Culture

Alison Brie, l'actrice prête à faire une clé de bras à Hollywood

Théo Ribeton et Stylist, mis à jour le 17.08.2017 à 10 h 43

La comédienne est à l'affiche de «Glow», une des séries de l'été sur Netflix.

«Glow»

«Glow»

Elles ont la trentaine bien tassée, plus un sou en poche, et la mine détruite des comédiennes en déroute qui n’en peuvent plus d’écumer les castings, se demandant d’ailleurs si celui-ci ne devrait pas être le dernier. Ce jour-là, en guise de scène, voilà qu’on leur explique que cette fois, il ne va pas falloir jouer, mais littéralement se mettre sur la gueule. On est en 1986, aux auditions de Gorgeous Ladies of Wrestling, un invraisemblable programme de catch féminin qui s’apprête (elles ne le savent pas encore) à enflammer la télé américaine de la fin des années 1980, en transformant une douzaine de wannabe actrices en stars improvisées du ring.

Trente ans après, ce hit inespéré accouche sur Netflix d’une série-hommage, Glow, en forme de mise en scène des coulisses de cette émission légendaire. À la baguette, la créatrice d’Orange Is The New Black et en tête d’affiche, une actrice méconnaissable: oui, c’est bien Alison Brie, petite coincée mi-girly mi-freak dans Communityépouse affligée mais résolue dans Mad Men, qui passe en mode combat rapproché dans un rôle d’actrice ratée reconvertie catcheuse pour le moins inattendu. On a fait le point avec une comédienne qu’on savait déjà très drôle mais qu’on n’imaginait pas à ce point capable de nous envoyer au tapis.

On a failli ne pas vous reconnaître dans Glow

Ah, ça doit être le catch… ou plus globalement ma confrontation à un rôle très physique, ce dont j’avais envie depuis assez longtemps. Je ne m’en serais jamais crue capable, même si j’ai toujours senti en moi un truc d’actrice très corporelle. J’ai fait pas mal de clown, et mon tout premier rôle était même sans paroles: je jouais le chien du magicien d’Oz dans la pièce de l’école, et j’improvisais mes aboiements. Mais à la télé et au ciné, il y a une culture du less is more qui m’a incitée à laisser tout ça en sourdine. Glow est une façon de revenir à une expressivité longtemps contenue. Et puis j’ai toujours eu des personnages un peu girly, un peu coincés… Ruth n’est pas comme ça du tout. Avec elle, je me salis les mains.

Quel lien entretenez-vous avec les actrices de la série d’origine?

Je les admire pour plein de raisons. Pour le risque dingue que leur engagement représentait, mais aussi pour le résultat en lui-même: Glow, c’était à la fois de la comédie, du sport et de la performance pure. Elles étaient comédiennes, pas catcheuses, et se sont jetées à l’eau pour être regardées par des millions de petites filles qui s’y reconnaissaient et se sont dit: «Je peux faire ça.»

Justement, la série est signée de Jenji Kohan, la créatrice d’Orange Is The New Black, avec à nouveau un casting féminin en forme de collectif très hétérogène. Vous avez ressenti un lien entre les deux séries?

Oui, ce truc de la variété de corps, d’ethnicités, d’âges, mais surtout une solidarité: c’est là que je trouve la série très féministe. Dans la fiction comme dans le tournage, il y avait un intense climat d’entraide, très physique et collectif. Aucune d’entre nous n’avait fait ça avant –à part Kia Stevens, catcheuse professionnelle, qui a justement été très patiente et pédagogue avec nous. On était toutes très vulnérables et investies à la fois, on apprenait tous les mouvements ensemble, souvent aussi ceux des autres, juste pour le plaisir: chacune a eu l’occasion de se trouver, adapter ses performances à ses capacités physiques.

En parlant de solidarité, on a appris la semaine dernière que Robin Wright avait été moins payée que Kevin Spacey sur House of Cards, à son insu. Vous pensez qu’un producteur vous a déjà menti sur votre salaire?

Oh non, j’ai toujours su que j’étais payée moins. «No prob’, je le fais quand même!» Plus sérieusement, c’est dur de faire valoir l’égalité salariale dans ces métiers où le salaire est induit par des degrés de notoriété, des histoires de production, d’agents… Les producteurs ont toujours une bonne excuse.

Trump a été élu pendant que vous tourniez. Quel impact cela a eu sur le tournage?

Le jour du scrutin, je me rappelle avoir vu toutes mes collègues débarquer sur le plateau avec cette excitation d’avoir voté pour la première présidente des États-Unis. Et puis la réalité nous est tombée sur la gueule. La première réaction a été une sorte de dépression coupable: la sensation de vivre dans une bulle totalement déconnectée du monde. Mais le lendemain matin, alors que personne ne voulait sortir du lit, on a repris l’entraînement de catch. Se lever pour aller à la salle de gym et voir ces treize femmes incroyables s’entraîner à se battre et se défendre, c’était extrêmement revigorant. Jamais je n’aurais voulu vivre ça à un autre endroit.

