France

Bruno Roger-Petit, nouvelle cible des anti-Macron?

Roselyne Febvre , mis à jour le 30.08.2017 à 12 h 05

Chroniqueur à Challenges, ancien présentateur du journal de la nuit d'Antenne 2, le journaliste devient porte-parole de l'Elysée et cristallise les critiques.

Bruno Roger-Petit sur le plateau de BFMTV | capture Slate.fr

Bruno Roger-Petit sur le plateau de BFMTV | capture Slate.fr

Le journaliste Bruno Roger-Petit vient d’être nommé porte-parole de l’Élysée. Il «aura pour mission de relayer la parole publique de l’Élysée et utilisera pour ce faire tous les moyens à sa disposition, notamment le compte Twitter de la présidence», précise le communiqué de l'ÉlyséeQuel tollé! Twitter se déchaîne… BRP est traité de «lêche-botte», «lêche-cul», de «nouveau chien de Macron» au même titre que le labrador Nemo, de «médiocre, démago, opportuniste, flagorneur». Le voilà «aboyeur officiel», «cireur de pompes»: tout y passe, du scolaire jeu de mots sur Roger Petit-Petit jusqu’au plus abject, qu’on vous épargne. Le jour de sa nomination, on a dénombré 5.000 tweets rageurs.

Ce n’est pas le premier journaliste à franchir la ligne du pouvoir pour rejoindre un ministère ou l’Élysée. Ce n’est d’ailleurs pas une exception française, si l’on songe à l’américain Pierre Salinger allant travailler comme porte-parole de la Maison-Blanche pour Kennedy. Je n’ai pas non plus souvenir que les cas français précédents, Claude Sérillon et Nathalie Ianetta chez François Hollande, Catherine Pégard chez Nicolas Sarkozy, Myriam Lévy à Matignon avec François Fillon ou Françoise Degois auprès de Ségolène Royal aient à ce point engendré un tel déferlement, si on en juge par les réseaux sociaux et les articles alors publiés dans la presse.

Les dislikes comme les likes vivent comme les boules de neige. Si tant le détestent, il m’est permis de le détester moi aussi, et de le faire savoir, se dit l’internaute libéré. Détester est une chose, les commentaires haineux en sont une autre. On sait combien, dans un effet de meute, ils rebondissent d’écrans à écrans. On l’a vu aux États-Unis chez les partisans de Trump.

#Détestation

Car l’époque est à la violence. Y compris verbale. Le web sait se déchaîner, la politesse comme la retenue n’y réussissent pas toujours. Et donc les idées comme les commentaires se doivent pour certains d’être comme chez les Tontons Flingueurs: «du brutal».

L’intelligence n’est pas non plus toujours de mise. Il est reproché à BRP d’avoir effacé tous les tweets de son compte. Comme s’il pouvait laisser publiques toutes les remarques qu’il a pu faire sur Emmanuel Macron pendant sa campagne sans que cela serve d’arme boomerang contre le désormais porte-parole. Il eut été sot de laisser tout cela ouvert. Et on a suffisamment reproché à d’autres de n’avoir pas fait le ménage. Il est simplement élémentaire de tout effacer. Mais évidemment cela prive de munitions.

BRP prend-il un paquet qui ne lui est pas destiné de la part de Twitter et des journalistes? Macron est mal aimé. Cette détestation est en partie due à la campagne de la France Insoumise, qui canonne le président, ce banquier, cet illégitime si mal élu, ce libéral vendu au patronat. Ces bombardements de Mélenchon portent effet dans la communauté journalistique par attrait commercial (Mélenchon fait vendre) et parce qu’il représente la seule opposition à laquelle se raccrocher.

Mais l’essentiel ne vient-il pas de la faible estime que porte le Président à la confrérie des journalistes français? Il estime qu’ils sont le miroir coupable de la vieille politique où l’immobilisme s’est caché derrière la bataille des petites phrases et des fausses querelles. Sitôt élu il a fermé les portes de l’Élysée et choisit une parole rare même à l’heure du tout-info. Les médias sentent ce dédain présidentiel et lui en veulent, d’autant que ses prédécesseurs cajolaient la presse.

L’arrivée du chroniqueur de Challenges est faite pour rompre cette barrière qui s’est élevée entre la presse et le jeune président. On ne sait s’il y arrivera. C’est un choix de carrière que l’on peut légitimement discuter puisqu’il abandonne le journalisme et sa liberté. Mais lui, croyait en la Révolution de Macron, son choix est cohérent. Rien ne justifie en tout cas ces avalanches d’insultes.

Roselyne Febvre
Roselyne Febvre (9 articles)
Journaliste
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