire. Le parlement du Japon est déjà en train de bouleverser les règles impériales. Au cours de l'été, les législateurs ont ainsi adopté un projet de loi très populaire, qui permet à Akihito d'abdiquer quand il le souhaite, une option qui était auparavant interdite aux monarques, qui devaient régner jusqu’à leur mort.

Des membres plus conservateurs du Parti libéral-démocrate au pouvoir du Premier ministre Shinzo Abe craignaient que l’examen d'un tel projet de loi ne les contraigne à ouvrir le débat sur la question de la succession des femmes, qui est régie par la même loi constitutionnelle de 1947. Mais Abe a mis fin à ces débats en suggérant que certaines anciennes branches «voisines» de la famille impériale et qui en ont été séparées par la loi de 1947 soient réintégrées ou puissent faire adopter leurs fils par les princes actuels afin d’élargir le nombre des héritiers potentiels. Le Parti démocrate, plus grand parti d'opposition du Japon, plaide quant à lui en faveur d'un changement de loi qui permettrait aux femmes déjà présentes dans la famille de régner.

Les huit impératrices

Selon certains, même l'empereur Akihito serait favorable à un tel changement. Le Japon a déjà connu des impératrices dans son histoire: bien que les empereurs aient régulièrement eu des concubines afin d’augmenter la probabilité d’engendrer des héritiers masculins, au cours des 125 générations successives qui se sont succédées sur le trône impérial, huit femmes ont régné. On les considérait plutôt comme des remplaçantes, assurant la transition jusqu'à ce que des successeurs patrilinéaires soient en âge de prendre la relève.

Il y existe peu d'arguments valables –en dehors de la tradition– pour la conservation de la monarchie fut-elle constitutionnelle, et encore moins pour restreindre l’accès au trône aux seuls hommes. Mako pourrait, tout aussi bien que son grand-père, exercer les fonctions d'impératrice, aussi minimes soient-elles, et les gènes impériaux persisteront dans ses futurs enfants autant que dans ceux de son frère. Il existe un autre mot pour désigner une tradition qui, plutôt que de traiter les femmes comme des membres de la famille d’une valeur égale, préfère réintégrer des familles de la lignée impériale qui ont été roturières durant plusieurs générations: ce mot, c’est le sexisme.

Charlotte pour modèle

 

Pendant ce temps, le Royaume-Uni est sur le point de voir entrer en vigueur une mesure en faveur de l'égalité monarchique entre les sexes. Kensington Palace a annoncé tôt lundi matin que Kate Middleton est enceinte de son troisième enfant, ce qui vient ajouter un autre héritier à la liste des successeurs du Prince William. Autrefois, un nouvel enfant de sexe mâle aurait remplacé la sœur aînée Charlotte, enfant no2, dans la ligne de succession.

Mais une loi adoptée peu après l'arrivée de Middleton dans la famille en 2011 a fait en sorte que toute fille d'un monarque britannique ait une chance égale à celle d’un fils d'accéder au trône. Les familles royales sont certainement des fardeaux d’un autre âge pesant sur les gouvernements, mais tant qu'elles existent, une Charlotte ou une Mako ne devrait pas se voir usurper sa place légitime sur le trône par son frère cadet au seul motif qu’il est né homme.

Christina Cauterucci
Christina Cauterucci (12 articles)
Journaliste
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