Monde

La traque d'Oussama ben Laden

Eric Leser, mis à jour le 02.05.2011 à 9 h 21

Le chef, symbole et fondateur d'al-Qaida a été abattu dimanche 1er mai par les forces spéciales américaines au Pakistan.

Le fondateur et chef historique d'al-Qaida, Oussama Ben Laden, a été tué dimanche 1er mai, au Pakistan, lors d'une opération commando des forces spéciales américaines près de la capitale Islamabad. Barack Obama a annoncé sa mort lors d'une allocution solennelle, en direct depuis la Maison-Blanche, à 5h30 (heure française) ce lundi matin. «Ce soir, je suis en mesure d'annoncer aux Américains et au monde que les Etats-Unis ont mené une opération qui a tué Oussama Ben Laden, le dirigeant d'al-Qaida, un terroriste responsable du meurtre de milliers d'innocents», a déclaré le président américain. Il a précisé que Ben Laden a été tué à Abbottabad, une ville située au nord d'Islamabad.

Cette mort met fin à dix ans de traque après les attentats du 11-Septembre, «Justice est faite», a affirmé Barack Obama, tout en prévenant ses compatriotes que la nébuleuse terroriste continuerait à essayer de s'en prendre aux Etats-Unis malgré la mort de son chef. En dépit de l'invasion de l'Afghanistan fin 2001 et du renversement du régime des talibans qui abritait la direction d'Al-Qaida, Ben Laden avait jusqu'ici échappé à la capture et même aux tentatives de localisation.

Nous republions à cette occasion un article publié le 2 janvier 2010 sur la stratégie suivie par al-Qaida pour poursuivre sa guerre sainte (djihad) contre l'occident.

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La psychose aux Etats-Unis n'était plus remontée à ce niveau depuis plusieurs années. Au point que Barack Obama, le président des Etats-Unis, s'est senti obligé d'intervenir lundi 28 décembre pour rassurer. D'Hawaii, où il est en vacances, il a promis que son administration «ferait tout pour assurer la sécurité des Américains... Nous ne baisserons pas les bras tant que nous n'aurons pas trouvé tous ceux qui sont impliqués pour les faire répondre de leurs actes», a-t-il déclaré faisant référence à l'attentat manqué le jour de Noël, vendredi 25 décembre, par Umar Farouk Abdulmutallab, 23 ans, sur le vol Northwest Amsterdam-Détroit. «Nous allons continuer à utiliser tous les éléments en notre pouvoir pour intercepter, détruire et vaincre les extrémistes violents qui nous menacent, qu'ils soient d'Afghanistan, du Pakistan, du Yémen ou de la Somalie, ou de partout où ils préparent des attaques contre le sol américain», a conclu le président.

Illustration du climat, un Nigérian malade est resté longtemps dimanche 27 décembre dans les toilettes du vol entre Amsterdam et Détroit et l'équipage paniqué a demandé lors de l'atterrissage à la police de monter à bord et de l'interpeller. Barack Obama a été informé immédiatement...

Il faut remonter à la fin de l'année 2001 pour retrouver un tel chaos dans les aéroports un peu partout dans le monde, quand Richard Reid, surnommé depuis «shoe bomber», avait alors tenté en vain le 22 décembre 2001 de mettre le feu à ses chaussures bourrées d'explosifs sur le vol Paris-Miami d'American Airlines. Richard Reid avait été envoyé en mission suicide par Khalid Sheikh Mohammed, le cerveau des attaques du 11 septembre 2001 contre New York et Washington, et s'était entrainé dans des camps d'al-Qaida en même temps que Zacarias Moussaoui.

L'Anglais Richard Reid, le Français Zacarias Moussaoui et aujourd'hui le Nigérian Umar Farouk Abdulmutallab n'étaient pas des terroristes particulièrement efficaces et très bien entrainés. Cela n'a pas empêché al-Qaida de revendiquer l'attentat manqué du 25 décembre. Dans un communiqué daté du samedi 26 décembre et rendu public lundi 28 décembre sur plusieurs sites islamistes, al Qaida «dans la péninsule arabique» souligne que «le frère nigérian, est passé à travers toutes les barrières de sécurité pour son opération, brisant le grand mythe du renseignement américain... Il a utilisé une technique d'explosifs développée par les moujahidines dans les ateliers d'al-Qaida dans la Péninsule arabique».

Le groupe a menacé de mener d'autres attaques «tant que les Américains soutiendront leurs dirigeants, c'est ce à quoi ils doivent s'attendre de nous... Nous avons préparé des hommes qui aiment la mort».

Si l'organisation terroriste fondée par Oussama ben Laden a perdu depuis septembre 2001 l'essentiel de ses capacités opérationnelles, si elle a perdu une bonne partie de ses cadres, ces deux principaux dirigeants, le Saoudien Oussama ben Laden et l'Egyptien Ayman al Zawahiri, ont apparemment survécu et comme le souligne les spécialistes américains du terrorisme, Daniel Benjamin et Steve Simon, «elle a profondément muté». Elle est devenue avant tout un outil de propagande et de guerre idéologique prônant le djihad contre les «juifs, les croisés» et les apostats. Mais elle tente tout de même depuis huit ans de susciter la reconstitution de bases opérationnelles. L'organisation a tenté de le faire et tente de le faire évidemment en Afghanistan et au Pakistan dans les zones tribales, mais aussi en Indonésie, aux Phillipines, en Irak et depuis quelques temps au Yémen. C'est là où vraisemblablement Umar Farouk Abdulmutallab a été préparé et formé.

