Monde

Depuis des années, Trump fait la promotion des suprémacistes blancs

Ben Mathis-Lilley, traduit par Bérengère Viennot, mis à jour le 15.08.2017 à 10 h 01

Les choix du président américain indiquent clairement qu’il a opté, bien avant Charlottesville, pour le camp de la droite alternative raciste.

SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Donald Trump a fait plus que n’importe quel autre personnage politique aux États-Unis pour diffuser les opinions et rechercher le soutien du mouvement suprémaciste blanc de l’«alt-right», la droite alternative, dont les membres ont organisé un rassemblement à Charlottesville, en Virginie, samedi 12 août, lors duquel un suprémaciste blanc nommé James Fields Jr. a tué une manifestante non-violente, Heather Heyer, avec sa voiture. Voici une tentative de liste exhaustive des façons dont Trump fait la promotion de ce mouvement et des manières dont il en tire parti.

(Note sur la nomenclature: j’utilise le terme «suprémaciste blanc» dans certains cas où d’autres parleraient de «nationaliste blanc». La différence entre les deux groupes est que pour beaucoup de nationalistes blancs, les États-Unis devraient être une société culturellement et politiquement dominée par les blancs pour des raisons historiques, et non parce que les blancs sont intrinsèquement supérieurs. Un «ethno-État» américain volontairement blanc n’en resterait pas moins un pays où les blancs exerceraient une suprématie sur les non-blancs, par conséquent j’estime que le terme «suprémaciste blanc» est largement justifié. En outre, quelles que soient leurs revendications, nombre de ceux qui s’identifient comme des nationalistes blancs sont de toute évidence racistes).

Le birtherism. Trump a commencé à marteler en 2011 que Barack Obama n’était peut-être pas né sur le sol américain. Il a dit un jour qu’une «source très crédible» l’avait informé que l’acte de naissance d’Obama était un faux et prétendu avoir envoyé des enquêteurs à Hawaii pour faire des recherches sur la question. Il a également insinué qu’Obama était musulman et qu’il voyait d’un bon œil les objectifs de groupes comme l’État islamique (Obama est chrétien, et né aux États-Unis).

Steve Bannon. L’ancien directeur de Breitbart News et désormais haut conseiller à la Maison-Blanche a joué un rôle dans la campagne électorale de Trump. Bannon a un jour fièrement qualifié Breitbart de «plateforme de l’alt-right», et c’est sous sa férule que le site a publié un article de sinistre mémoire qui rendait hommage à l'œuvre de plusieurs suprémacistes blancs, notamment Richard Spencer, l’un des leaders du rassemblement de Charlottesville, qui a fait la une des journaux après avoir utilisé des slogans et fait des gestes nazis lors d’une fête pour l’investiture de Trump à Washington (Breitbart a aussi notoirement publié certains de ses articles dans une rubrique intitulée «Crimes de noirs»). Bannon a plusieurs fois fait ouvertement l'éloge du Camp des saints, roman français populaire dans les cercles partisans de la white pride (fierté blanche), où des noirs américains, des «arabes sales» et des hindous violeurs et coprophages (entre autres) détruisent la civilisation. Dans ce livre, les mots «nègres» et «rats» sont utilisés pour parler des noirs. Bannon a également été entendu en train de louer l’écrivain français d’extrême-droite Charles Maurras, condamné à la prison à perpétuité après la Seconde Guerre mondiale pour collaboration avec l’occupant nazi. Et il s’est plaint publiquement que trop de PDG d’entreprises de nouvelles technologies soient des Américains d’origine asiatique. Et il aurait dit à son ex-femme qu’il ne voulait pas que leurs enfants soient scolarisés dans des établissements aux effectifs juifs trop importants.

Milo Yiannopoulos. L’ancien employé de Breitbart fétichiste des symboles nazis qui a coécrit l’article suprémaciste blanc décrit ci-dessus peut remercier Bannon, qui a qualifié son travail de «précieux», d’avoir lancé sa carrière. Michael Flynn, le premier conseiller à la sécurité nationale de Trump, a qualifié Yiannopoulos de «courageux» et «d’individu phénoménal» en novembre 2016. En février dernier, Trump a lui-même posté un tweet menaçant de supprimer les subventions fédérales accordées à l'University of California à Berkeley après qu'elle a annulé une intervention de Yiannopoulos prévue sur le campus. Ce dernier a ensuite démissionné de Breitbart après le tollé provoqué par des remarques positives qu’il avait faites sur la pédophilie en 2016 –mais il semble que sa carrière soit toujours financée par Robert Mercer, millionnaire de droite dont la fille Rebekah a travaillé dans l’équipe de transition de Trump.

