Sports

Comment un journal s'est retrouvé à écrire qu'un espoir du foot américain «suce des bites d'âne»

Repéré par Diane Frances, mis à jour le 31.08.2017 à 15 h 51

Repéré sur Deadspin

L'histoire du «pire raté de l'histoire du journalisme sportif».

Le paragraphe à l'origine du scandale. | Deadspin

Le paragraphe à l'origine du scandale. | Deadspin

Ce mois-ci, le site d'actualité sportive Deadspin a consacré un très long article au «pire raté de l'histoire du journalisme sportif». Le 21 février 1997, la rubrique sportive du Gallatin News Examiner, journal local bihebdomadaire de la ville du même nom, dans le Tennessee, cache une bombe prête à exploser au cœur d'un article consacré aux mauvais résultats de l'équipe de football locale de Green Wave.

Les onze premiers paragraphes n'ont rien d'extraordinairesPuis vient le craquage autour de quelques lignes consacrées à un des joueurs chevronnés:

«Dixon suce des bites d'âne et n'essuie pas le foutre avant d'aller sur le terrain. On veut le mettre en défense pour que son haleine de sperme empêche les adversaires de pénétrer dans le but. En parlant de pénétrer, il aime les grands roux. Il m'a dit de dire à Kris qu'il lui passait le bonjour.»

Novice immature

Kris Freeman a les cheveux roux et un petit accent du sud. Intelligent et méticuleux, il a toujours rendu de bons articles, respecté les délais, et les entraîneurs du coin l'aiment bien. C'est pourquoi, à l'âge de 21 ans, il est embauché comme responsable du service des sports. Le seul autre journaliste sportif à plein temps est Nick DeLeonibus, 27 ans, nouvel arrivant à la rédaction après avoir été pistonné par le chef de la rubrique d'actualités Cameron Collins, son demi-frère.

Dès le début, le manque d'expérience du néophyte est un problème. Il n'a rien d'un athlète, n'a jamais écrit d'article, ni interviewé de coach, ni couvert de match. «La majeure partie du temps que j'ai passé avec lui, c'était pour lui apprendre les bases des techniques d'écriture», se souvient Freeman. Bien entraîné, DeLeonibus parvient à rendre des papiers corrects. Mais son immaturité reste sa faille. Il apprécie les blagues graveleuses et se joint à ses collègues pour se moquer de Freeman, dont la personnalité fait exception dans l'équipe rédactionnelle du journal.

«Deux kilomètres avant l'arrivée, ça m'a frappé»

À cette époque, les technologies informatiques arrivent à peine dans les petites rédactions locales, et les journalistes doivent rentrer après les matchs écrire leurs compte-rendus avant 23 heures. Ce soir-là, Freeman tape son article en vitesse, puis s'occupe de la mise en page dans la précipitation. DeLeonibus a déjà rendu son papier sur le basket, mais celui sur le foot se fait attendre. À 22h55, Freeman le reçoit enfin. Il parcourt les trois ou quatre premiers paragraphes. Rien ne lui saute aux yeux. 

À 5h30 du matin, le téléphone de la maison des DeLeonibus sonne. Bob Atkins, le directeur de publication, ordonne à Nick de venir à la rédaction. «J'ai pensé que le bureau s'était fait cambrioler et que quelque chose avait été volé. [...] Deux kilomètres avant l'arrivée, ça m'a finalement frappé. Le paragraphe...»

Pas qu'une petite bavure

C'était censé être une blague qui aurait dû, DeLeonibus en était persuadé, être supprimée par Freeman. Après tout, ce n'était pas la première fois qu'il faisait ça, et les mauvais passages avaient toujours été coupés. «Freeman, le chrétien coincé, objet du désir d'un footballeur suceur de bites d'âne! C'était trop tordant pour ne pas être écrit», relate le journaliste de Deadspin.

Située dans la Bible Belt où vivent de nombreux protestants rigoristes, Gallatin est une ville extrêmement conservatrice. Un match pendant lequel l'équipe locale se fait massacrer n'est pas un problème. Un footballeur mineur soupçonné de fellation sur un âne, si. La carrière journalistique de Nick DeLeonibus s'arrête ici. On lui demande de quitter la rédaction et de ne jamais y remettre les pieds. Kris Freeman est suspendu trois jours.

Les employés du journal passent la journée du lendemain à ratisser les boutiques de Gallatin pour récupérer le plus de journaux possible. Freeman passe, lui, la sienne à répondre aux appels téléphoniques des entraîneurs, des joueurs, de leurs parents, des citoyens ordinaires.

La version longue de cette histoire est à lire ici (en anglais).

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