Monde

Dans Damas désertée par l'exode, Khaled Khalifa a décidé de rester

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 25.08.2017 à 14 h 29

Repéré sur The Guardian

Six ans durant, l'écrivain syrien a vu ses amis et sa famille fuir le pays en guerre, laissant sa capitale à l’abandon. Lui se refuse à partir.

Des immeubles abandonnés à Homs, en Syrie, le 8 mai 2014 | Rim HADDAD / AFP

Des immeubles abandonnés à Homs, en Syrie, le 8 mai 2014 | Rim HADDAD / AFP

Le Guardian a ouvert ses pages à l’écrivain syrien Khaled Khalifa, qui y raconte le vide qui règne désormais dans sa vie, à Damas. Alors que toutes les personnes qu’il connaissait ont fui la Syrie pour rejoindre l’Europe, à la recherche d’un avenir plus sûr, il a décidé de rester.

«Quitter le pays est devenu une épidémie»

«La plupart de mes amis ont fui le pays et sont désormais des réfugiés», explique-t-il. Sa sœur, son frère, ses cousins ont préféré l’exil à la guerre, traversant dangereusement la Méditerranée pour rejoindre la France, l’Allemagne et la Scandinavie.

«Les flots de personnes quittant le pays ont continué, si bien qu’en 2013 et 2014, on faisait des fêtes d’adieu pour les gens qui s’en allaient vers l’inconnu. Quitter le pays est devenue une épidémie. [...] Petit à petit, on ne demandait plus à quelqu’un “quand vas-tu partir?”, mais plutôt “pourquoi es-tu toujours là?”»

Face à cet exode contraint par la guerre civile, Khaled Khalifa a été témoin de la désertification de la capitale syrienne. Il décrit les places publiques et les rues qui se sont vidées de leur population, les fenêtres qui sont devenue noires, les coups de téléphone qui restaient sans réponse.

«J’ai commencé à ressentir un grand vide. Je perdais tous mes amis et je ne pouvais rien y faire. [...] Je pensais que leur départ serait temporaire, mais après six ans, j’ai commencé à organiser ma vie autour de l’absence de ces personnes.»

L’exil comme perte d’identité

Khaled Khalifa explique qu’il a décidé de rester, sans vraiment savoir pourquoi. Il affirme avoir peur d’être infecté par «la peste de déplacement» qui a frappé Damas. Même si sa maison est un jour détruite, il affirme qu’il restera. Pourquoi? Peut-être car il veut «s’accrocher à un endroit qui a une odeur familière».

Il dit penser énormément à tout ceux qui sont partis et devenus des réfugiés. Il est conscient du fait que pour beaucoup d’entre eux, «la mer est le seul espoir». Il juge que sa sœur par exemple, n’avait pas d’autre solution:

«Que peut-on offrir à une femme qui a perdu sa maison et tout ce qu’elle possédait? Les choses ne sont pas faciles pour les femmes comme elle à Damas. Elle ressemble à n’importe quelle autre Syrienne qui n’a pas de qualification particulière.»

Cependant, il estime qu’à partir du moment où l’on quitte son pays pour en rejoindre un autre, on perd son identité. Et selon lui, c’est ce qui arrive à tous les Syriens qui ont fui la guerre. «Délaisser son identité, c'est comme s’arracher le cœur. [...] Les réfugiés n'acquièrent pas pour autant de nouvelle identité. Abandonner les habitudes qui constituent ma personne serait pour moi intolérable», assure-t-il.

La désertification de sa ville natale le rend d’autant plus triste qu’il considère que les réfugiés syriens sont horriblement mal traités dans les pays où ils arrivent. Khaled Khalifa se dit «horrifié» par les photos de fascistes des pays occidentaux menaçant les réfugiés et par les affiches les insultant.

Il confie que l'une de ses plus grandes craintes serait de se réveiller un jour pour découvrir que Damas est devenue une ville fantôme, sans lumière dans les maisons ni de voitures dans les rues. Alors, tous seront devenus des réfugiés.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte