Economie

Pas de miracle économique en 2010

Eric Le Boucher, mis à jour le 02.01.2010 à 10 h 24

L'économie mondiale est sortie de la récession mais l'horizon reste très incertain.

Les Français ont peur de l'avenir. Illustration, le taux d'épargne des Français a atteint selon l'INSEE 17% de leurs revenus au troisième trimestre de 2009, un record depuis la fin de l'année... 2002. Et ce taux d'épargne devrait rester à des niveaux élevés selon les prévisions de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Le taux devrait s'établir à 16,8% au quatrième trimestre et rester stable en 2010. Cela signifie en contrepartie que la consommation ne décollera pas vraiment en France cette année.

Il faut dire, pour la conjoncture en 2010, les scénarios sont à la prudence. Lorsqu'on ôtera les béquilles des plans de relance, au milieu de l'année, dans quel état se trouvera le malade? «Pas bien brillant», telle est la réponse des économistes. Ou plus exactement, les parties du corps mondial ne se soignent pas à la même vitesse. Les perspectives fléchissent plutôt aux Etats-Unis, au Japon, en Espagne tandis qu'elles restent moroses en Grande-Bretagne. En Asie, c'est l'inverse, la confiance dans l'économie chinoise se confirme. Le fameux «découplage» des pays émergents par rapport à l'OCDE (les riches) n'a pas eu lieu en entrée de crise, tous les pays ont été aspirés vers le gouffre. Mais en sortie de crise, ce découplage s'observe, du moins pour l'instant.

Parmi les pays riches, l'Insee distingue deux groupes. Au Japon, au Royaume-Uni, en Italie, en Espagne, la croissance est pénalisée «par l'absence de demande intérieure» (faible consommation). «En 2010, l'activité y stagnerait, voire rechuterait». A l'inverse, dans le groupe des Etats-Unis, de la France et de l'Allemagne, la demande des ménages et des entreprises «redémarrerait» mais la croissance «peinera».

Au total, en dehors de l'Asie, le ciel ne se dégage pas vraiment. Après la pire récession depuis la guerre, fin 2008 et début 2009, l'économie est repartie dans la seconde partie de l'année qui se termine mais son élan reste bridé.

Aux Etats-Unis, qui restent le premier moteur mondial, une rechute n'est même pas complètement à écarter. Le «consensus» des économistes prévoit une croissance de 2,6% l'an prochain. Mais ce scénario relativement optimiste est incertain car c'est la première fois qu'une crise immobilière a été si meurtrière: les ménages ont perdu 1 400 milliards de dollars de richesses. Du coup, quel sera leur comportement? Pour l'heure, ils épargnent pour rembourser les dettes mais sans réduire trop leur consommation (celle-ci a même cru en octobre et novembre). Un petit miracle dû à la faiblesse relative du prix du pétrole, de l'inflation (1,4% seulement) et aux dispositifs de soutiens du gouvernement. Mais le taux de chômage atteint 10% et il y a peu de chance qu'il baisse. Tout le scénario américain repose donc sur un maintien de cette bonne consommation, 70% de la croissance américaine en dépend, ce qui reste très aléatoire.

Le soleil se lève en Asie. Il y a deux mois, des doutes étaient apparus sur la solidité de la reprise chinoise tirée par un soutien public trop fort et mal orienté: l'argent des crédits distribués à tout va (1 000 milliards d'euros) semblait détourné vers la Bourse et l'immobilier. L'indice de Shanghai aura gagné 69% cette année. Deux nouvelles «bulles» qui ne tarderaient pas à exploser. Les autorités ont pris conscience du danger et ont resserré les conditions de prêts à partir de juillet. La reprise s'en trouve aujourd'hui solidifiée. Pékin annonce une croissance de 8% en 2010,  les économistes occidentaux tablent sur mieux encore, plus de 9%.

La Chine n'est pour autant pas tirée d'affaires. Cette expansion retrouvée dépend toujours des exportations industrielles, donc de la demande des pays occidentaux qu'on sait incertaine. Pékin doit réorienter son modèle vers une croissance plus autonome, plus endogène, et la réévaluation du yuan pourrait en être un des outils. Les demandes américaines et européennes à ce sujet se sont vues opposer un refus catégorique en 2009  mais le dossier sera l'un des plus chauds de la diplomatie économique et monétaire de 2010.

En Europe, comme le note l'Insee, les économies sont désynchronisées. L'Allemagne, n°1, dépend des exportations qui sont favorablement orientées grâce à l'Asie mais incertaines en Amérique. La consommation intérieure s'est bien tenue mais uniquement grâce à la prime à la casse automobile qui va cesser. Les autres grands pays sont plutôt sur des pentes glissantes.

La France se range dans le bon paquet, celui des pays qui résistent grâce à une bonne consommation interne. Nicolas Sarkozy ne manque jamais de s'en féliciter.  Mais l'Insee parle quand même de «reprise laborieuse» D'abord parce que cette consommation des ménages a été gonflée par l'effet « prime à la casse » automobile dans la seconde partie de 2009. Cet effet va s'essouffler (on ne change pas sa voiture tous les ans et la prime va se réduire), la demande va retomber à 0,2% par trimestre. Ensuite, parce que l'investissement ne prend pas le relais, l'économie dispose encore de capacités en excès. L'industrie à qui l'on doit le net rebond de cette année va décélérer. En conséquence, l'économie française va plafonner autour d'un rythme de 0,4% par trimestre. Sur l'année, après la chute de 2,3% cette année, la France bénéficierait d'un petit rebond de 1,1%. Le gouvernement espère mieux, rejoint par une partie des économistes. Mais ces optimistes annoncent 1,4%, cela reste mou, très mou.

Eric Le Boucher

Lire également: L'économie repart, sans force, La croissance des trente glorieuses fait rêver et La croissance pour tous est une illusion.

Image de Une: Un sans-abri hongrois, en janvier 2009. Laszlo Balogh / Reuters

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Cofondateur de Slate.fr
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