Monde

Comment la Chine tente de conquérir le cœur et l'esprit des Kenyans

Repéré par Rodrigue Arnaud Tagnan, mis à jour le 08.08.2017 à 16 h 06

Repéré sur Los Angeles Times

À travers son groupe privé StarTimes, Pékin joue la carte du soft power.

Un Kenyan installe une antenne parabolique StarTimes sur son toit. Capture d'écran LA Times.

Un Kenyan installe une antenne parabolique StarTimes sur son toit. Capture d'écran LA Times.

Déjà le plus grand partenaire commercial de l'Afrique, la Chine ne compte pas s'arrêter là pour asseoir son influence sur le continent. Le pays communiste joue aussi la carte du soft power à travers le groupe de télécommunications privé StarTimes. Bien qu'il soit pratiquement inconnu en Occident, ce dernier est leader de la télévision numérique en Afrique, explique le Los Angeles TimesBasé à Pékin, il a solidement conquis l'Afrique subsaharienne depuis 2002, révolutionnant les moyens de diffusion sur le continent et proposant des contenus chinois à des millions de foyers.

«Notre objectif est de doter chaque ménage africain de la télévision numérique en lui permettant de profiter pleinement des programmes proposés», confiait en décembre le vice-président du groupe, Guo Ziqi, à l'agence officielle de presse chinoise.

Un mandat politique

 

«Je ne connaissais pas la Chine avant. Mais je peux dire qu'ils font du bon travail. En un rien de temps, ils ont radicalement changé ce pays», fait savoir Gitonga, citoyen Kenyan de 43 ans. Le groupe chinois a créé sa filiale kenyane en 2012. Présente jusqu'aux confins du pays, elle compte aujourd'hui 1,4 million d'abonnés sur une population de près de 50 millions de personnes. Novo, l'abonnement le plus abordable pour les chaînes de télévisions, coûte environ 4 dollars par mois (3,3 euros) et propose une variété de chaînes kenyanes et chinoises. 

Dani Madrid-Morales, doctorant à l'université de Hong Kong, y voit «un effort énorme pour que les Africains comprennent la Chine. Même la sélection des émissions de télévision est faite avec beaucoup de soin. Il s'agit de spectacles très spécifiques qui montrent une Chine urbaine, une Chine croissante, une vision non controversée de la Chine.» Selon le Los Angeles Times, la chaîne, largement soutenue par le gouvernement, a un mandat politique explicite. Surtout que d'autres chaînes internationales, comme Al-Jazeera, France 24 et BBC, plus enclines à représenter la Chine dans une perspective négative, sont beaucoup moins accessibles à la plupart des foyers modestes.

Des voix dissonantes 

La présence chinoise au Kenya dépasse largement le cadre du numérique. Pékin a beaucoup investi dans les infrastructures: chemins de fer, centrale électrique... Toutefois, au fur et à mesure que la présence chinoise s'accroit, les Kenyans deviennent suspicieux. Ils reprochent à Pékin de voler les emplois –même si dans le cadre d'un programme pilote pour la vente de décodeurs, StarTimes avait employé majoritairement des locaux.

Beaucoup craingent que la Chine, qui est le plus grand créancier du Kenya, ne maintienne le pays dans une situation de dépendance avec une dette impossible à payer pour les futures générations. Et que les projets d'infrastructure ne mettent en danger l'écosystème, les parcs nationaux ou le patrimoine culturel du pays dont certains ont été classés patrimoine mondial par l'Unesco.

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