Culture

Dusty, le chat cleptomane

Elise Costa, mis à jour le 17.08.2017 à 16 h 00

Quand un couple de californiens retrouve dans leur demeure des vêtements qui ne leur appartiennent pas, ils sont perplexes. Mais rapidement, tout accuse leur chat domestique, Dusty.

Quel est notre rapport aux animaux? Comment nous nous épaulons et parfois, nous détruisons? Cet été, Slate vous raconte des histoires extraordinaires d’animaux sauvages et domestiques à travers le monde pour nous aider à comprendre qui ils sont et qui nous sommes.

En 2007, Jean Chu et Jim Coleman se rendent à la Peninsula Humane Society, l’équivalent de la SPA américaine, qui est établie dans la baie de San Francisco. Au milieu des animaux abandonnés et recueillis par l’association, leurs yeux s’arrêtent sur un snowshoe –croisement entre le thaï et le sacré de Birmanie– âgé d’un an. Le couple décide d’adopter le chat et de le ramener dans leur maison de San Mateo. Il s’appelle Dusty.

La deuxième année de Dusty est un long fleuve tranquille. Le snowshoe est une race réputée pour son tempérament de chasseur. Chaque jour, le chat ramène à sa nouvelle famille des petits présents morts: des oiseaux, des souris et même un serpent, que sa maîtresse Jean prend d’abord pour un bandeau pour cheveux. Une méprise annonciatrice des évènements qui vont suivre.

Un matin, Jean remarque un gant en latex posé sur son lit. Elle prie à son mari de mieux ranger ses affaires. Mais Jim nie avoir laissé traîner un quelconque gant. Et puis il y a autre chose. Depuis le début de l’été, divers objets se retrouvent mystérieusement dans leur jardin. À tel point que Jim se demande pourquoi des gens viennent tous les jours balancer leur bazar chez lui. Il a déjà récolté des serviettes de bains, des chaussures et… des gants. C’est alors que le déclic se fait. «Ce n’est pas moi, réplique-t-il à Jean. Je crois que c’est le chat.»

Caméras infra-rouge

 

Durant trois ans, Jean et Jim récupèrent ainsi des éponges, des serviettes de cuisine, des chaussettes, des peluches, des pantalons de pyjama, des frisbees, des gants bien sûr, et aussi des slips. Les voisins commencent à rentrer leurs affaires à la nuit tombée. Ils savent qu’à l’arrivée des beaux jours et jusqu’à l’automne, un cambrioleur rode dans les parages. Les seuls moments de répits ont lieu durant l’hiver, de novembre à janvier. Si de gros soupçons portent sur Dusty, personne ne l’a jamais vu dérober quoique ce soit. Personne n’a la preuve de sa culpabilité.

Un journaliste de la télévision locale, Vic Lee, a vent de l’affaire. Il décide d’enquêter sur Dusty pour l’émission «Must Love Cats» diffusé sur la chaîne Animal Planet. Pour vérifier les dires de Jean et Jim, de leur famille et leurs voisins, Vic Lee installe des caméras infra-rouge à des points stratégiques, dans le quartier, pour observer les allers et venues du félin. Au bout de quinze jours, le journaliste récupère les bandes.

Sur les images pixellisées apparaissent alors les yeux de Dusty brillants dans la nuit. Les vidéos de surveillance télé montrent Dusty rapportant un torchon. Dusty tenant dans sa gueule une éponge. Dusty ramenant des lunettes de piscine. Dusty avec un soutien-gorge de taille 100D.

Ainsi Dusty est rebaptisé «le chat clepto» ou «le minou clepto». Vic Lee, à la manière de Phoebe Buffay, compose une petite chanson en son honneur («Dusty le chat clepto / Que fait-il pendant que vous faites dodo?»). Au plus fort de son activité, le chat ramène 11 objets en une soirée. C’est le début de la gloire pour le chat cambrioleur, qui est rapidement invité dans le show de David Letterman.

Anxiété ? Traumatisme?

 

Reste à savoir: qu’est-ce qui motive Dusty à s’infiltrer, nuit après nuit, dans les maisons et les jardins de San Mateo pour voler? Chiper et stocker des petits objets est une manie relevée par de nombreux propriétaires de chats domestiques. Certains comportementalistes animaliers affirment qu’il s’agit là d’un atavisme génétique. Cela ferait partie de leur instinct.

D’autres au contraire pensent que la cleptomanie chez les chats est, à l’instar de la cleptomanie chez les êtres humains, une tendance pathologique pouvant être corrélative d’un trouble de l’anxiété ou de troubles obsessionnels compulsifs. Des chats qui ont vécu un traumatisme bébé, ou qui ont été abandonnés, seraient plus enclins à la cleptomanie que les autres. Voler serait une source de réconfort pour eux, plus qu’un cadeau personnel offert à ses nouveaux maîtres. Or, Dusty a bien été abandonné et récupéré par le refuge de San Mateo alors qu’il était chaton. Pour se soigner, encore faudrait-il qu’il se fasse interpeller et que cela entraîne chez lui une prise de conscience le poussant à consulter. Sauf que les chats sont peu enclins à toute remise en question.

Conscient néanmoins que la popularité de leur chat serait éphémère, Jean et Jim ont saisi leur chance pour organiser une vente caritative des 600 objets volés par Dusty et jamais réclamés par leurs propriétaires au profit du refuge Peninsula Humane Society. Une manière de faire en sorte que les pulsions de Dusty, aussi incurables soient-elles, servent à aider d’autres animaux.

Elise Costa
Elise Costa (96 articles)
Journaliste
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