Parents & enfants

Charge mentale: à l'école aussi

Béatrice Kammerer, mis à jour le 04.09.2017 à 8 h 15

Et si tout commençait dès la rentrée? Si le sort des pères et mères était scellé au moment même où sont remplies les petites fiches de renseignement réclamées de la crèche au lycée?

«La famille heureuse», Louis ou Mathieu Le Nain, 1642. Musée du Louvre. | Grégory Lejeune via Flickr CC License by

«La famille heureuse», Louis ou Mathieu Le Nain, 1642. Musée du Louvre. | Grégory Lejeune via Flickr CC License by

Ce fut un des thèmes majeurs de l'été, accommodé à toutes les sauces médiatiques telle une macarena de la parentosphère: la «charge mentale»*. Ce concept pas si nouveau mais tellement dans l'air du temps que personne ne semble avoir besoin de le définir pour l'évoquer s'est incidemment invité à l'agenda des discussions de couples, au créneau de 3 heures du matin sur l'oreiller.  Sa force? Révéler, au-delà du nombre de couches changées et repas confectionnés, le poids invisible qui pèse sur les épaules des mères et l'immense privilège des pères, celui de pouvoir aborder la parentalité «sans prise de tête».

Dans les ménages et sur internet, les débats ont fait rage: à certain-e-s, le concept a pété aux yeux, comme l'incongruité des heures de réunion d'un conjoint infidèle; d'autres ont âprement défendu leur couple, égrainant les preuves d'un partage sinon équitable, du moins consenti; d'autres encore ont accusé les femmes, incapables qu'elles seraient de lâcher leurs objectifs de mères parfaites et leur monopole éducatif.

Le cerveau ramolli par la canicule, je ne me suis pas jetée dans la fosse aux lions. Ma charge mentale à moi était bien trop occupée à voir arriver à grand pas la rentrée scolaire, ces kilomètres de paperasses à remplir, ces conteneurs de cahiers 24x32 grands carreaux 96 pages sans spirale à dégoter, ces siècles de temps libre évaporés en réunions désespérantes, et je me suis demandée s'il n'y avait pas matière à mettre à profit ces prises de conscience estivales pour recommencer l'année sur des bases plus égalitaires.

Au delà des logiques comptables 

Dire que les tâches ménagères et parentales ne sont pas en France équitablement partagées dans les couples hétérosexuels n'est pas un scoop. Chaque nouvelle vague de données INSEE nous le rappelle: en 2010, les femmes s'acquittaient encore de 65 % des tâches parentales. Une évolution si lente que l'Observatoire des inégalités concluait: «Au rythme actuel, il faudrait des décennies pour arriver à l'équilibre en termes de partage des tâches domestiques entre hommes et femmes au sein du couple». À cela s'ajoute qu'évaluer le problème uniquement sur cette base comptable est sans doute bien trompeur car c'est précisément occulter l'iceberg des tâches invisibles, de la charge mentale, qui incombe alors au «parent par défaut». 

Dès 2005, la sociologue Anne-Marie Devreux évoquait ce biais en décrivant l'attirance des pères pour les tâches les plus valorisantes.

«Les enquêtes sur les emplois du temps confirment que les pères ont tendance à sélectionner parmi les activités celles qui sont socialement les plus visibles ou plus extérieures ou qui s’intègrent le plus facilement dans le reste de leur emploi du temps. On a par exemple observé que, s’agissant des pères les plus participants, les hommes accepteront plus volontiers de retarder, le matin, leur arrivée sur leur lieu de travail pour s’occuper de leurs enfants qu’ils ne modifieront leur horaire de retour au foyer le soir; ce qui oblige, par conséquent, les mères à se montrer plus indisponibles que leurs collègues masculins aux horaires professionnels tardifs, induisant par là-même des représentations négatives à leur encontre.»

Une constatation confirmée en 2012 par la démographe Carole Brugeilles, suite à l'analyse des données de l'importante Etude des relations familiales et intergénérationnelles (Erfi) menée en France depuis 2005 sur un échantillon initial de 10.000 personnes. Selon cette chercheuse, la majorité des pères sont encore, auprès des enfants,  des «seconds couteaux».

«Il est bien rare que les pères soient les principaux acteurs de la prise en charge des activités parentales: ils assument "le plus souvent" l’habillage, le coucher, l’accompagnement des enfants lors des trajets et l’aide aux devoirs scolaires dans respectivement 2 %, 6 %, 8 % ou 9 % des familles (...) Ainsi, les pères sont nettement en retrait des activités contraintes, assimilables aux activités domestiques et socialement "sexuées" comme l’habillage des enfants. (…) Dès lors, ils assument de façon "optionnelle" un rôle "d’aidants" auprès des mères.»

A l'école de la reproduction

Que les couples rencontrent des difficultés à négocier entre eux un partage équitable des tâches est une chose, une autre est de regarder quel rôle jouent les institutions dans la reproduction de ce modèle inégalitaire. On pourrait en effet attendre d'une institution comme l'Education nationale, qui affiche assez largement depuis plusieurs années sa volonté de lutte contre les stéréotypes de genre, qu'elle s'intéresse particulièrement aux rapports qu'elle entretient avec les pères et mères.

Pourtant, sur son site officiel, ces mots semblent inexistants: toutes et tous sont «parents». Une égalité lexicale qu'on pourrait saluer si elle ne masquait pas une profonde dissymétrie. Dans un document intitulé Le rôle et la place des parents à l'école publié en 2006, on peut lire : «Compte tenu de l’évolution sociologique des familles, il est aujourd’hui nécessaire de considérer que l’institution peut avoir affaire à deux interlocuteurs pour un élève, le père et la mère. (...) Les écoles et établissements scolaires doivent pouvoir entretenir avec les deux parents les relations nécessaires au suivi de la scolarité de leurs enfants». Dans ce texte ignorant les familles homoparentales (car antérieur à 2013), la reconnaissance de l'égale responsabilité des pères et mères ne semble finalement concédée qu'à contre-coeur, par une institution contrainte de faire face à la multiplication des divorces et séparations, et au principe de coparentalité que celle-ci a conduit en 2002 à instaurer.

L'école n'est pourtant pas dupe. En 2011, dans une des seules publications de l'Education Nationale s'intéressant aux écarts d'implication entre pères et mères, on peut lire : «les mères aident [ndlr : scolairement] bien plus souvent leurs enfants que les pères. Elles consacrent en moyenne 14,2 heures par mois à aider chacun de leurs enfants (à l’âge de l’enseignement élémentaire) contre 5,6 heures pour les pères. (…) [Au collège,] la relation avec les enseignants est très majoritairement une tâche attribuée à la mère de l’enfant : dans 54,5 % des cas, c’est la mère seulement qui a assisté à la rencontre. (…) Dans 35,2 % des familles, les deux parents ont fait le déplacement. Le père a été seul concerné par la rencontre dans 8,6 % des cas».

Le casse-tête des fiches de renseignement

Et si tout commençait dès la rentrée? Et si le sort des pères et mères était scellé au moment même où sont remplies les petites fiches de renseignement réclamées de la crèche au lycée? Car derrière ce recueil anodin d'informations administratives se cache en réalité l'une des tâches invisibles les plus lourdes du travail parental vis à vis de l'école: celle d'être le «contact» privilégié, celui qu'on joindra si l'enfant a de la fièvre, s'est ouvert le menton, si le sac de piscine a été oublié, si votre ado a séché un cours, s'il y a eu une modification d'emploi du temps, ou si un enseignant désire vous rencontrer.

Dans beaucoup d'établissements, la question ne se pose pas: dans tous les cas, c'est la mère qu'on appellera. Clara, mère divorcée, l'a expérimenté : «Mes enfants sont à 800 kilomètres de moi, car c'est leur père qui a la garde. C'est écrit partout dans les documents administratifs. J'ai pourtant été régulièrement appelée "par erreur" pour des sujets logistiques que je ne peux évidemment pas gérer». Stéphanie, également divorcée et mère de deux enfants, confirme: «Avec la garde alternée, on est très clairs avec les équipes sur qui contacter et quand. On n'hésite pas à les réorienter en cas d'erreur. Je passe pourtant régulièrement pour une mère peu concernée par sa progéniture en disant: "Je ne sais pas, voyez avec son père, c'est sa semaine". Les enseignants le prennent assez mal: je pourrais faire un effort pour les arranger»

Si certains établissements réclament encore les coordonnées des deux parents sans laisser la possibilité aux couples de préciser un ordre d'appel, d'autres ont modifié leur fiche de rentrée et proposent désormais aux parents de s'inscrire comme «responsable légal n°1» ou «responsable légal n°2». Ceci n'empêche pourtant pas les enseignants de solliciter les mères en priorité. Emilie, mère de deux enfants, en a fait les frais.

