Economie

Pour remplacer les emplois aidés, la formation a le dos large

Gilles Bridier, mis à jour le 21.08.2017 à 15 h 44

Pour réaliser des économies, le couperet tombe sur les emplois aidés. Le gouvernement compte sur la formation pour prendre le relais. Mais les effets risquent de se faire attendre très longtemps pour les publics concernés.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud lors d'une visite dans un bureau du Pôle Emploi de Lyon, le 4 août 2017 | Romain LAFABREGUE / AFP

La ministre du Travail Muriel Pénicaud lors d'une visite dans un bureau du Pôle Emploi de Lyon, le 4 août 2017 | Romain LAFABREGUE / AFP

On n’avance pas dans le bon sens en mettant la charrue avant les bœufs. L’annonce début août par le gouvernement de réduire le nombre des emplois aidés pour les remplacer par la formation avant de présenter la réforme censée le permettre, s’inscrit dans ce cafouillage. Et dans l’intervalle, ce sont des personnes socialement fragiles qui en feront les frais.

Vouloir proposer d’autres solutions par le biais de la formation est une idée intéressante, mais les gouvernements qui se sont succédé depuis des décennies n’y sont jamais parvenus avec les moyens disponibles. Pourtant, l’enveloppe consacrée à la formation et à l’apprentissage porte sur quelque 32 milliards d’euros par an, dont environ seulement 10% iraient aux chômeurs. Donc, les moyens existent. Le problème est dans l’organisation de la formation, son adéquation aux besoins, son ouverture aux publics qui en ont le plus besoin.

Un débat récurrent depuis vingt ans

Face aux nombreux verrous, le gouvernement Jospin avait fait monter en puissance ces emplois aidés, il y a tout juste vingt ans, pour que des demandeurs d’emploi, souvent jeunes, s’insèrent dans le monde du travail plutôt que de s’enraciner dans le chômage. Mais depuis, le débat sur l’efficacité de ces emplois est récurrent.

Bien sûr, un contrat aidé, qu’il soit «jeune» ou «d’avenir» selon les époques, ne vaut pas un vrai contrat de travail. Il est limité dans le temps, et coûte cher aux finances publiques. Nicolas Sarkozy avait voulu mettre un terme à cette forme de traitement social du chômage, en lui substituant un traitement économique fondé sur… la croissance et un marché de l’emploi dynamique. Mais il dut faire marche arrière. Deux ans après son accession au pouvoir, un plan de mobilisation pour l’emploi des jeunes faisait son apparition, avec des aides à la clé pour les contrats d’insertion, de professionnalisation et d’apprentissage. François Hollande, parvenu au pouvoir, a développé la formule.

Aujourd’hui, avec Emmanuel Macron à l’Elysée, le débat est relancé. Muriel Pénicaud, ministre du Travail, juge ces emplois coûteux et inefficaces. Elle renvoie à la présentation à l’automne d’une réforme de la formation mieux calibrée pour prendre en charge les personnes concernées par les emplois aidés. Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, lui a fait écho. Il a placé les contrats aidés dans sa ligne de mire pour réduire les dépenses publiques et, au cours de l’été, il a twitté :  «Nous misons tout sur la formation des chômeurs et la baisse des charges des entreprises : plus d’emploi durable et non de l’emploi subventionné». Ce fut le credo de bien d’autres gouvernements avant celui d’Edouard Philippe, car aucun ne considère l’emploi aidé comme une fin en soi. Mais il ne suffit pas de le dire.

L'emploi subventionné peut déboucher sur un «vrai» emploi

Même si le recours aux emplois subventionnés n’est pas une solution idéale, c’est un filet de sécurité qui évite le chômage de longue durée à leurs bénéficiaires. Et bien qu’on critique le système, il débouche malgré tout sur des vrais emplois - non subventionnés - pour une partie non négligeable des personnes concernées.

Par exemple, la moitié de ceux qui ont bénéficié d’un emploi d’avenir dans le secteur non marchand (fonction publique et secteur associatif) ont trouvé un véritable emploi six mois après la fin du contrat aidé, estime le ministère du Travail. Dans une autre étude, on découvre que 67% des bénéficiaires de contrats d’insertion du secteur marchand sont en emploi six mois après la fin du contrat, et 41% dans le secteur non marchand. Et on apprend que «74 % des anciens bénéficiaires considèrent que le contrat aidé leur a permis de se sentir utile et de reprendre confiance». Ce qui, vu sous l’angle des personnes qui se sont vu mettre ainsi le pied à l’étrier, révèle des aspects clairement positifs.

