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Ces villes où il fait bon vivre à poil

Christophe-Cécil Garnier, mis à jour le 05.09.2017 à 14 h 10

Le premier espace parisien où l’on peut pratiquer gratuitement le naturisme vient d’ouvrir dans le bois de Vincennes. Une expérimentation sur plus de 7.000 mètres carrés qui durera jusqu’au 15 octobre. Mais d'autres villes sont encore plus nudistes-friendly.

Deux hommes entrant dans l'espace naturiste du Bois de Vincennes, à Paris, le 31 août 2017. | Bertrand Guay/AFP

Deux hommes entrant dans l'espace naturiste du Bois de Vincennes, à Paris, le 31 août 2017. | Bertrand Guay/AFP

A quelques jours de la fin de l’été, l’annonce a été un rayon de soleil pour les amateurs de naturisme: un espace de 7.300 m2 leur est désormais réservé dans le bois de Vincennes, dans le douzième arrondissement de Paris. Tous les jours jusqu’au 15 octobre, avant un éventuel renouvellement, les personnes désirant vivre nues pourront s’y prélasser de 8 heures à 19 heures 30.

Une victoire pour les adeptes –2,6 millions de Français s’y adonnent dans l’Hexagone, selon la Fédération Française de naturisme (FFN)– et pour Julien Claudé-Pénégry , secrétaire général du comité régional Île-de-France pour la FFN, qui a mené les négociations en vue de l’ouverture de cette nouvelle zone.

Grâce à Paris, la France rejoint le cercle de ces pays et villes où le vivre-nu est plus simple. L’occasion de faire un petit tour des villes «naturistes-friendly».

1.Berlin et Munich : la nudité ciblée et culturelle

À Munich, à l’automne 2013, la loi interdisant la nudité a expiré. Un débat s’est rouvert alors que dans les faits, la pratique était déjà répandue le long de la rivière Isar. La ville bavaroise a finalement légalisé la nudité en avril 2014 dans six zones bien définies, dont un endroit près du fameux cours d’eau et dans l’Englischer Garten, le Jardin anglais.

Une activité aussi autorisée dans les parcs de Berlin, où règne une grande «Freikörperkultur», ou «culture du corps libre» dans la langue de Goethe. On trouve notamment un espace naturiste à côté de la plage du Wannsee, un lac situé au sud-ouest surnommé «la baignoire de Berlin». Mieux, les habitants de la capitale allemande sont autorisés à se déshabiller dès que le thermomètre dépasse les 25°C, comme l'explique la correspondante du Point.

Un Allemand profitant du soleil au bord de l'Isar, à Munich, le 18 avril 2011. | Peter Kneffel/AFP

«C’est entré dans la manière de gérer les espaces et les libertés individuelles dans les différents Lands qui composent l’Allemagne, analyse Julien Claudé-Pénégry . Chacun a la jouissance de cette première liberté qu’est la nudité». Si Munich a ouvert six espaces naturistes et si la capitale berlinoise «par sa tradition et sa culture du corps et du bien-être avec la nature» a un naturisme ancré dans les moeurs, on ne peut pour autant «se balader nu n’importe où», précise le secrétaire général du comité d’Île-de-France, qui ajoute:

«Les lieux sont connus des Allemands. Des concentrations de personnes voulant se mettre à nu se rassemblent sur ces espaces-là. Il n’y a pas de lois pour cela. Par contre, vous ne pouvez pas vous balader comme ça dans la rue».

2.Stockholm (et les villes scandinaves en général) : à l'opposé de l'esprit français

Dans les villes nordiques, «la nudité est tolérée partout sauf dans les endroits où elle est expressément interdite. Tout l’inverse de notre esprit français», s’exclame Julien Claudé-Pénégry , qui cite la plage de Frescati de Stockholm, juste à côté de l’université, où il est autorisé d’être nu.

D’autres villes, comme Malmö, située tout au Sud de la Suède, permet d'aller topless à la piscine. Dans les autres pays scandinaves, et notamment en Finlande, la nudité est légale quels que soient les lieux ou les circonstances. C'est grâce à ce qu’on appelle là-bas «l’allemansrätter», un genre de loi non-écrite qui donne à tous le droit de profiter de la nature tant qu’on respecte la faune et la flore ou la quiétude des habitants à proximité. Et le naturisme fait partie de ces droits.

