Culture

Vous avez encore la carte?

Déborah Malet et Stylist, mis à jour le 12.08.2017 à 18 h 07

Outil pop par excellence, la carte de visite n’a pas dit son dernier mot.

Image Getty

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Si vous êtes un tantinet observatrice, vous aurez remarqué la similitude entre l’affiche du film Ace Ventura avec Jim Carrey sorti en 1994 et celle d’Alibi de et avec Philippe Lacheau, sorti cette année. Que ce soit le détective écervelé à mèche folle ou le jeune entrepreneur en teddy à la tête d’une société fournissant des «alibis» en tout genre (surtout lorsqu’il s’agit d’adultère), dans les deux cas les héros nous tendent avec fierté leur carte de visite.

Outil marketing et de réseautage, on aurait pu croire que la digitalisation aurait signé l’arrêt de mort de ce petit bout de carton rectangulaire. Pourtant, il a su résister à sa dématérialisation et ce, en dépit d’applications mobiles (comme Econtact Pro ou Abbyy) tentant de le faire disparaître de notre porte-cartes. Soigner le visuel c’est bien, formuler clairement le message que l’on souhaite faire passer c’est encore mieux. Décryptage de douze cartes de visite qui en disent long sur leur détenteur et leurs aspirations.

1.Désigner le coupable idéal

À la suite d’une fusillade survenue à Sloviansk en Ukraine en 2014 entre prorusses et ultranationalistes, la patrie de Poutine ne semble pas douter de l’implication de Dmytro Iaroch, à la tête du groupe d’extrême droite Pravyi Sektor. Comme le prouvent les images diffusées par les chaînes russes, sa carte de visite a été retrouvée sur les lieux (intacte alors qu’elle se trouvait dans une voiture calcinée). Un coup monté qui n’a pas tardé à faire réagir avec ironie la twittosphère ukrainienne: «Si tu vas tirer sur des gens à Sloviansk, n’oublie surtout pas ta carte de visite Iaroch.»  

2.Laisser son empreinte

À l’instar de Zorro, qui signe son nom de la pointe de l’épée, les trois sœurs Cylia, Alexia et Tam Chamade, tenancières de café le jour, voleuses la nuit, laissent derrière elles après chaque cambriolage la carte de visite de leur café, le Cat’s Eye (1983). Une carte aussi affûtée qu’une lame à en croire la façon dont elle se plante comme un couteau dans des surfaces toutes dures. Bref, pendant près de soixante-dix épisodes, le petit ami de Tam, l’inspecteur Quentin Chapuis, n’y aura vu que du feu. Ce n’est pas lui qui nous aurait retrouvé les braqueurs de Kim Kardashian…  

3.Montrer qu'on a la plus grande

C’est un vrai concours de bites qui se joue entre confrères de Wall Street dans le film American Psycho (2000), adaptation du roman de Bret Easton Ellis, lorsque Bateman et ses amis-ennemis à costard cravate et gomina se lancent dans une battle de cartes de visite, pour savoir qui a la plus belle. Un mètre-étalon de la réussite de façade, vu qu’en réalité Bateman est un fils à papa qui n’en fout pas une.  

4.Faire parler son subconscient

Personne ne saura jamais si le Docteur Tobias Fünke est gay ou non, il n’empêche qu’il reste l’icône queer absolue du petit écran. C’est dans la saison 3, épisode 3 de la série Arrested Development (2005) et après une liste interminable de lapsus et situations frôlant la sortie de placard, que l’on découvre l’improbable carte de visite du docteur Tobias Fünke «analrapist» contraction d’«analyst» et «therapist» (qui signifie en français violeur anal).

5.Casser l'image du big boss

«I’m CEO, bitch», c’est ce qu’on peut lire depuis 2004 sur la carte de visite de Mark Zuckerberg, qui avait à peine 22 ans lorsqu’il a lancé le rouleau compresseur Facebook. Une nonchalance cool autant dans la façon de s’exprimer que dans la tenue vestimentaire (jean, baskets, sweatshirt) qui contribua à l’avènement du baby boss made in la Silicon Valley.

 

6.Verser dans le communautarisme

Dans Fight Club de David Fincher (1999), pour réunir la petite bande de nerveux qui gravitent autour de lui et s’adonnent au combat clandestin, Edward Norton transforme sa demeure, qui tombe autant en ruine que son esprit, en ring et distribue sous le manteau une carte de visite indiquant le fameux repaire: «Paper Street Soap Co.»  

7.Racoler pour mieux travailler

Avocat alcoolique au bout de sa vie, Frank Galvin (joué par Paul Newman dans Le Verdict sorti en 1982) offre des pots-de-vin au service de pompes funèbres pour que ceux-ci le laissent pénétrer dans les foyers en deuil, lors des veillées funèbres, pour ainsi distribuer sa carte de visite aux familles meurtries qui cherchent réparation (accident, faute médicale, etc.). Bon pour le business, pas forcément pour le karma.  

8.S’adonner au personal branling

Dans Mean Girls (sorti en 2004 avec un scénario signé Tina Fey), Kevin «G» Gnapoor, freluquet d’origine indienne, est, comme le stipule sa carte de visite qu’il distribue aux filles, un «math enthusiast» et un «bad-ass M.C.» –en gros, un matheux et un rappeur. Véritable nerd qui ne doute de rien, il se retrouve souvent dans la friendzone sans que cela entache son estime de soi. Il essayera de se rapprocher de Lindsay Lohan pour finalement se raviser: «Je ne date que des filles de couleur.» (sic)  

9.Passer le relais

Dans le film Super Noël (1994), Tim Allen ne peut échapper à son destin suite à une chute du Père Noël depuis le toit de sa maison. Pour vérifier l’identité du malheureux, Tim lui fait les poches et tombe sur sa carte de visite sur laquelle il lit: «Santa Claus North Pole –If something should happen to me, put on my suit. The reindeer will know what to do.» («Père Noël, Pôle Nord – si quelque chose devait m’arriver, mettez mon costume. Le renne saura quoi faire.»)  

10.Se faire connaître tout en gardant l’anonymat

Sous le pseudo Hitch (film sorti en 2005), Will Smith joue les coachs en séduction qui approche ses futurs clients dans des bars en filant ni vu ni connu sa carte de visite sur laquelle ne figure que son numéro de téléphone. Sa réputation le précédant, et convoité par tous les célibataires de New York, Hitch fait tourner son business grâce au bouche-à-oreille, assurant même le service après vente.  

11.Faire preuve de bonnes manières

Lorsque Bob Harris (Bill Murray dans Lost in Translation en 2003), acteur tombé dans l’anonymat et l’indifférence la plus totale à qui l’on ne propose plus que de faire des pubs ringardes, débarque dans son hôtel à Tokyo, il est alpagué par une horde de Japonais lui tendant leur carte de visite. Une marque de respect et de politesse dans ce pays où le contact physique n’est pas approprié (oubliez la poignée de mains).  

12.Afficher son envie

Dans un épisode de Habillé(e)s pour… à l’occasion des 95 ans du magazine Vogue en 2015, Mademoiselle Agnès campe la «Femme Vogue des années 1970», flamboyante, exubérante, tout en fourrure, combi satin et chaude comme un lupanar de Pattaya, qui n’hésite pas à balancer à son interlocuteur un préservatif en guise de carte de visite. Elle n’a pas l’time, droit au but.

Déborah Malet
Déborah Malet (13 articles)
Journaliste
Stylist
Stylist (151 articles)
Mode, culture, beauté, société.
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