Monde

Umar Farouk Abdulmutallab: questions pour un attentat raté

Johan Hufnagel, mis à jour le 28.12.2009 à 10 h 40

Qui est l'auteur présumé de l'attentat raté?

Son nom, tel qu'il a été publié par le Département de la Justice, est Umar Farouk Abdulmutallab, 23 ans. Son père, 70 ans, est un ancien ministre, ex-président du conseil d'administration de la First Bank of Nigeria, et fondateur de la première banque islamique du Nigeria, la Jaiz International Bank.

Umar Farouk Abdulmutallab est l'un des seize enfants de cet homme d'affaires et fils de la seconde épouse de ce dernier. Selon le quotidien nigérian ThisDay, l'une de ces épouses est une Arabe d'ascendance yéménite mais il n'est pas certain, explique le quotidien, que cette femme soit la mère du jeune terroriste présumé.

Selon la BBC, qui cite Michael Rimmer, un de ses anciens professeurs de la British School de Lomé, au Togo, en 2001, Umar Farouk Abdulmutallab représentait tout ce qu'un professeur peut rêver d'un étudiant: «il était très assidu, enthousiaste, très brillant, très poli». Particulièrement doué en études coraniques, son professeur le décrit comme un garçon «très religieux» qui défendait occasionnellement des opinions parfois un peu extrêmes.

En 2001, il avait pris le parti des talibans alors que le reste de la classe les considérait comme une bande de dingues. Il n'avait fait qu'endosser le rôle de l'avocat du diable, s'était dit son ancien professeur. Il gagne le surnom d'«Alfa» par les autres étudiants, un alias d'ordinaire réservé au théologien islamiste, explique Le Monde.

Comme beaucoup de fils de la grande bourgeoisie nigériane, il poursuit des études à l'étranger: il fait de l'ingénierie mécanique à l'University College de Londres entre 2005 et 2008. Rapidement, la personnalité d'Umar Faruk Abdulmutallab, «que l'on peut voir tout sourire sur sa page Facebook, est devenue plus sombre», écrit Le Monde.

ThisDay, citant un frère du suspect, explique que ce sont les opinions très radicales à propos de la religion qui sont à l'origine de la brouille du jeune homme avec de nombreux membres de sa famille. En novembre 2008, il annonce à sa famille son intention de quitter Londres pour s'établir dans un pays arabe - le Yémen, Dubaï, ou l'Egypte selon les sources. Il coupe tout contact avec eux, ce que confirme le père du jeune homme.  En mai 2009, «Alfa» tente de revenir en Grande-Bretagne et demande un visa étudiant de six mois. Visa qui lui est refusé parce que l'établissement qu'il demandait n'existait pas.

Comment a-t-il pu prendre un avion pour les Etats-Unis?

Inculpé pour avoir «tenté de détruire un avion Northwest Airlines en approche finale de l'aéroport de Detroit le jour de Noël, et avoir introduit un explosif à bord de l'appareil», précise le Département de la justice, Umar Faruk Abdulmutallab s'est joué de tous les systèmes de sécurité. Pourtant, son père, choqué par le radicalisme de son fils, avait alerté l'ambassade américaine située dans la capitale, Abuja, en août dernier, rappelle Le Monde. Le mois dernier, détaille le New York Times, le nom du suspect est intégré à la «Terrorist Identities Datamart Environment» (Tide), la principale base de données de terroristes. Cette liste comprenait près de 564.000 noms en janvier 2009, pour 500.000 personnes environ (en raison des alias). De cette liste, très large, est extraite une sous-section, la Terrorist Screening Data Base, (TSDB) qui en comprend 400.000. Une sous-division de cette liste existe, la fameuse «No-Fly list» forte de 4.000 noms, ainsi qu'une plus large de 14.000 individus qui exige des investigations plus poussées.

