France

Réformer pour mieux régner

Temps de lecture : 6 min

«La France est irréformable» dixit Emmanuel Macron. Comme ses prédécesseurs, le Président s’apprête à lancer un wagon de réformes déjà en partie impopulaires (travail, éducation, fiscalité). Twitter ne s’est donc pas privé de commenter les grandes manœuvres de la semaine, entre partisans acharnés de tous bords et humour corrosif.

Carving: "vive la France," North Gate, Thang Long Citadel, Hanoi | Ahia via Flickr CC License by
Carving: "vive la France," North Gate, Thang Long Citadel, Hanoi | Ahia via Flickr CC License by

Contenu Partenaire - Avec sa loi qui veut moderniser le marché du travail, Macron joue gros: d’une part parce qu’il faut parvenir coûte que coûte à résorber le chômage endémique qui plombe l’économie et la société et d’autre part parce que d’autres se sont déjà frottés au code du travail déclenchant des mouvements sociaux d’ampleur.

L’Élysée marche donc sur des œufs et les tweets du Ministère du Travail qui expliquent que «cette réforme va permettre de mieux prendre en compte les attentes des salariés et les besoins des entreprises#DialogueSocial» ont eu peu d’écho. Si certains estiment que «la réforme par #ordonnances du code du travail était l’un des engagements phare du Président de la République. Cet engagement est tenu», d’autres demeurent très critiques sur la pertinences des mesures adoptées, comme Xerfi Canal pour qui «non, la flexibilité du travail n’améliore pas la #compétitivité».

Si tout le monde est à peu près d’accord sur le fait qu’il faut réformer le code du travail, trop complexe et trop lourd, la méthode utilisée et les retombées en terme d’emplois font débat. Comme le résume Pict, «#réforme du code du travail, certains en ont rêvé, #Macron l’a osé, reste à vérifier si l’emploi sera gagnant».

Évidemment, plus on se rapproche de la gauche de l’échiquier politique et plus les critiques sont véhémentes. Pour Martine Aubry, «la France ne serait pas un pays réformable, nous dit Macron de l’étranger. Si, elle aime la réforme lorsqu’elle est synonyme de progrès». Plus à gauche encore, au NPA, on pense lutte des classes: «#OrdonnancesMacron, toujours le coup de la réforme courageuse, équilibrée… En vrai le patronat volera et exploitera encore plus. Injuste».

Dans la recherche du leadership d’opposition, c’est le parti de Jean-Luc Mélenchon qui tire son épingle du jeu. Alexis Corbière s’adresse au Président «Monsieur Macron, soumettez votre réforme du code du travail au référendum» oubliant au passage que le Président et l’Assemblée viennent juste d’être élus. Mélenchon ajoute que «si c’était urgent de faire des choses sur le code du travail, il y avait plus rapide que les ordonnances: le référendum».

La popularité de Macron est-elle menacée par le mouvement social qui peut naître de cette contestation? C’est l’espoir des adversaires de la réforme. Mais les syndicats qui appellent à des manifestations nationales le 12 septembre ne sont pas en ordre de bataille. «Les syndicats sont inquiets, la CGT appelle à la mobilisation le #12septembre» mais pour Laurent Berger, bien que déçu du dialogue social avec le gouvernement, «il est évident que la #CFDT ne sera pas dans la rue le 12 septembre». Et FO, partie prenante des négociations, a indiqué par la voix de Jean-Claude Mailly qu’elle ne défilera pas. Ce n’est pas du goût de tous les membres du syndicat: «je suis syndiqué #FO et je manifesterai le 12 septembre. Votre avis de girouette opportuniste, je m’en moque». Et des twittos de rapporter «au passage que Mailly considère que les militants #FO qui manifesteront quand même le #12septembre sont des anarchistes».

Si la situation politique et syndicale est tendue, le contenu de la réforme n’en est pas le seul responsable. La communication de Macron et son Premier Ministre, qui ont choisi d’évoquer des transformations et non pas des réformes, ont suscité de vives réactions. Ainsi remarque Julien M, «ils ont complètement viré le mot #réforme de leur langage, ils parlent de #transformation mais pour dire la même chose. Bienvenue en 1984». Et dans ce vacarme pré-manif, mieux vaut rire que s’armer comme le propose Cyp et sa blague: «ce qu’il y a de bien avec la #réforme du #codedutravail c’est que pour une fois on arrive à lire des #ordonnances».

Back to school

La réforme du code du travail n’a pas été la seule à agiter Twitter. L’annonce surprise par Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation Nationale de plusieurs changements dès la rentrée a émoustillé le réseau. La proposition de «12 élèves par classe en CP et CE1 dans les zones d’éducation prioritaires. Une mesure à l’efficacité discutable» n’a toutefois pas autant suscité de remarques et de critiques que la mise en place d’évaluations en CP et 6e en début d’année. LCI a compilé «ce qui pourrait être demandé à votre enfant s’il entre en CP». Tandis que certains notent que «des évaluations en fin de cycles auraient pu se comprendre. Mais en début de CP et de 6e, la notion ne signifie plus rien. Quel gâchis!». Manière de diagnostiquer au plus tôt les lacunes des élèves pour les combler ou comme certains twittos le subodorent «les évaluations en CP ont pour but de séparer très tôt le bon grain et l’ivraie. Est-ce le rôle, la vocation des enseignants? Non!». Impossible de savoir si ces craintes sont justifiées. Mais ce qui est certain c’est que ce serait «le tollé si une certaine @Najatvb avait imposé sans concertation à une semaine de la rentrée des évaluations CP/6e».