Le rôle vous transforme physiquement, entre une coiffure à gros volume, des traits plus sévères… Comment l’avez-vous vécu?

Je voulais être méconnaissable: les cheveux, les sourcils, le fait que je ne porte aucun maquillage. Ruth est le personnage le moins superficiel que j’ai interprété: elle ne se préoccupe pas de son apparence, elle est très pure, un peu tomboy sur les bords. Je suis venue sur le tournage avec une photo de Sigourney Weaver dans Alien en me disant qu’elle en était sûrement fan. Certes, il y a aussi une composante Flashdance, beaucoup de permanentes… mais plus que tout, je voulais éviter le cute.

Ce n’est pas un peu flippant, comme mise à nu?

Non, c’est excitant. C’est dangereux pour une femme de miser ad nauseam sur son apparence. Et sortir ça de l’équation est en fait libérateur: j’ai pu me concentrer sur l’intensité physique (j’ai pas mal pris en muscles, d’ailleurs).

Vous en avez marre de vos personnages de souriantes creepy à deux doigts de la folie?

C’est surtout que c’est quelque chose qu’on a un peu plaqué sur moi. C’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui, je suis un peu lassée de jouer les ingénues et que j’ai envie de rôles de femmes mûres. C’est certes un peu bizarre de vouloir s’extirper de sa jeunesse à 34 ans, et je ne dis pas non plus que je voudrais avoir 50 ans demain, mais on ne peut pas jouer sur la mignonnerie éternellement sans que ça devienne ennuyeux. Je me vois comme une character actress: j’admire beaucoup Frances McDormand (la flic héroïne de Fargo version ciné, ndlr) par exemple. Elle a eu quelques rôles principaux très forts, et une panoplie de personnages secondaires très singuliers. Annie a grandi, mais elle est restée une ado pendant six saisons de Community. Je ne veux pas être extrêmement vieille –je veux juste jouer des femmes.

Vous avez refusé des rôles qui vous auraient enferrée dans un cliché, du genre de la Manic Pixie Dream Girl (archétype de la fille idéalisée à tendance gentiment excentrique dont le symbole serait Zooey Deschanel, ndlr)?

Bon, honnêtement, j’ai pas refusé grand-chose… J’ai sûrement correspondu une ou deux fois à la Manic Pixie Dream Girl, dans Jamais entre amis ou Cinq ans de réflexion peut-être. Et puis, pour un acteur, ce n’est pas évident de s’interdire des choses: on fantasme beaucoup nos «choix de carrière» alors qu’en réalité, quasiment tout est hors de notre contrôle.

On a parlé de l’élément de folie, de dérèglement mental de beaucoup de vos personnages. Ça vous intéresserait de jouer la vraie folie une bonne fois pour toutes?

Grave! Façon Une femme sous influence, total mental breakdown. Je l’ai fait en théâtre, j’y repense très souvent par rapport à mes envies de thriller, de film d’horreur. Je crois que pour un acteur, c’est un registre qui fait beaucoup saliver.

Vous jouez beaucoup au ciné mais restez très connotée séries. Comment le vivez-vous?

Très bien. J’adore la télé, je passe mon temps à la regarder. Et pas juste la renaissance des séries de haute volée comme Mad Men ou Les Soprano: je me gave autant de téléréalité, j’aime la junk TV. En fait, je vais même assez peu au cinéma.

C’est ça qui vous a amené à jouer? Une culture téloche?

Pas du tout, j’étais très snob quand j’étais ado, totalement brainwashée sur l’art noble. Mon père m’emmenait tout le temps au cinéma, et je baignais dans une culture artistique assez prononcée, marquée par le fait qu’il avait lui-même quitté le droit pour devenir musicien et faire carrière dans l’entertainment. Il nous emmenait, ma sœur et moi, voir la maison où avait été tourné Le Père de la mariée, et d’ailleurs il y avait constamment des films en train de se tourner ici et là à Pasadena, où nous habitions. Ce sont les nécessités du boulot qui m’ont amenée à me décomplexer vis-à-vis de la télé. Et, ce qui m’a poussée à jouer, c’est mon goût de la performance: j’étais le clown de la classe (sûrement insupportable, mais je préfère penser que j’étais irrésistible), j’avais un besoin physique de jouer tout le temps.

Vous vous pensez exclusivement en performeuse? C’est assez rare, tout le monde se targue de projets d’écriture, d’une manière ou d’une autre.

Eh ben pas moi. Je me sens exclusivement performeuse et je pense d’ailleurs que c’est ma force: j’aimerais savoir écrire, et il peut m’arriver d’avoir envie de m’associer à un scénariste pour développer une idée, mais en solo je m’en sens totalement incapable. Je m’ennuie beaucoup trop vite, j’ai besoin d’action. Ça changera peut-être plus tard 
–mais franchement, n’y comptez pas trop.

Théo Ribeton
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Stylist
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Mode, culture, beauté, société.
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