France / Monde

Irma la brute

Temps de lecture : 5 min

Après Harvey et avant José et Katia, c’est l’ouragan Irma qui sème la désolation dans l’Atlantique. Les Antilles dévastées, c’est bientôt Cuba et la Floride qui s’apprêtent à subir ses rafales et ses trombes d’eau. Vengeance de Mère Nature, conséquences du réchauffement climatique, complot, Twitter bruisse de théories.

Les ouragans et tempêtes tropicales Irma (au centre), José (à l'est) et Katia (à l'ouest) dans l'Atlantique. Source NOAA (National Oceanic and Atmospheric Association).
Les ouragans et tempêtes tropicales Irma (au centre), José (à l'est) et Katia (à l'ouest) dans l'Atlantique. Source NOAA (National Oceanic and Atmospheric Association).

Contenu Partenaire - «This could be the Big One» (Cela pourrait bien être le grand). C’est ainsi que le Washington Post titre un de ses tweets concernant Irma. Et après la découverte des dégâts à la suite de son passage, on ne peut que valider cette appellation.

Le ministère de l’intérieur avait prévenu les habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélémy: «#Cyclone#Irma Niveau de vigilance violet pour #SaintMartin et #SaintBarthelemy», les avertissant de «rester à l’abri et de ne sortir sous aucun prétexte». Et pour cause. «Le cyclone #Irma est classé niveau 5 sur l’échelle de #SaffirSimpson», graphiques à l’appui pour comprendre le système de classification des ouragans. Irma n’est pas un cyclone comme les autres, c'est une version augmentée. «#Irma entre dans l’histoire: avec une rafale à 346km/h enregistrée, c’est l’#ouragan le plus puissant jamais observé en #Atlantique». Ce que prouvent des images satellite de la NASA, « l’ouragan #Irma est impressionnant depuis l’espace».

D’une incroyable beauté, les photos vues du ciel sont concurrencées par les clichés pris par des chasseurs de cyclones. De nombreux twittos ont relayé les photographies «dans l’œil du cyclone #Irma. Image depuis un des vols des Hurricane Hunters» et même les vidéos de ces accros aux tornades et autres phénomènes extrêmes. Après avoir vu le monstre de l’intérieur et quand on sait qu’«#Irma fait la taille de la France», on ne pouvait guère douter de la gravité de la situation après son passage sur les îles antillaises.

Post apocalypse

Les images qui parviennent aux métropolitains depuis jeudi 6 septembre au matin confirment les craintes émises par le ministère de l'intérieur et le Président lui-même qui n’a pas hésité à parler d’un «bilan qui sera dur et cruel, nous aurons à déplorer des victimes». Un journaliste à Saint-Martin parle de «véritable scène de guerre» tandis que le Président du conseil territorial annonce que «95% de l’île de Saint Martin serait détruite», citation reprise en boucle par les médias à laquelle s’ajoute d’heure en heure des vidéos plus glaçantes les unes que les autres.

«Le clocher suédois de Gustavia à Saint-Barth est tombé», «la piste de l’aéroport de Saint-Martin inutilisable et envahie par le sable, roches et débris suite à l’ouragan Irma», «le port de #SaintMartin bien méconnaissable en raison du passage d’#Irma»...

Barbuda, une autre île des Caraïbes, presque inconnue (tant et si bien que quelques médias l’ont confondu avec les Barbades!) paie elle aussi un lourd tribut. «Près de 90% des bâtiments ont été endommagés par l’ouragan Irma. La moitié de la population est sans-abri». Mais Barbuda étant moins connue que Saint-Martin ou Saint-Barth, comme le souligne tristement un twittos, «l’histoire retiendra qu’une île du nom de #Barbuda fut réduite quasiment à néant par un ouragan appelé #Irma».

Malheureusement pour les Caraïbes et cette zone de l’Atlantique, Irma ne faiblit pas et continue sa course dévastatrice, vers Porto-Rico et la Floride. Le cyclone est depuis peu rejoint par deux autres phénomènes inquiétants. Il y a en effet «actuellement trois ouragans simultanés dans Atlantique #Irma, #Jose, #Katia»: Katia, «une nouvelle tempête tropicale» et Jose, prouvant qu’un «ouragan peut en cacher un autre».

À qui la faute?

