Monde

Rien n'arrêtera le chaos qui règne à la Maison-Blanche

Jamelle Bouie, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 03.08.2017 à 14 h 51

Pas même quelqu'un d'aussi discipliné que John Kelly.

John Kelly et Donald Trump I JIM WATSON / AFP

John Kelly et Donald Trump I JIM WATSON / AFP

Le 21 juillet, Donald Trump embauchait Anthony Scaramucci au poste de directeur de la communication et ajoutait au chaos réglant désormais la vie de la Maison-Blanche. Dix jours déments plus tard, avec comme apogée son interview surréaliste (et remplie de métaphores fleuries) donnée à Ryan Lizza du New Yorker, Scaramucci se faisait virer.

Un mandat bref, mais ô combien significatif. Le porte-parole de la Maison-Blanche, Sean Spicer, préférera démissionner que de travailler avec un allié de Trump aussi pénible. Le chef de cabinet, Reince Priebus, jouera à qui a la plus grosse, avant d'être humilié par le président lui-même qui ordonnera son éviction. Sans que cela n'implique la victoire de Scaramucci: à peine arrivé, le nouveau chef de cabinet et ancien ministre de la Sécurité intérieure, John Kelly, décidait que la vulgarité et l'attitude erratique du directeur de la communication méritaient son limogeage.

Vers un peu plus de rigueur?

 

Est-ce pour autant la fin du chaos qui règne à Washington ou simplement sa mise en sourdine? Il est possible que ces mouvements de personnel, et notamment la mise au pinacle de Kelly, annoncent une nouvelle Maison-Blanche, plus soigneuse.

«Nous sommes tous très optimistes –ceux d'entre nous à avoir soutenu Trump depuis le tout début– sur le fait que le Général Kelly puisse discipliner la Maison-Blanche, les membres du cabinet et le président lui-même», déclarait ainsi sur CNN Michael Caputo, ancien conseiller de campagne de Trump.

John Kelly est un général à la retraite, qui a manifestement comme projet d'insuffler un peu de rigueur militaire dans la chienlit qu'est devenu le gouvernement Trump. Mais son succès n'est pas garanti. Penser que l'arrivée de Kelly annonce un réel changement, c'est croire que son pouvoir est total au sein de la Maison-Blanche –qu'il peut contrôler le flot d'informations et de gens atteignant le président– et que les grosses légumes respecteront son autorité. Surtout, nous devons croire Trump capable de se discipliner lui-même. Ce qui reste encore à prouver.

Écarter Jared Kushner?

 

Commençons par l'autorité de Kelly. Théoriquement, il est vrai que tout le personnel de la Maison-Blanche, y compris Ivanka Trump et Jared Kushner, doit lui rendre des comptes. Il est tout aussi vrai qu'en étant à la fois conseillers principaux et membres de sa famille, ces derniers conserveront un accès quasiment illimité à Trump l'Ancien. Si Ivanka et Jared sont sources de sagesse et de bons conseils, cela ne posera pas problème. Reste que Kushner a été la force motrice des décisions les plus impulsives du président –dont le limogeage de James Comey, alors directeur du FBI–, une manœuvre qui, dit-on, a failli faire démissionner Kelly du secrétariat à la Sécurité intérieure. Qui plus est, Kushner est aujourd'hui visé par l'enquête sur l'ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016, ce qui menace directement le président.

À l'évidence, John Kelly a eu suffisamment d'autorité pour mettre Anthony Scaramucci à la porte. Pourra-t-il en employer autant pour virer Jared Kushner ou du moins l'éloigner efficacement du président? Et si Kelly conseille à Trump de se débarrasser de son beau-fils, Trump va-t-il se ranger à son avis ou se retourner contre Kelly, comme il l'a déjà fait avec une tripotée de conseillers et d'assistants? Nous connaissons la réponse. Les chances que Trump suive ce conseil sont quasi nulles. Le plus probable, c'est qu'il ignore l'avis de Kelly et suive son petit bonhomme de chemin, au diable les conséquences sur sa personne ou son administration.

Trump est son pire ennemi

 

Des observateurs extérieurs et des alliés de Trump encensent la nomination de Kelly, et y voient un changement significatif pour la Maison-Blanche. Mais pour cela, il faudrait que le président soit capable de changer ou du moins de réaliser que son comportement contrarie ses objectifs. Et rien n'indique qu'il ait cette aptitude. Au contraire, malgré la palanquée de menaces pesant sur son administration, Trump ne cesse d'agir d'une manière qui nuit à ses propres intérêts, à court comme à long terme.

Ces derniers jours, nous avons ainsi appris que Trump aurait dicté à son fils une déclaration mensongère concernant une rencontre secrète avec une avocate russe, ce qui risque de le mettre, lui et son cercle rapproché, en délicatesse avec la justice. En outre, en traitant comme un moins que rien son procureur général, Jeff Sessions, Trump s'est mis à dos une grosse partie des Républicains du Congrès –soit les gens dont il a besoin pour appliquer son programme législatif.

Une bataille perdue d'avance?

 

Espérer que l'ordre –et la normalité– reviennent à la Maison-Blanche, c'est oublier un peu vite que le chaos et les dysfonctionnements auxquels nous assistons aujourd'hui ont autant à voir avec la personnalité de son principal occupant qu'avec son personnel. Et parce que ce locataire n'a pas changé –parce qu'il refuse de se hisser à la stature de sa fonction– il est peu probable que les choses s'améliorent du côté du Bureau ovale.

Donald Trump est toujours incohérent, impulsif, ignorant du b.a.-ba de la gouvernance. John Kelly peut tenter d'atténuer ces périls, mais la bataille est perdue d'avance. Le général tiendra certainement plus longtemps que l'éphémère Anthony Scaramucci. Mais qu'on ne s'étonne pas si, dans un an voire moins, lui aussi est débarqué de la Maison-Blanche du jour au lendemain.

Jamelle Bouie
Jamelle Bouie (46 articles)
Journaliste
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