 «En petite section de maternelle, j'avais mis mon conjoint en premier mais s'il ne décrochait pas du premier coup, l'école m'appelait et me harcelait jusqu'à ce que je réponde. L'année suivante dans une autre école, mon conjoint était aussi en premier et l'école l'appelait lui parce qu'ils avaient bien compris qu'il était au foyer. Par contre à la crèche, même s'il était inscrit en premier, ils ne l'ont jamais appelé lui, toujours moi.»

 Même son de cloche chez Muriel, mère de quatre enfants: «On a eu beau écrire le numéro du père pour appel en premier, c'est toujours moi qu'on appelle d'abord! Certaines idées ont la vie dure. L'infirmière scolaire m'a même fait remarquer : "Mais vous êtes la mère quand même! "»

Entre routines sexistes et contraintes logistiques

Les professionnels de l'éducation ne sont pourtant pas de mauvaise volonté: ils sont d'abord soumis à des impératifs logistiques, comme celui de pouvoir joindre rapidement un parent en cas de besoin. Ceci renforce néanmoins les stéréotypes de genre. Lois témoigne:

«En tant qu'instit, il est vrai que je téléphone préférentiellement aux mamans. J'ai généralement plus souvent affaire à elles et elles me montrent aussi plus souvent qu'elles se sentent concernées par les affaires scolaires: ce sont majoritairement elles qui sont présentes aux rentrées, aux réunions, et comptent parmi les représentants de parents d'élèves. Mais il serait bon que cela évolue et que les mœurs changent».

D'autres logiques d'action sont mises en place par les professionnels pour gérer l'impératif d'efficacité sans solliciter systématiquement les mères. Marie, infirmière en crèche, explique: «J'appelle le parent qui a emmené l'enfant le matin et/ou celui qui vient le chercher. A la longue, on finit par connaître les familles, on sait quel parent est plus à même de venir. Certains papas plaquent tout et viennent rapidement, alors que des mères peuvent terminer leur journée et finalement laisser attendre l'enfant trop longtemps».

Lorsqu'il est plus grand, l'enfant lui-même peut être sollicité. Julia explique: «En tant qu'infirmière scolaire, je demande systématiquement aux enfants qui est joignable avant de téléphoner. Ça m'évite de déranger les parents mais aussi moi-même de perdre du temps». D'autres professionnels optent pour des critères géographiques: «Lorsqu'aucun parent n'est au foyer, la directrice de l'école de notre enfant appelle le parent qui travaille le plus près. Elle nous a dit clairement que c'était son critère de sélection», raconte Aude. Ou de disponibilité professionnelle, comme le rapporte Gaëlle, enseignante en maternelle: «J'appelle en premier le parent que je sais le plus disponible, ça peut-être aussi une grand-mère ou un grand-frère. En maternelle, il y a beaucoup d'échange avec les familles, donc on sait vite qui travaille près ou loin, ne travaille pas, a une nounou...»

Des critères en apparence plus justes mais qui pèsent néanmoins toujours plus lourdement sur les épaules des mères, bien plus nombreuses à  prendre des congés parentaux et à adapter leur activité professionnelle lorsqu'elles deviennent parents.

La résistance s'organise

Reste que côté parents comme côté enseignants, beaucoup cherchent à faire bouger les lignes. Il y a les mamans comme Nathalie, qui optent pour la résistance passive. 

«Je fais exprès de ne pas prendre les appels de l'école ou du centre des loisirs sur mon portable. J'attends le SMS du papa disant qu'il n'est vraiment pas disponible de son côté pour les rappeler». Et celles comme Sandrine, qui s'arment de patience: «Ici, l'école appelle le papa depuis qu'ils ont constaté que je ne suis jamais disponible. Au début, ils laissaient systématiquement un message sur mon téléphone et je devais transmettre à mon mari. Puis, ils ont arrêté les messages mais m'appelaient quand même avant d'essayer de le joindre. Maintenant, ils l'appellent directement.»

Dans l'ancien établissement de Marine, professeur des écoles, les enseignants demandaient aux parents de prendre leurs responsabilités : «En plus de la partie "renseignements" sur la mère/le père, nous avions proposé une autre partie avec un tableau "Personnes à contacter en cas d'urgence/maladie". Il était précisé que les personnes seraient contactées  dans l'ordre où le tableau avait été rempli, parents inclus».

Béatrice, directrice d'école maternelle, avait résolu le problème en essayant d'appeler le plus souvent les pères en premier, non sans rencontrer de résistances: «Quand j'appelle en premier le numéro du papa, le plus souvent, il me demande d'appeler la maman. Cette année, je vais demander de mettre en rouge le numéro à appeler en premier, pour plus d'efficacité». Une initiative qu'a également tentée Anne, professeure des écoles : «En tant qu'instit, j'appelle systématiquement le père en premier. Lorsqu'ils répondent (ce qui est rare, parce que pour les pères quand on est au boulot, on ne pense qu'au boulot), ils me disent souvent : "j'appelle ma femme"...no comment !».

Pour Lou, conseillère principale d'éducation en collège, le problème réside également dans la hiérarchie des parents imposé par les outils numériques: «Les logiciels de gestion administrative qu'on utilise [ndlr : tels que Base élèves ou Pronote] mentionnent les catégories  «responsable légal 1»/«responsable légal 2», il appartient donc à chaque famille de décider s'il s'agira du père ou de la mère. C'est un peu agaçant cette histoire de n°1 et n°2, parce qu'au final, les deux parents devraient être au même niveau. Avec le logiciel de gestion financière, c'est encore pire : on ne peut entrer qu'un seul responsable financier».

Un constat qu'a également fait Emi, elle aussi conseillère principale d'éducation: «Administrativement, les dossiers officiels demandent un "responsable financier" qui est automatiquement le responsable n°1. C'est très souvent le père qui s'y met (peut-être parce qu'il gagne 27% de plus ?). Du coup, je demande à mes surveillants en cas de souci qu'ils appellent systématiquement le responsable n°1 en première intention». 

Une révolution en marche?

Au delà des initiatives individuelles, d'autres évolutions semblent s'amorcer à plus grande échelle pour une meilleure répartition des responsabilités parentales. Malou Argenton est formatrice et co-gérante de la coopérative L'enfant Scop, qui mène depuis plusieurs années des actions de sensibilisation à l'égalité fille-garçon dans les crèches.

 «C'est un des objectifs principaux de nos formations que d'amener les EAJE [Etablissements d'accueil du jeune enfant. ndlr] à réfléchir à l'existence de certains "automatismes" professionnels liés aux représentations de genre, qui influent sur la qualité de l'accueil et la communication avec les parents. La question des numéros de téléphone revient donc à chacune de nos formations. Je me souviens d'une intervention dans une structure multi-accueil de la région toulousaine, où nous avions proposé à l'équipe de faire le point sur ses pratiques : dans la liste des parents à contacter 82 % des numéros indiqués en premier étaient ceux des mères; dans 73 % des cas, les rendez-vous d'inscription avec la coordinatrice s'étaient également fait avec elles, et il arrivait fréquemment que les journées de familiarisation de l'enfant dans la structure se fassent sans la présence des pères. A cause de cela, une équipe a du demander sa carte d'identité à un père, 4 mois après l'arrivée de son enfant dans la crèche, parce que personne ne le connaissait! La bonne nouvelle est que les mentalités sont en train d'évoluer: nos propositions d'alternatives, comme la demande systématique aux parents de désigner celui ou celle qui doit être appelé en premier, ou la présence des pères lors des journées de familiarisation, sont généralement bien accueillies.» 