Si Abdulmutallab faisait bien partie du plus grand fichier, son nom n'a pas fait partie du plus serré parce que, disent les autorités américaines, les informations le concernant ne le permettaient pas. Le président Obama a demandé samedi une révision des procédures et de ces listes. Dans Politico, Laura Rozen comprend les explications de l'antiterrorisme américain mais ne comprend pas les failles du système: comment un homme qui est entré sur cette liste en novembre, et a visité le Yémen, peut obtenir un visa et prendre un avion pour les Etats-Unis sans que personne ne soit au courant.

Selon Reuters, Abdulmutallab a acheté un billet aller retour Lagos-Detroit-Lagos via Amsterdam à l'agence KLM d'Accra, au Ghana le 16 décembre. La date retour était fixée au 8 janvier 2010. Selon le directeur de l'aviation civile néerlandaise, Abdulmutallab était en possession d'un visa d'entrée multiple sur le territoire américain délivré à Londres le 16 juin 2008. Ce visa expirait en juin 2010.

Comment a-t-il pu transporter des explosifs?

Pour le patron de la direction de l'aviation civile du Nigeria, Harold Demuren, dans un communiqué publié dimanche par la presse nigériane et cité par Reuters, Abdulmutallab a subi les contrôles de sécurité en vigueur à l'aéroport d'Amsterdam avant de monter à bord du vol KLM. «Le passager, qui n'a enregistré aucun bagage en soute, portait un sac en bandoulière. Il a subi tous les contrôles normaux: un portique de détection d'objets métalliques et un détecteur de bagages à rayons X. Il s'est ensuite rendu à la porte d'embarquement où il a de nouveau été contrôlé, comme l'ont confirmé les agents de KLM».

Le jeune homme de 23 ans a essayé de mettre le feu à un engin explosif contenant du PETN, également connu sous le nom de pentaerythritol, une substance hautement explosive. Cette substance avait déjà été utilisée par Richard «Shoe Bomber» Reid, dans sa tentative de faire exploser un avion américain en décembre 2001. L'engin d'Abdulmutallab consistait en un paquet de 80 grammes, mélange de poudre et d'un liquide qu'il devait incorporer avec une seringue. Ce qu'il aurait réussi à faire en se rendant aux toilettes pendant une vingtaine de minutes [PDF]. Le suspect a avoué qu'il avait caché ces produits sur sa cuisse, ce qui lui aurait permis de passer sans difficulté les contrôles de l'aéroport d'Amsterdam-Schipol. Puis revenant à son fauteuil, le 19A, situé au-dessus des réservoirs, croit savoir Fox News.

A-t-il des liens avec Al-Qaida au Yémen?

C'est l'apprenti terroriste lui-même qui l'a affirmé : c'est un «correspondant» d'Al-Qaida au Yémen, qui lui aurait fourni le matériel, ainsi que le mode d'emploi. Selon le New York Times, cet homme serait un religieux radical avec lequel le jeune Nigérian aurait eu une conversion via le Net. Mais le quotidien américain ne croit pas que ce soit Anwar al-Awlaki, un imam né aux Etats-Unis et qui aurait été en relation avec Nidal Hasan, le psychiatre militaire accusé d'avoir tué 13 personnes sur la base de Fort Hood, au Texas.

Selon la parlementaire démocrate Jane Harman, qui dirige la sous-commission sur le Renseignement, il y a un faisceau de présomption sur une connexion entre Al-Qaida au Yémen et l'attentat raté de vendredi. Si cette relation s'avérait, le Yémen s'imposerait comme un des centres névralgiques du réseau terroriste, au même titre que le Pakistan.

L'AFP a rappelé dimanche soir qu'un correspondant d'al-Qaida au Yémen avait menacé les Etats-Unis dans une vidéo postée sur le Net quatre jours avant Noël «d'apporter une bombe». Cette vidéo ne contient aucune référence évidente à l'attentat raté de vendredi mais se regarde désormais sous un jour nouveau.

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Johan Hufnagel
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