Alex Jones. Le site de Jones, InfoWars, met en avant toutes sortes de croyances paranoïaques, notamment des théories voisines de l’alt-right sur la «mafia juive» et les «mondialistes» comme les Rothschild qui manipulent les événements mondiaux pour s’enrichir. Trump a qualifié Jones de personnalité «incroyable» lors d’une interview en 2015, et la Maison-Blanche a apparemment confirmé au New York Times que Trump et Jones discutaient de temps en temps au téléphone.

Sebastian Gorka. Officiellement conseiller en contre-terrorisme, Gorka semble en réalité avoir un travail qui consiste entièrement à faire de grandes déclarations erronées lors de ses apparitions sur Fox News. Il ferait partie d’un groupe hongrois d’extrême-droite appelé Vitézi Rend, qui a collaboré avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale (ce qu’il nie).

Julie Kirchner. Ancienne directrice exécutive de la Federation for American Immigration Reform, un mouvement d’opposition à l’immigration aux États-Unis, Kirchner a été nommée au sein des services fédéraux de l’immigration et de la citoyenneté en mai dernier par l’administration Trump. Le fondateur de la Federation for American Immigration Reform et son président actuel s'intéressent tous les deux à l'eugénisme et à une science raciale saugrenue; les deux déplorent que l’immigration sape la domination blanche.

Les réseaux sociaux. Trump s’est prêté à une interview exclusive en juillet 2016 sur un célèbre forum de Reddit appelé The_Donald. Il a commencé par répondre à une question posée par Milo Yiannopoulos, puis a répondu à un autre internaute qui avait qualifié les manifestations de Black Lives Matter de «trucs de singes». D’autres fils de discussions de The_Donald antérieurs à cette interview tournaient autour de sujets comme «le mélange des races», la soi-disant supériorité du QI des nazis et «l’influence juive» en Amérique. Dan Scavino, haut conseiller de Trump, est en substance un intermédiaire entre la Maison-Blanche et des extrémistes sur Internet, tandis que Donald Trump Jr. a retweeté des suprémacistes blancs connus et participé à une interview avec un présentateur suprémaciste blanc pour qui les relations mixtes constituent un «génocide blanc». Trump Sr., quant à lui, a notoirement retweeté un certain «WhiteGenocideTM» et posté un meme antisémite visant Hillary Clinton, une image créée par un twittos également connu pour ses caricatures grotesques de noirs et de Juifs.

Des discours et des actes racistes à répétition. Pendant la campagne de 2016, Trump a vilipendé un juge fédéral qui avait poursuivi des trafiquants de drogue lors d’un de ses postes précédents en le traitant de «mexicain» (il est né dans l’État d’Indiana) et en laissant entendre qu’il était bienveillant avec les cartels mexicains. Il a affirmé que les immigrants mexicains étaient plus susceptibles que les autres d’être des violeurs, défendu l’internement des Américains d’origine japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale et retweeté un graphique bidon qui exagérait largement le taux de criminalité des noirs envers les blancs. Il a faussement prétendu qu’Oakland, en Californie, était l’une des villes les plus dangereuses du monde, suggéré que Khizr Khan, le père endeuillé d’un soldat américain mort en Irak, soutenait le terrorisme islamique, répété sa conviction de la culpabilité des Central Park Five (quatre noirs américains et un hispanique accusés à tort de viol en 1989) alors qu’ils ont été innocentés, et il a relayé sans cacher son approbation l’histoire apocryphe d’un officier américain qui serait venu à bout d’une insurrection aux Philippines en exécutant des musulmans avec des balles trempées dans du sang de porc.

NBC News a retrouvé dimanche la mère du tueur supposé de Charlottesville, James Fields Jr. Celle-ci a confié aux journalistes qu’elle ne savait pas que son fils participait à un événement de suprémacistes blancs. «Je croyais que ça avait un rapport avec Trump», a-t-elle expliqué. C’est bien ça.

Ben Mathis-Lilley
Ben Mathis-Lilley (12 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte