France

Pleure pas bébé, un nom, ça se change

Hugo Lindenberg et Stylist, mis à jour le 16.08.2017 à 15 h 12

Faites-vous appeler comme vous voulez.

photo : istock

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Comment rester moderne dans un monde qui change? Vous êtes jeune depuis si longtemps que vous pouvez dire sans ciller que vous êtes venue à Paris en TGV pour voir un concert de Snoop Dogg à Bercy. Attention, pour un vrai jeune (du genre qui possède un hand spinner), cette phrase est incompréhensible. Comme si quelqu’un se mettait à vous parler d’une facture en anciens francs réglée en chèque à la Lyonnaise des eaux. En 2017, on prend le inOUI pour aller voir Snoop Lion à l’AccorHotels Arena. TGV, Snoop Dogg et Bercy ayant tous trois été rebaptisés.

Changer de nom, c’est parfois le meilleur antidote au vieillissement prématuré, voire, dans les cas les plus désespérés, la promesse d’une nouvelle vie. Un classique en politique, où il est plus facile de se trouver un nouveau blason que de faire son inventaire. Après l’élection présidentielle, PS et FN ont évoqué la possibilité d’un changement de nom pour dissiper le parfum amer de la défaite. Et si le parti de Nicolas Sarkozy n’a pas tenté cette parade, c’est parce que la carte avait déjà été utilisée pour faire oublier les affaires qui s’accumulaient à l’UMP, devenu LR en 2015 (sans succès donc). Des coups de com à plusieurs millions d’euros qui vous donnent envie de repenser votre stratégie de naming personnel? Stylist est là pour vous rebaptiser gratos.

1.Le loup familial 

Au début, vous appeliez votre papa «papa» et votre maman «maman». Puis, dans la confusion éthérée de l’enfance et de votre Œdipe impeccable, papa est devenu «papa loup», et maman «mam». Comme c’était trop long et que l’adolescence vous laissait peu de temps, papa-loup est devenu «ploup» et mam est devenue «mamalou» (c’est plus long mais qu’est-ce qu’elle est chiante). Un jour, vous avez présenté votre amoureux à ploup et mamalou. Alain.

Mais comme vous étiez déjà ensemble depuis un an, vous l’appeliez désormais «Loupio» –en public parce qu’à la maison vous vous donniez du «chat», «mon bébé», ou «mon petit caca pourri», désolé, mais il faut affronter la réalité. Vous avez fini par faire une dépression avec envie de tout plaquer, mais trois semaines de psy vous ont permis de comprendre que votre peur du loup ne devait pas vous inciter à vivre dans un épisode de l’âne Trotro, ce qui n’est pas tolérable pour une femme de bientôt 40 ans. Vous avez donc planifié un retour progressif à la normale et prévenu vos parents que vous ne passeriez pas Noël dans la meute familiale.

Le baptême: ré-érotisez votre mec avec un surnom du type «pecs de feu» et arrêtez d’appeler vos parents, ça sera plus simple.

2.La plume de luxe

C’est en lisant votre magazine préféré que vous avez réalisé que vous aviez le nom le plus ennuyeux de la terre. Un prénom.com suivi d’un nom de lieu-dit de la Creuse en guise de patronyme, alors que toutes les journalistes ont des noms de comtesse russe qui se seraient mariées avec des aristocrates libanais. Bienvenue dans l’univers chamarré du pseudo qui permet à Lucie Gros, étudiante en master 3 de journalisme à Toulouse, de signer son premier article dans la presse magazine avec le deuxième prénom de son arrière-grand-mère et le nom d’un auteur hyper-pointu qu’elle pense être la seule à connaître (hello Bogumila Todorov).

Mais attention, même le plus anodin des pseudos sur les réseaux peut devenir votre état civil sous les sunlights de la fame. Ils avaient Miou-Miou, Zabou, Dorothée et Carlos, nous avons EnjoyPhoenix, Norman, Squeezy et Tibo InShape (ou l’inverse selon l’époque à laquelle vous êtes restée bloquée dans votre tête). À chaque siècle sa grammaire et ses faux nez. Mais avant de vous lancer dans le pseudo-game, pensez bien à votre public cible.

Le baptême: signez vos PowerPoint et autres «prez» d’un nom qui mâtinera d’un parfum sulfureux l’ennuyeuse ambiance professionnelle, avec un pseudo qui évoque les plus grandes auteures de roman de la collection Harlequin, comme Yvonne Lindsay ou Meg Maxwell.

3.La dresseuse de choupi

Comme vous aimez bien votre nom et que vous n’êtes ni clown, ni YouTubeuse, ni journaliste, vous n’avez jamais vraiment pensé à prendre un nom ridicule pour avancer dans la vie. Ce qui ne veut pas dire que vous êtes totalement dénuée d’imagination, mais que vous savez vous tenir et c’est tout à votre honneur. En récompense, la nature a un cadeau pour vous: les animaux domestiques sur qui vous pouvez déverser votre créativité avec d’autant plus d’audace que personne ne viendra vous faire un procès en appropriation culturelle parce que vous avez appelé votre chat Lakshmi (mais faites vite).

Résultat, vous ne vous refusez rien depuis le rapt d’une souris quand vous aviez 7 ans que vous aviez sobrement baptisée «Petit-lait-petit-fromage» avant de la laisser mourir par asphyxie dans votre poche. Bakounine, votre épagneul à trois pattes; Chat, votre chat persan obèse, et Zboub, votre rat-taupe nu, ont chacun eu droit à un déferlement de surnoms baroques qui en révèlent plus sur vos pulsions que mille séances d’aromathérapies sous hypnose dans un caisson d’isolation sensorielle.

Le baptême: oubliez les humbles Croquette et O’Malley, projetez tous vos vices sur vos chats avec des noms qui mettent les autres face à leurs propres limites, comme Trou-à-jus ou Traîne-Savate (on est en pleine année du T, profitez-en).

4.Brander la bande

Avec votre crew du collège (OK vous étiez seule), vous avez très vite compris que la cred passait aussi par la capacité à se créer sa propre légende. Bref, à défaut d’avoir des amis, il vous fallait un nom qui claque pour en imposer… à Justin Timberlake qui vous regardait depuis son grand poster au-dessus du lit. Après avoir été les Front Street Girls, les Girls On Top, les Top Of The Brain, vous avez fini par vous faire quelques potes sensés avec qui vous avez fondé le Morve Club, gang à l’humour décalé et impertinent que les autres n’étaient pas en mesure de comprendre.

Vacances dans le Morvan, boîte de Slime et mouchoirs brodés à vos initiales, rien n’était trop beau pour souder l’amitié entre les microbes épanouis que vous étiez devenus. Et même le temps assassin n’a pas effacé votre surnom, Mickey, dont vous gratifient encore tous vos meilleurs amis. Pourtant, à l’heure où vous convoitez la place de votre patron dans la holding où vous êtes entrée comme stagiaire, il n’est pas sérieux de garder un surnom qui évoque une souris qui a pour amis un chien muet et un chien qui parle.

Le baptême: vous êtes entre deux âges (il est encore trop tôt pour que vous puissiez goûter la puissance transcendantale d’un affectueux «mémé»), optez pour un surnom qui vous crédibilise, à la hauteur de vos ambitions, comme Claire-Underwood qui donneront tout de suite à votre interlocuteur une idée de votre vraie personnalité.

Hugo Lindenberg
Hugo Lindenberg (21 articles)
Rédacteur en chef adjoint chez Stylist
Stylist
Stylist (169 articles)
Mode, culture, beauté, société.
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