3.Bruxelles: pas interdit, mais presque

 

À Bruxelles, le militant naturiste Jérôme Jolibois avait expliqué dans une interview qu’il n’y a pas d’interdiction stricte de la nudité, «mais des lois qui s’en rapprochent», comme celle régissant «l’attentat aux bonnes moeurs». Mais pour qu'il y ait sanction, selon le naturiste, il faut démontrer une intention de nuire ou une provocation.

L’homme s’arrange donc pour toujours avoir une autorisation «du propriétaire des lieux» où il se promène. De fait, il est «rarement nu dans la rue car il est difficile d’obtenir une autorisation de la commune».

4.Barcelone: un droit universel

 

À l’instar des villes nordiques, la nudité est tolérée partout en Espagne, sauf dans les endroits où elle est nommément interdite. «C’est un droit universel, déclare Julien Claudé-Pénégry , qui nuance un peu. Ça se conjugue différemment si vous êtes à Madrid ou Barcelone.»

La plage Mar Bella, à Barcelone, le 6 août 2017. | Josep Lago / AFP

On est plus libre de se balader nu en Catalogne, où cela relève de la liberté individuelle «du moment que ça reste dans une certaine bienséance», note le secrétaire général du comité d’Île-de-France de la FFN. Ainsi, le Code pénal de 1993 a aboli l’article condamnant la nudité, ce qui n’est pas le cas de l’exhibition sexuelle, sévèrement réprimandée. La plage de Mar Bella, où se trouve une station du métro de la capitale catalane, dispose notamment d’un segment naturiste.

5.Londres: des expérimentations et une situation qui évolue

Depuis 2002, la nudité n’est plus constitutive du délit d’exhibition sexuelle. Du coup, les projets se sont développés. En 2016, il y a eu l’expérience du Bunyadi, un restaurant naturiste au sud de la Tamine, «qui ne l’était pas totalement mais la tentative était là», relativise Julien Claudé-Pénégry . Le membre de la FFN cite également une terrasse naturiste non loin de Westminster, qui domine la Tamise, où s’organisent notamment des afterworks naturistes.

«Vous avez également la possibilité, au moins un dimanche par mois, d’aller nager et de profiter du parc attenant à l’université de Londres. Plus loin dans la campagne, un château organise des piques-niques. (...) Les Anglais demandent à avoir des espaces dans les parcs. C’est une volonté depuis quelque temps. Peut-être que l’exemple de Paris va faire bouger les lignes».

6.New-York et Montréal: homme et femmes égaux... du haut

L’affaire avait provoqué des remous au sein de la police de New-York. En 2013, un mémo interne avait rappelé aux forces de l’ordre une décision de justice du 7 juillet 1992 de l’État de New-York reconnaissait le droit aux femmes de se promener «topless», c’est à dire seins nus, où elles le souhaitent. Et ce par principe d’égalité.

La situation est la même à Montréal, au Québec. «Les choses évoluent car c’est un rapport d’égalité homme-femme, selon Julien Claudé-Pénégry . Pourquoi les hommes seraient torses nus et pas les femmes? Il faut que la perception des gens change. Dans leur esprit, la poitrine est une zone érogène et érotique. Cela pose la question de comment on voit la femme et comment elle a été transformée par les médias et la mode en objet de désir».

Manifestation lors du Go Topless Day à New York, le 26 août 2017. | Timothy A. Clary/AFP

Un combat mené par l’artiste Holly Van Voast, qui se promenait dans la ville seins nus et s’est retrouvée arrêtée et détenue «des dizaines de fois» selon elle, pour «exposition indécente».

Si ça se passe relativement bien à New York ou à Montréal, se balader torse nu en France comme à Toulouse peut valoir 38 € d’amende. Quant à l'exhibition sexuelle «imposée à la vue d'autrui dans un lieu accessible aux regards du public», elle est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende selon l’article 222-32 du Code pénal.

 
Christophe-Cécil Garnier
Christophe-Cécil Garnier (62 articles)
Journaliste à Slate.fr
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