D'après un bulletin envoyé aux différents services de sécurité américains par le FBI (police fédérale), Umar Farouk AbdulMutallab a déclaré que «les explosifs lui avaient été fournis au Yémen et il avait reçu un entrainement sur place pour les utiliser... D'autres membres d'al-Qaida auraient reçu une formation identique».

Selon des informations obtenues par CNN, une partie des composants de l'explosif était cousue dans ses sous-vêtements. Une analyse préliminaire du FBI conclut que la bombe qu'il avait en sa possession contenait un explosif puissant, du pentaerythritol tetranitrate, connu sous le nom de PETN. Selon plusieurs experts américains, la quantité d'explosif était suffisante pour faire un trou dans le fuselage de l'appareil et le faire s'écraser lors de la phase d'atterrissage. Elle était même deux fois plus importante que celle contenue dans les chaussures de Richard Reid.

Les services de renseignement américains cherchent aujourd'hui à comprendre comment Abdulmutallab est parvenu à introduire des explosifs dans l'avion et qui a pu l'aider à le faire et à confectionner la bombe. «Nous cherchons aussi à comprendre pourquoi il n'a pas été repéré quand il a acheté son billet compte tenu des informations qui étaient alors disponibles», a avoué lundi Janet Napolitano, la Secrétaire américaine à la Sécurité intérieure.

Abdulmutallab, détenteur d'un visa d'entrée sur le territoire des Etats-Unis, figurait sur la liste des 550 000 personnes suspectées par le Centre national anti-terroriste américain d'avoir des liens avec des organisations terroristes. Il y était depuis novembre dernier. Le père d'Umar Farouk Abdulmutallab, le banquier et ancien ministre nigérian Alhaji Umar Mutallab, avait alors alerté l'ambassade des Etats-Unis à lagos en disant craindre que son fils ne soit allé se former auprès de terroristes au Yémen et «prépare quelque chose». Umar Farouk Abdulmutallab venait de couper les liens avec sa famille depuis quelques semaines. Il a alors été placé, selon la procédure habituelle, sur la première liste du Centre anti-terroriste, mais faute d'éléments concrets, son nom n'a pas été inscrit sur une deuxième liste de 14 000 personnes qui doivent se soumettre à des fouilles plus poussées avant d'embarquer dans des avions vers les Etats-Unis ni sur la troisième liste, encore plus restreinte, de 4 000 personnes interdites de vol vers les Etats-Unis.

La polémique enfle aujourd'hui en Amérique sur ce qui est qualifié par plusieurs parlementaires de «dysfonctionnements» des services de sécurité et de renseignements qui se seraient «assoupis» au cours des dernières années.

Umar Farouk Abdulmutallab a été transféré dimanche 27 décembre de l'hôpital de l'Université du Michigan où il était soigné pour des brûlures dans une prison fédérale à Milan toujours dans le Michigan. Lors d'une audition prévue pour le 8 janvier un juge fédéral déterminera si Umar Farouk Adbulmutallab doit être maintenu en détention jusqu'à son passage devant un tribunal et si le gouvernement peut prélever un échantillon de son ADN.

Les services de sécurité de plusieurs pays tentent aujourd'hui de retracer le parcours de l'apprenti terroriste. Selon les autorités nigérianes, il est arrivé à Lagos seulement jeudi 24 décembre quelques heures avant de prendre, sans bagages, un vol de KLM pour Amsterdam. A Amsterdam, AbdulMutallab a alors embarqué sur le vol de la Northwest Airlines pour Détroit. Les services de renseignement américains tentent de suivre sa trace au Yémen et Scotland Yard s'intéresse à son parcours à Londres où il a été étudiant en ingénierie de 2005 à 2008 à l'University College et est devenu au cours de cette période partisan du djihad. Un point commun avec Zacarias Moussaoui qui lui aussi a été converti à l'Islamisme radical après avoir été étudiant à Londres.

Le ministre de l'intérieur britannique Alan Johnson a expliqué lundi que Umar Farouk AbdulMutallab était sur la liste des personnes surveillées et ne pouvait pas entrer au Royaume-Uni. Il a ajouté que Abdulmutallab venait de se voir refuser en mai un nouveau visa d'étudiant en Grande-Bretagne pour un collège qui tout simplement... n'existait pas.

Le développement au Yémen d'une branche d'al-Qaida est en fait assez récent. Il remonte à l'évasion spectaculaire en février 2006 de 23 prisonniers de la prison de Sanaa avec la complicité de membres des services de sécurité locaux. Une nouvelle génération de Yéménites et de Saoudiens, séduite par les idées d'Oussama ben Laden, profite aujourd'hui des vastes zones du pays qui échappent au contrôle du gouvernement, du fonctionnement tribal du Yémen et de la sympathie générale pour al-Qaida afin de recruter et d'établir des centres d'entraînement. Le Yémen, état défaillant confronté à une guerre civile au nord et une tentative de sécession au sud, ressemble par de nombreux aspects aux fameuses zones tribales à la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan qui abritent les restes d'al-Qaida et sans doute Oussama ben Laden.

Dans la dernière publication du magazine sur Internet Sada al-Mahalim, qui est l'organe d'al-Qaida au Yémen, le chef du groupe, Nasir al-Wuhayshi, ancien secrétaire particulier d'Oussama ben Laden, exhorte ses partisans à poser des bombes «dans les aéroports des pays des croisés occidentaux qui participent à la guerre contre les musulmans, dans leurs avions, dans leurs quartiers résidentiels et dans leurs métros...».

Eric Leser

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