Le gouvernement Valls a eu la main lourde

Mais la Cour des comptes se base sur d’autres critères pour juger de l’efficacité de ces contrats. Décortiquant l’exécution du budget 2016, elle évalue le surcoût des emplois aidés à 875 millions d’euros en 2016, à cause notamment d’un dépassement de plus de 50% (456.000 au lieu de 295.000) du nombre de contrats initialement prévu, résume la Caisse des dépôts. Le gouvernement de Manuel Valls a eu la main lourde. La reprise n’étant pas au rendez-vous, une augmentation des emplois aidés a permis au gouvernement de proposer des solutions alternatives et… de diminuer le nombre de chômeurs inscrits à Pôle emploi. Une situation dénoncée par la Cour à cause du coût par emploi aidé.

En outre, le bilan analysé selon une stricte selon une stricte approche financière est aggravé par le nombre élevé de contrats aidés programmés sur le premier semestre 2017, absorbant les deux tiers de l’enveloppe prévue pour l’année. De sorte que le gouvernement d’Edouard Philippe est obligé de prévoir une rallonge de 13.000 postes sur le total programmé pour l’année.  Mais même avec cette enveloppe supplémentaire, le total des emplois aidés sur 2017 (soit 293.000) représentera moins des deux tiers du total de 2016. Une première étape vers une probable saignée bien plus profonde pour réorienter les contrats aidés vers la formation.

Une énième réforme de la formation

Ainsi, on prête décidément beaucoup à la formation, sans cesse réformée pour cause d’inadaptation aux publics intéressés et sans cesse remise en question pour toujours les mêmes raisons. On peut dire que chaque gouvernement y va de sa réforme, sans atteindre son objectif. A droite comme à gauche, l’échec est partagé. Ainsi, François Hollande avait annoncé début 2013 que de nouvelles règles devaient être imposées, afin «qu’un chômeur sur deux se voie proposer une formation dans un délai de deux mois» après la perte de son emploi. Près de trois ans plus tard, la situation n’avait pas changé. Au point que, devenu Premier ministre, Manuel Valls devait annoncer fin 2015 un nouveau plan massif en faveur de la formation professionnelle.

Or voilà que, à nouveau, une réforme est annoncée. Il aurait été plus logique d’en connaître le contenu avant de signer la condamnation des emplois aidés. D’autant qu’une formation ne débouche pas systématiquement sur un emploi. Et que la formation doit être elle-même financée. Aussi, entre le coût d’une formation ou le maintien à Pôle emploi, l’économie espérée en réduisant les emplois aidés ne correspond à la réduction faciale des subventions qui leur sont consacrées. Le bilan financier du transfert n’est pas si simple à établir.

Retour à la case chômage

En outre, même si la réforme devait permettre à la formation de jouer son rôle auprès de publics qu’elle n’a pas pris en charge jusqu’à présent, il faudra un délai avant que cette réforme se mette en place et porte ses fruits. Et dans l’intervalle, que deviennent les personnes qui n’auront plus accès aux contrats aidés qu’elles auraient pu décrocher ? C’est un retour garanti à la case Pôle emploi. Après le triste épisode de la réduction du montant des APL, la gestion du reflux des contrats aidés ne va pas contribuer à redorer l’image de la nouvelle équipe au pouvoir.

On peut comprendre l’approche comptable de la Cour des comptes. Mais elle ne peut être celle d’un gouvernement, qui doit prendre en compte bien d’autres critères pour bâtir une politique qui ne soit pas aussi réductrice. Pour les personnes qui ne vont plus pouvoir profiter des contrats aidés, la promesse d’une reprise économique avec une croissance annoncée de 1,6% pour 2017 (au lieu de 1,1% en 2016) selon l’Insee, ne pèse pas bien lourd alors que la courbe du chômage ne s’inverse que très timidement au regard des statistiques de Pôle emploi (avec un recul de seulement 1% du nombre des demandeurs sur un an).

Pour ces personnes, le retour à la case chômage risque d’être fort long. Surtout dans un contexte de réduction des dépenses des collectivités locales, grandes utilisatrices d’emplois subventionnés et qui réduiront les effectifs si ces emplois ne sont plus aidés, comme l’a déjà fait savoir l’Association des maires de France.

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
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