Histoire

Un militant russe qui exposait les crimes du stalinisme emprisonné pour des motifs suspects

Repéré par Juliette Mitoyen, mis à jour le 04.08.2017 à 11 h 49

Repéré sur The Guardian

Yury Dmitrieyev a dédié plusieurs décennies de sa vie à retrouver les endroits où ont été exécutées des milliers de victimes de la Grande Terreur. Ce qui ne plaisait pas au gouvernement actuel de Russie.

Voroshilov, Molotov, Staline et Iejov examinant les travaux du canal de la Volga à Moscou, le 22 avril 1937. via Wikimedia commons CC License by

Voroshilov, Molotov, Staline et Iejov examinant les travaux du canal de la Volga à Moscou, le 22 avril 1937. via Wikimedia commons CC License by

Le 3 août 2017, le Guardian a choisi de raconter l’histoire du combat de Yury Dmitrieyev, militant russe et leader de Memorial, la plus vieille organisation de défense des droits de l’homme du pays.

Le 5 août marquera le 20e anniversaire de la découverte du site de Sandormokh, au nord-ouest de la Russie, l’un des plus grands charniers de l’ancienne Union soviétique où plus de 6.000 prisonniers ont été assassinés sous la Grande Terreur, dans les années 1930. Et même s’il fut le premier à avoir découvert cet immense cimetière en 1997, Yury Dmitrieyev ne pourra pas assister à la commémoration cette année.

En décembre 2016, le militant a été arrêté et emprisonné dans des circonstances étranges, note le Guardian, accusé d’avoir pris des photos indécentes de sa fille adoptée de 12 ans, ce qu’il nie. Mais pour les membre de Memorial, il s’agit surtout d’une manoeuvre politique du régime de manière à se débarrasser d’un opposant qui a exposé une face cachée de l’histoire de Russie sur laquelle le Kremlin n’aime pas s’étendre.

Emprisonnement politique

Pour Yury Dmitrieyev, qui a écrit plusieurs livres répertoriant le nom et les lieux des cimetières des victimes du stalinisme, il faut «éduquer les gens» pour que «le gouvernement reconnaisse sa responsabilité».

Mais ce même gouvernement n’est pas de cet avis. En juin dernier, Vladimir Poutine avait d’ailleurs affirmé que «la démonisation excessive de Staline était un moyen d’attaquer l’Union soviétique et la Russie». Dans certaines villes, des monuments à la gloire de Staline sont encore construits aujourd’hui et en juin dernier, un sondage russe avait placé Staline en première position d’une liste des personnes «les plus remarquables de tous les temps». Vladimir Poutine était arrivé second.

Le 5 août, Yury Dmitrieyev sera donc enfermé dans une cellule, pendant que les médias de l’état le dépeignent comme un pédophile et affirment que les membres de Memorial sont des personnes subversives et anti-gouvernement.

«Pendant la Grande Terreur, les représailles politiques, les meurtres, les exécutions sans jugement étaient devenus la norme. Maintenant, les persécutions, les arrestations, la violence policière au cours des manifestations sont également devenues la norme en Russie», a déploré Irina Flige, directrice de la branche de Memorial a St. Petersbourg, qui a découvert le charnier de Sandormokh avec Dmitriyev.

Le procès du militant a déjà commencé. Lev Shcheglov, un expert en trouble de la sexualité basé à Moscou, a témoigné et affirmé que les photos retrouvées ne relevaient pas de la pédopornographie. Dmitriyev et sa famille soutiennent qu’ils prenaient régulièrement des photos de la petite fille en mesurant son poids et sa taille, pour avoir des preuves de sa bonne santé si les services sociaux les accusaient un jour de mauvais traitements.

Plus de 30.000 personnes ont déjà signé la pétition en ligne réclamant «la restauration de la justice» pour Dmitriyev.

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