Science & santé

J'ai testé pour vous le réchauffement climatique

Laurent Sagalovitsch, mis à jour le 04.09.2017 à 16 h 52

[BLOG] Je pensais vivre au Canada, je découvre que je me suis exilé quelque part en Afrique subsaharienne.

«Sentinelle» | Conan via Flickr CC License by

«Sentinelle» | Conan via Flickr CC License by

Ils m'ont bien fait rire, l'autre semaine, les Texans à crier papa-maman quand le ciel s'est mis à perdre ses eaux au-dessus de Houston. Pareil en Inde ou au Bangladesh ou je-ne-sais-où encore lorsqu'il a plu comme taureau qui pisse, provoquant morts et désolations un peu partout. Comparé à ma condition de futur réfugié climatique, leur situation est tout juste risible.

Il faut le savoir, à cause du réchauffement climatique, ma vie est devenue un véritable enfer ces derniers temps. Un cauchemar climatisé qu'il me faut affronter jour après jour dans l'indifférence la plus générale – je me meurs doucement mais le monde entier s'en moque. Pour tout dire, j'ai eu à affronter une succession d'avaries saisonnières qui m'ont rendu encore plus neurasthénique que je ne le suis d'ordinaire.

En ce moment, j'habite sur la côte ouest du continent américain en une ville bordée par le Pacifique qui n'est pas située en Amérique mais cependant non loin de sa frontière (le premier qui me demande le nom, je le passe par les armes), une citée réputée jusqu'alors pour la bienveillance de son climat, avec des hivers certes pluvieux mais doux, et des étés délicieusement tempérés où lorsqu'il fait soleil trois jours d'affilée on décrète l'état d'urgence en demandant à la population de rester calfeutrée chez elle.

Sauf que cette année, dès le début du mois de juin, le soleil a pris pension dans le ciel et depuis n'a pas bougé d'un iota son gros cul tout jauni. Chaque matin que Dieu fait, je le retrouve là avachi comme un pacha dans le ciel; à midi, il trône tel un monarque en son royaume et éclabousse de ses rayons dorés les paysages alentour, assommés de chaleur; le soir venu, le voilà qui se transforme en un pamplemousse orangé occupé à prendre un bain de minuit aussi sauvage qu'interminable.

Le soleil étant l'ennemi du genre humain, je deviens comme fou. Les températures sont au zénith, l'arrière-pays brûle à désespérer une caserne de pompiers, les plantes et pelouses dépérissent, les animaux agonisent, le pays est comme paralysé et moi je sombre dans le désespoir le plus radical.

Je rêve de pluies, de moussons, de tempêtes, de cyclones, d'ouragans qui viendraient illuminer mon existence de leur réalité mouillée mais lorsque je me réveille, j'ai toujours devant moi cet empaffé de soleil qui m'attend avec son grand sourire immensément niais - on dirait Mireille Mathieu qui aurait un orgasme. Je voudrais qu'il meure, qu'il crève, qu'il disparaisse à tout jamais dût-il m'entraîner dans sa chute. Parfois même afin de me ressouvenir de la pluie, de son chant joyeux, de sa douce musique, je prends des douches vêtu d'un anorak et d'un K-Way en chantonnant le refrain du plat pays qui était le mien.

Je pensais vivre au Canada, je découvre que je me suis exilé quelque part en Afrique subsaharienne.

En trois mois, je n'ai pas vu le moindre nuage. Pas le moindre. Le ciel est bleu comme une orange qui aurait avalé cul sec une bouteille d'Obao. Un bleu d'enfer. Un bleu à rendre mélancolique un troupeau de corbeaux. Un bleu si bleu que je vois rouge au point d'être la plupart du temps vert de rage.

J'avoue, jusqu'ici je doutais du réchauffement climatique ou plutôt je m'en foutais royalement, je n'étais en rien concerné par cette affaire-là, c'était un problème de pays pauvres perdus quelque part dans le sous-continent asiatique, là où il ne me viendrait jamais l'idée de vivre.

La terre se réchauffe! Pourquoi ne brûlerait-elle pas, rimbaldisais-je.

Pauvre ignorant que j'étais!

Depuis j'ai signé toutes les pétitions pour sauver la planète, j'ai affiché le poster de Nicolas Hulot un peu partout dans l'appartement, je connais par cœur les attendus de la dernière COP 21, je ressens des élans de fraternité pour Ségolène Royal, j'ai compris que notre monde était en train de devenir un barbecue géant sur lequel nous allions tous cuire comme de vulgaires brochettes d'agneau achetées par barquettes de douze au supermarché d’à-coté.

En attendant des jours meilleurs, j'ai postulé pour un emploi dans le Grand Nord comme vendeur de piscine; l'été y dure trois semaines.

Qu'on se le dise, frères humains: le temps de la ruée vers le froid est venu.

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Laurent Sagalovitsch
Laurent Sagalovitsch (132 articles)
romancier
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