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En Tchétchénie, des couples divorcés contraints à se remettre ensemble «pour les enfants»

Temps de lecture : 2 min

«Si tout allait avant d'avoir cinq enfants, pourquoi ne pas continuer à vivre ensemble après, pour les enfants?»

Ramzan Kadyrov, le 5 octobre 2016 à Grozny | ELENA FITKULINA / AFP
Ramzan Kadyrov, le 5 octobre 2016 à Grozny | ELENA FITKULINA / AFP

Le gouvernement russe de la République tchétchène vient de se féliciter du succès d'un programme un peu particulier. Tout au long de l'été, nous raconte le New York Times, les télévisions locales ont relayé le travail du Conseil pour l'harmonisation des mariages et des relations familiales, dont l'une des missions est de... convaincre les couples divorcés de se remettre ensemble.

«La commission explique avoir réconcilié 948 couples, lors des deux derniers mois, certains après plusieurs années de séparation, écrit le magazine. Avec ce programme, le conseil peut demander à la police de rendre visite aux couples divorcés et de les encourager à surmonter leurs différences.»

Dans les nombreux reportages télévisés, on voit les journalistes vanter le travail du conseil et expliquer que les couples reformés habitaient de nouveau ensemble et que, s'ils passent la plupart du temps éloignés l'un de l'autre, ils n'oublient pas de se réunir autour de leurs enfants. «Malgré un antagonisme mutuel, des centaines de couples divorcés répondent à l'appel», a lancé l'un des journalistes travaillant pour un média appartenant à la république et qui, par conséquence, ne donne pas la parole aux couples mécontents de ce programme. «Ils regardent leur programme préféré ensemble, et mangent à la même table, préfère raconter un journaliste de Grozny TV. Le nombre de ces réconciliations grandit chaque jour.» Et tant pis si un des maris interrogé explique avoir accepté de se réconcilier pour «obéir à ce que le leader de la République a dit».

Conséquences dramatiques

Car évidemment, il y a bien plus de choses à raconter ici que l'étrange politique mise en place par les autorités de Ramzan Kadyrov. «Ne pas se soumettre aux demandes des autorités régionales peut avoir des conséquences dramatiques, bien pire que d'avoir à vivre de nouveau avec un ancien partenaire détesté.» Le dirigeant a justifié cette politique à la télévision avec la crainte de voir les enfants de divorcés devenir des militants islamistes, surtout s'ils sont élevés par leur mère:

«S'ils peuvent vivre ensemble et avoir trois, quatre ou cinq enfants, pourquoi divorcer après ça? Si tout allait avant d'avoir cinq enfants, pourquoi ne pas continuer à vivre ensemble après, pour les enfants?»

Il a également estimé que, sur cent enfants de divorcés, «cinq ou six étaient normaux».

Bien au-delà de ces couples mariés, Kadyrov continue en réalité un plan de contrôle de la vie privée et de la sexualité des Tchétchènes. Personne n'a oublié que, l'hiver dernier, le dirigeant mettait en place une terrible purge des homosexuels de la région, en les piégeant grâce à internet, en les arrêtant et en les torturant. Beaucoup d'entre eux ont ensuite été exécutés.

Slate.fr

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