Culture

«Il finit toujours par dire ou faire quelque chose qui me fait craquer»

Lucile Bellan, mis à jour le 08.08.2017 à 18 h 53

Cette semaine, Lucile conseille M., une jeune femme qui aimerait pouvoir contrôler ses accès de colère.

A woman screaming as she has her hair dressed by a male hair  |  via Wikimedia Commons License by

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«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

En couple depuis quatre ans (j'en ai 24) avec un garçon charmant et unique, je rencontre en ce moment des problèmes de «colère». J'ai essayé de l'expliquer par la période qui est fatigante (pas de vacances depuis de longs mois et d'autres préoccupations que j'ai en tête), mais cela ne justifie pas tout, et surtout ne m'aide pas à le gérer. 

C'est compliqué parce qu'après une phase où j'étais désagréable, et stressée plus généralement, avec mon entourage, je suis rentrée dans une phase où il est presque le seul sur qui je me «lâche»: mes saillies et mes colères sont dirigées presque exclusivement contre lui. En gros, il me tape sur le système sans que je le veuille. Pourtant, j'ai envie de le voir toujours autant, et dans les moments où je ne suis pas en train de pester contre lui je suis plutôt détendue, rigolote et affectueuse. 

Mais ces moments sont devenus de moins en moins nombreux, au profit d'autres où je suis devenue assez difficile à vivre. Il me connaît et sait que je ne suis pas un bonbon au quotidien, mais là, clairement, de notre avis à tous les deux, ça dépasse les limites. On en est même venus à questionner mes sentiments pour lui, mais je ne le conçois pas! 

J'ai pris de bonnes «résolutions» mais je ne parviens pas à m'y tenir: il finit toujours par dire/faire quelque chose qui me fait craquer. Car évidemment, puisque j'essaye de me retenir, c'est deux fois plus violents quand ça explose. Lui aussi est un peu à cran en ce moment donc, quand je lui fais une remarque, il prend immédiatement la mouche presque à chaque fois. 

Outre le fait que c'est difficile à vivre pour lui et que ça entache notre relation, je refuse de me transformer en cette personne qui, à l'image de mon père ou de feu ma mère parfois, est constamment irritée et désagréable à la moindre contrariété. Ça ne va pas du tout dans le sens des efforts de «développement personnel» que je fais sur moi-même depuis plusieurs mois, ni ne correspond à la façon dont je vois notre relation et veux qu'elle se déroule! 

Surtout que nous partons en vacances pour deux semaines rien que tous les deux, en sac à dos et sur les routes de la Birmanie, et que le voyage apportera forcément son lot d'imprévus qu'il faudra savoir gérer sans que cela ne tourne au pugilat. 

M.

Chère M.,

C’est déjà une étape importante d’avoir conscience vous-même que quelque chose ne va pas. C’est une preuve de recul, d’intelligence, d’empathie même et probablement le premier pas vers l’équilibre.

Parce que cette violence verbale, cette agressivité excessive prend bien sa source quelque part, je crois que c’est la première piste à creuser. Tout ne peut pas venir de votre univers familial, ou pas seulement de la reproduction de celui-ci. Il doit y avoir au fond de vous, une raison, une faille, un défaut de confiance qui amène à cette violence. Seulement pour revenir à la source, il faudra peut-être creuser très loin et ce n’est certainement pas un travail que vous pourrez faire seule. Trouvez quelqu’un de neutre pour vous accompagner, prenez le temps de chercher un praticien qui vous convienne vraiment. Faites-le pour vous, avant de le faire pour votre compagnon. Même si cette action est sans aucun doute un geste de bonne volonté envers votre couple.

La deuxième question est celle du catalyseur de cette violence. Je ne crois pas, en effet, que le manque de sentiments soit la raison ou la cause de votre agressivité. Peut-être plutôt que vous vous «permettez» justement ce comportement parce que c’est la seule personne en qui vous ayez une totale confiance. Ce qui ne doit jamais être une excuse pour ces excès.

N’oubliez jamais que vous risquez de le faire fuir. Que c’est l’amour qui lui fait encore essuyer votre colère. L’empathie, celle dont vous faîtes preuve en trouvant le courage d’écrire et de décrire votre quotidien, est la clé de l’apaisement. Mais gardez bien en tête que cette attitude que vous avez, vous semblez surtout ne pas la maîtriser. Et qu’avant toute chose, c’est ce problème qu’il faudra débloquer. Vous n’êtes pas une mauvaise personne, vous vous débattez juste avec des failles trop grandes pour vous, et cette souffrance éclabousse vos proches. Vous soigner, c’est aussi leur offrir l’opportunité d’une vie meilleure et permettre que l'amour que l'on vous porte ne soit pas une épreuve.

Ces vacances sont l’occasion d’un nouveau départ. Vous en avez besoin. Profitez-en pour tourner une page, commencer ensemble un nouveau chapitre. Celui, où, accompagnée par un professionnel, vous deviendrez une meilleure personne, pour vous et pour celui qui partage votre vie. Peut-être que, soulagée de ce poids, allégée par cette décision pour la rentrée, vous profiterez de ce beau voyage à deux comme il se doit. Je vous le souhaite. 

Lucile Bellan
Lucile Bellan (163 articles)
Journaliste
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