Cette évolution des représentations ne concerne pourtant pas que la petite enfance. Eric Dogo, principal d'un collège dans l'Essonne, mène depuis plusieurs années des actions pour encourager la participation des pères.

«En 2009, alors proviseur adjoint dans un lycée professionnel, j'ai mesuré la difficulté pour les pères –particulièrement les pères divorcés– de suivre la scolarité de leurs enfants. Moi-même en plein divorce, il me semblait que l'institution s'était parfaitement accommodée de la seule présence des mères et ne la questionnait pas. J'ai donc demandé à l'équipe de Vie scolaire, d'appeler systématiquement les deux parents. Passé la phase d'étonnement et de discussion, l'expérience a finalement fait ses preuves. J'ai aussi dû faire face à quelques résistances de la part de mères, furieuses qu'on ait sollicité les pères, comme si elles avaient été dépossédées de leur autorité. Devenu principal en septembre dernier, j'ai décidé d'aller plus loin et d'instaurer plusieurs fois dans l'année des soirées entièrement réservées aux pères, afin de les sensibiliser à leur rôle dans la réussite scolaire de leurs enfants. Les acteurs sociaux de la ville m'ont d'abord opposé leur scepticisme, mais le succès a été au rendez-vous avec plus d'une centaine de pères présents et une présentation de cette innovation au niveau académique durant la semaine de la persévérance scolaire.»

Reste qu'un partage équitable du temps passé auprès des enfants, des tâches parentales, des responsabilités et même de la charge mentale, ne suffit peut-être pas. Après tout, suivre strictement une seule logique comptable, pourrait tout aussi bien conduire à la restauration d'un pater filias, profondément engagé auprès de ses enfants sur un mode autoritaire, d'autant plus impliqué que ses enfants sont grands, qu'ils sont des garçons, ou que sa présence détermine la transmission des valeurs familiales ou la reproduction sociale. Pour dépasser ce passéisme, le progressisme doit de surcroît permettre aux pères et aux mères d'expérimenter leur place hors des tâches où les stéréotypes de genre les assignent: que les pères puissent sans rougir bercer une nuit entière en peau-à-peau leur nouveau né à la digestion douloureuse, que les mères aient confiance en elles pour apprendre à leur enfant à faire du vélo et sauter du plus haut plongeoir. 

 

* Grand classique de la psychologie du travail, le concept de «charge (de travail) mentale» se définit comme le pendant intellectuel de la charge (de travail) physique. Elle désigne l'ensemble des efforts cognitifs et émotionnels requis dans un métier, incluant l'influence de l'environnement de travail et des contraintes d'efficacité, qui s'ajoutent à la pure réalisation des tâches. Cette «charge mentale» est loin d'être toujours néfaste: son excès peut certes conduire au burnout, mais son défaut est aussi problématique, car il génère de l'ennui et une baisse de vigilance. Selon cette définition, le «travail» parental est donc assurément un travail à forte charge mentale car il requiert des capacités de planification, de gestion parallèle de plusieurs tâches; il nécessite également de savoir faire bonne figure même quand on est à deux doigts de craquer, et génère isolement et sentiment d'incompétence là où le soutien et les formations préalables sont autant d'éléments connus pour abaisser la charge mentale. Mais c'est dans les années 1980 que la sociologue Monique Haicault a véritablement adapté le concept au travail parental, avec l'objectif de décrire l'activité quotidienne des mères de famille salariées et de rendre compte de leur «double journée»: «[Le but de notre recherche est] de montrer comment les femmes balancent entre deux lieux : l'usine, la maison, sans jamais se déprendre complètement de l'un quand elles sont dans l'autre. Comment chacun déborde sur l'autre, sans qu'aucune ne parvienne à autonomiser l'un d'entre eux. […] La notion de charge mentale paraît la plus adéquate à rendre compte de la superposition dont il est ici question». De là semble issue la définition que les parents d'aujourd'hui donnent à la «charge mentale»: un poids (presque) invisible, une liste de tâches (presque) infinie qui accompagne les mères à chaque instant. Un concept si parlant qu'il n'attendait que d'être popularisé pour entrer une fois pour toute dans le panthéon du jargon parental. Retourner à l'article

 

 

Béatrice Kammerer
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