Jean-Michel Blanquer a annoncé plusieurs autres pistes de réflexion parmi lesquelles «l’apprentissage de la Marseillaise en primaire» et la réforme du bac. «Le ministre @jmblanquer entend mener la réforme du #bac avec seulement quatre matières mais des matières plus approfondies».

Si ces annonces n’ont pas laissé Twitter indifférent, c’est la suppression d’une partie des emplois aidés qui a également mis le réseau en émoi. «20 000 contrats aidés de moins dans l’#éducation nationale», ce n’est pas rien. Si des twittos pensent, comme Turgotin que «Macron commence le sevrage de la France aux aides publiques (APL, emplois aidés), on ne peut que le saluer» et qu’«après un contrat aidé, savez-vous le nombre de gens qui trouve un emploi durable? C’est 25%. C’est tout», d’autres s’insurgent contre un abandon de l'Etat.

Le ministre de l’éducation nationale, toujours lui, a annoncé une remise à plat des méthodes d’apprentissage de la lecture. «La vieille querelle méthode syllabique vs méthode globale a été tranchée. La méthode syllabique c’est le BA-ba», au grand dam du spécialiste Roland Goigoux pour qui «promouvoir une méthode syllabique stricte serait une erreur scientifique». Heureusement Bernard Pivot préfère rire de cette bataille, «quelle méthode d’enseignement de la lecture? La syllabique ou la globale? Les deux réconciliées, mêlées: la syllabale ou la globique».

Seul point de consensus sur le réseau social, l’annonce concernant «le budget de l’#Éducation nationale qui va augmenter de 1,2 milliard d’euros». Il faudra bien ça pour organiser la grande réforme voulue par le Président et son ministre, car après tout «l’enfant n’est pas un jeu».

Les cordons de la bourse

La volonté de réforme ne s’arrête pas au marché du travail et à l’éducation. La fiscalité est aussi un des axes majeurs du nouveau pouvoir. Macron et son équipe gouvernementale fourmillent d’idées plus ou moins bien acceptées par Twitter. La réforme de l’ISF, par exemple, est aussi un sujet clivant. Le Monde a fait ses calculs et selon le journal «la réforme de l’ISF d’Emmanuel Macron : un cadeau qui profitera surtout aux plus fortunés des fortunés». Jacques Baudrier fait ainsi un parallèle: «trois milliards d’euros par an de baisse de l’ISF. L’équivalent du financement de 400 000 emplois aidés. Un vrai choix de société». Quant à Thomas Le Cour, ironique, il lance une «alerte pensée complexe. Nouvelle baisse des APL pour 6,5 millions de bénéficiaires et 3 milliards d’euros d’ISF rendus aux foyers les plus riches».

Mais si les recettes baissent d’un côté, il faut bien les augmenter d’un autre pour trouver l’équilibre même si on réduit les dépenses, d’ou la proposition d’une hausse de la CSG. Calculette à l’appui, #montagnette fait les comptes: «hausse CSG retraite par an= 1200 euros: 245 euros en +, 1500 euros: 308 en +, 1700 euros: 346 en +, 2000 euros: 408 en +». Pour la hausse du pouvoir d’achat des retraités, on repassera. Surtout que, «petit rappel historique, la CSG créée en 1990 par Rocard avait un taux de 1,1%. On arrive à 9,2% soit une augmentation de plus de 800% en 17 ans!». Même si pour Macron, «les pauvres d’aujourd’hui sont souvent moins les retraités que les jeunes», la taxation des retraites demeurent un sujet sensible.

On sait que le gouvernement planche aussi sur une réforme prochaine de l’assurance chômage. «La réforme de l’assurance chômage qu’il prônait ministre sera mise en place» par Emmanuel Macron prévient la France Insoumise. Et une réforme du SMIC est prévue dans les prochains mois. Elle commence déjà à faire grincer les dents de certains twittos comme Georges Fenec: «#Macron. L’argent des Français: quand le coût de trois mois de maquillage jupitérien équivaut à deux ans de SMIC».

Finalement, comme souvent avec Twitter, le meilleur résumé de l’opinion des opposants à la réforme se retrouve dans un dessin. Celui d’Allan qui s’amuse de ce twist incroyable «Macron était de droite depuis le début. C’était clair dès le premier épisode». Ce qui saute aux yeux aussi, c’est qu’en France on trouve toujours plus de raisons et d’arguments pour ne rien faire que pour changer les choses. C’est aussi du conservatisme.

Slate.fr

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