Twitter s’interroge depuis l’annonce de la puissance d’Irma sur la responsabilité humaine. Les ouragans ont toujours existé dans les zones tropicales mais ce qui étonne, c’est la récurrence des épisodes et plus encore leur violence. Si le nombre d’ouragans par an dans le monde n’a pas augmenté ces dernières années, les météorologues ont constaté en revanche la baisse du nombre d’ouragans de faible catégorie et la hausse des catégories les plus puissantes 4 et 5. «Sur les quinze plus gros cyclones depuis un siècle, la moitié a eu lieu dans la dernière décennie».

Cela s’explique pour de nombreux twittos par le changement climatique notamment. Certains politiques tirent immédiatement des conclusions. Benoît Hamon pointe «l’urgence à lutter contre le réchauffement» quand Anne Hidalgo affirme que «comme les crues ou les hausses de température, #Irma est une manifestation concrète du changement climatique. Il faut agir!». Des twittos plus anonymes désignent les mêmes coupables. Pour Lou «le principal problème reste la productivité et la croissance ou il faut un #Irma par mois pour qu’on parle climat?» tandis que Adrien Quatennens pense que «le changement climatique met l’humanité au pied du mur».

Une certaine unanimité apparait sur le fait que «le réchauffement climatique aurait pour conséquence d’aggraver ces phénomènes». Ce que confirment plusieurs chercheurs pour qui «#Irma est un pur produit du réchauffement climatique». «Les ouragans tirant leur énergie de l’océan, si la température augmente, on risque d’avoir des cyclones plus intenses» d’après le météorologue Bernard Legras qui précise qu’«#Irma est l’#ouragan le plus intense depuis le début du XIXe siècle».

Face aux théories scientifiques qui voient dans l’intensification des ouragans un signe du changement climatique, d’autres envisagent, sérieusement ou non, d’autres explications. Pour certains, «le dérèglement climatique c’est de la connerie, c’est juste des manifestations ponctuelles de la colère divine» tandis que le journaliste conservateur américain Rush Limbaugh «accuse les alertes ouragan d’être un complot des médias de gauche»… Peut-être la nature se venge-t-elle tout simplement de ce que l’humanité lui fait subir, comme l’envisage un montage photo malin entre un véhicule très polluant («Yeah fuck you Earth!») et un immense ouragan (well, fuck you too…»).

Twitter, un outil de crise

Dans ces circonstances, Twitter ne sert pas qu’à commenter l’actualité. Chaque événement, des révolutions arabes aux attentats en passant maintenant par les catastrophes naturelles, trouve avec ce réseau social un moyen de communication inédit et efficace. Que ce soit des journalistes qui cherchent des témoins («vous avez vécu en direct le passage de l’ouragan #Irma ? Je recherche vos témoignages pour @libé»), des pages et hashtags mis à disposition des twittos («#Irma de nombreuses personnes recherchées par leurs proches ce matin. Continuez à poster sur @qwidam et à partager vos alertes sur #twitter») ou des familles cherchant des proches («je les cherche partout SVP partagez, #culdesac a été rasé et je n’ai aucune idée d’où ils sont #irma #SXM #ouraganIRMA»). La solidarité s’organise aussi via Twitter comme cette «collecte de produits de première nécessité #Irma».

Dommages collatéraux

Comme tout fait d’actualité, Irma charrie aussi des informations mineures, de la communication (et/ou récupération) politique (tous les politiques français y sont allés de leur tweet de soutien aux victimes) voire même quelques blagues. Nicolas Matyjasik s’amuse à imaginer qu’«Emmanuel Macron demande à l’ouragan #Irma de réduire sa vitesse de 5km/h», en écho à la sortie du Président sur le geste que pourraient faire les propriétaires pour compenser la baisse de 5 euros par mois des APL. Bruno Masure verse sa larme ironique en ayant une «pensée émue pour les #Balkany qui vont voir leur petit cabanon de St Martin, acquis $ par $ au terme d’une dure vie de travail, rasé! #Irma». Mais la tonalité générale de Twitter n’est pas à la fête.

Illustration, l’annonce selon laquelle «la villa de Donald #Trump aurait subi d’importants dégâts après #Irma selon le @washingtonpost» suscite peu de réactions. Pour l’heure c’est le deuil et la tristesse qui dominent et l’arrivée prochaine de Jose et Katia risque de noircir encore un peu plus le tableau.

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