Monde

«À Raqqa, nous menons une double vie comme condition de notre survie»

Repéré par Fanny Arlandis, mis à jour le 17.08.2017 à 10 h 02

Repéré sur The Guardian

Dans un témoignage rare, un Syrien raconte le quotidien sous l'État islamique à Raqqa.

Des Syriens fuient leurs maisons près de Raqqa, le 17 juillet 2017. | Bulent KILIC / AFP

Des Syriens fuient leurs maisons près de Raqqa, le 17 juillet 2017. | Bulent KILIC / AFP

Il a pris le pseudonyme de Tim Ramadan. On ne sait que très peu de choses sur ce journaliste syrien vivant à Raqqa depuis l'arrivée de l'État islamique en 2013, mis à part qu'il travaille pour Sound and Picture, un groupe qui documente la vie sous Daech.

Tim Ramadan livre, dans le Guardian, un témoignage précieux sur le quotidien dans cette ville du nord-est de la Syrie, aux mains du groupe djihadiste. Depuis plus d’un an, les civils sont pris au piège et ne peuvent quitter la Raqqa que s’ils paient un montant allant jusqu’à 800 dollars par personne. Ceux qui restent vivent donc dans une situation de danger permanent et doivent respecter des lois extrêmement strictes. Une barbe ou un pantalon trop courts peuvent entraîner 150 dollars d'amende, trois mois de prison ou un aller pour un «camp de repentance». La Hisbah, la police religieuse, veille scrupuleusement.

«Un ami m'a raconté être resté à la maison pendant un mois, parce qu'il avait brûlé une partie de sa barbe en tentant d'allumer une cigarette. Fumer est punissable de flagellation.»

Deux personnalités

Alors pour tenter de survivre, les habitants de Raqqa cultivent une seconde personnalité, affichée à l’extérieur de chez eux. «Nous menons une double vie comme condition de notre survie. Chacun a au moins deux personnalités», explique Tim Ramadan. Lorsqu’une personne est arrêtée à un check-point ou interrogée, celle-ci doit se montrer avenante avec les combattants de l’État islamique pour éviter d’être exécutée. «Ici, une simple erreur peut vous couter la vie.»

Mais l’horreur va plus loin. «Il faut même cacher sa première personnalité à ses enfants, poursuit-il, parce que les militants leur demandent si leurs parents parlent mal de l'organisation.»

Ce témoignage est d'une très grande valeur tant il est difficile de faire sortir des informations de Raqqa. Si il existe quelques groupes qui documentent les crimes commis par l'État Islamique, comme Sound and picture ou Raqqa is Being Slaughtered Silently (Raqqa est massacré en silence), les activistes sont de moins en moins nombreux. Raqqa est massacré en silence comptait par exemple 17 membres il y a trois ans, mais depuis, une bonne partie d'entre eux ont été exécutés.

Victimes civiles

Une opération militaire a débuté le 6 juin dernier pour reprendre le contrôle de la ville à l'État islamique. Elle est menée par les Forces Démocratiques Syriennes, elles-mêmes soutenues par une coalition dirigée par les États-Unis qui les arme et effectue des attaques aériennes. Environ 500 djihadistes seraient encore retranchés dans la ville.

La situation pour les civils coincés là-bas n'en est devenue que plus désastreuse. Les frappes aériennes sévissent chaque jour et tuent de nombreux civils. Selon l'organisation Sound and Picture, citée dans un autre article du Guardian: «La coalition ne prend aucune précaution pour éviter les victimes civiles.» 

Pour leur part, les snipers de l'EI se chargent de ceux qui tentent de fuir. Dans une tribune publiée dans le Monde le 1er août, Hakim Khaldi, de Médecins Sans Frontière, dénonçait le fait que rien n'est fait pour évacuer les civils. Or, la ville manque de denrées alimentaires, d'éléctricité et de médecins. L'hôpital général de Raqqa n'est plus non plus en état de fonctionner. Les Nations unies estiment entre 30.000 et 50.000 le nombre de civils encore présents dans la ville alors qu'environ 200.000 personnes auraient déjà été déplacées.

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