Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Noël

Révélations sur les dessous du 25 décembre

Pourquoi fête-on Noël ?

Tradition religieuse oblige,  Noël fait avant tout référence à un événement biblique. Si des millions de familles du monde entier se retrouvent à table pour ripailler joyeusement chaque 25 décembre, c'est dans les Ecrits qu'il faut aller chercher l'élément déclencheur. La fête de  Noël reste originellement la célébration  de la naissance de Jésus Christ à Bethléem, appelée également Nativité. Noël est bien une fête chrétienne à l'origine.

Le nom même de Noël tient son origine de la Nativité. Il est issu du latin «natalis» - ce qui est «relatif à la naissance» - et sa première trace écrite date de 1112 sous la forme «nael».

Le 25 décembre n'est en rien une date qui s'est imposée d'elle-même. En réalité, il n'existe aucune trace indiquant précisément le jour de naissance du Christ. Il a donc bien fallu faire un choix pour célébrer sa venue au monde. C'est en 325 au Concile de Nicée que l'Eglise a arrêté son choix sur le 25 décembre. Cette date correspond à la remontée du soleil après le solstice d'hiver. Une journée alors décrétée symbolique dans tout l'Occident latin. Du côté de l'Eglise orthodoxe dont le calendrier julien diffère du calendrier grégorien utilisé par les chrétiens traditionnels, le 25 décembre correspond au 6 janvier.

Quoiqu'il en soit, 25 décembre ou 6 janvier, la fête de  Noël ne célèbre pas formellement la naissance du Christ mais plutôt l'événement de sa naissance.

Pourquoi offrir des cadeaux ?

Pas question de se contenter uniquement d'un bon repas familial, à Noël; ce qui compte plus que tout, ce sont les cadeaux. Et là encore, c'est une histoire de tradition: en se gâtant, les familles chrétiennes rendaient hommage aux trois Rois mages venus remettre à l'enfant Jésus or, encens et myrrhe.

Aujourd'hui, le rituel existe toujours mais pour une autre raison. Loin de célébrer la générosité des Rois mages, on s'offre des cadeaux pour maintenir du liant au sein d'une famille. «Noël est la fête des liens sociaux», selon le psychologue Albert Le Dorze dans son livre Vagabondages Psychologiques. Aujourd'hui, le 25 décembre se déleste de son caractère religieux pour prendre une autre forme : «Le Père Noël fait partie des rites de passage et d'initiation. Les enfants sont exclus de la société des hommes par l'ignorance d'un certain mystère ou la croyance en quelque illusion que les adultes se réserve le droit de dévoiler au moment opportun». Une théorie battue en brèche par ceux qui considèrent Noel comme une véritable «escroquerie parentale». Loin d'être un rite initatique, le mythe du père Noël aurait le tort de faire commencer la vie des enfant par un «cruel mensonge».

L'invention du Père Noël

L'Histoire s'est chargé au fil du temps de donner ce rôle au célèbre Père Noël. Au départ, il n'y avait pas de personnage consacré si ce n'est le souvenir de Nicolas de Myre, un saint dont les reliques auraient permis au IVe siècle de ressusciter trois enfants. Figure chrétienne, Saint-Nicolas est petit à petit devenu le père  Noël au fil de récits imaginaires. On retrouve par exemple la trace dans l'Allemagne du XVIIIe siècle d'un Weihnachtsmann, un homme entouré d'elfes et de princesses qui rend visite en traîneau aux enfants sages pour leur distribuer des sapins.

Mais c'est aux Etats-Unis au cours du XIXe siècle que le personnage, importé par les immigrants allemands et hollandais, va réellement prendre forme. En 1823, un poème, A visit from Saint-Nicholas, est publié à New York. L'auteur, anonyme, fait le récit d'un lutin voyageant à bord d'un traîneau tiré par huit rennes et distribuant des cadeaux aux enfants au moment de Noël. D'autres poèmes américains de la même époque parlent également d'un vieil homme en traîneau. En 1860, le journal new-yorkais Harper's Illustrated Weekly décrit un vieux bonhomme rondouillard,  portant barbe blanche, fumant la pipe et habillé d'un costume de fourrure. Plus les récits s'accumulent et plus le Père Noël prend vie. Le rouge de sa tunique en fourrure remonte lui à 1866 tandis qu'en 1885, on lui offre un nouveau renne à l'attelage de son traîneau.

La véritable starification du Père Noël date, elle, de 1931 lorsque l'on découvre sur les bouteilles de Coca-Cola sa bouille ronde, rougie par le froid. Mais en aucun cas, Coca n'a inventé le personnage.


Dans la France d'après-guerre, le Secours populaire, soucieux de ne pas céder à l'influence américaine, met en scène un Père Noël vert (qui existe encore aujourd'hui mais très vite l'icône en tunique rouge prend le dessus et s'installe dans l'imaginaire collectif.

Où habite le père Noël ?

La question de la matérialisation du Père Noël étant donc tranchée à la fin du XIXe siècle, il a fallu lui trouver un lieu de résidence. Sur cette question, plusieurs chapelles se querellent. Toutes le situe au nord, en Scandinavie, là où la tradition de  Noël est très fortement ancrée. Pour les Norvégiens, la ville natale du père  Noël se situe non loin de Doeback au sud d'Oslo, pour les Suédois, c'est à Desunda au nord du pays et selon les Danois c'est au Groenland qu'il faut chercher. Une dernière option réfutée par la Finlande pour qui il est impossible d'élever des rennes dans le froid glacial groenlandais. Pour les Finlandais, le Père  Noël est originaire de Laponie, une idée largement reprise par les quidams du monde entier.
Quant à la résidence secondaire du bonhomme, ce sont les îles Christmas au large de l'Australie (sic) qui la revendiquent.

A trop parler du Père Noël, on en oublierait presque que celui-ci peut être accompagné de la fameuse et bien nommée Mère Noël. Cette fidèle compagne joue également un rôle dans les festivités. Si elle est souvent réduite à un rôle de simple secrétaire de Monsieur, elle peut aussi jouer s'installer sur l'avant-scène en jouant un rôle à part entière dans la distribution des cadeaux. Ainsi, en Italie, l'un des personnages principaux de Noël est la gentille sorcière Befana qui, voyageant sur son balai, vient récompenser les enfants sages. En Russie, Befana s'appelle Babouchka.

Calendrier de l'Avent, sapin, dinde, bûche glacée (ou pas) et messe de minuit, ces petites choses qui font  Noël.

Noël commence bien avant l'heure. Au moins quatre semaines avant, selon les règles du genre. Dans la tradition latine, on appelle l'Avent cette période donc qui démarre quatre dimanches avant  Noël. Le premier dimanche est célébré avec l'élaboration d'une couronne faite de branches de sapin, de houx, de gui et entourée d'un ruban. Cette couronne dite de l'Avent représente le Christ-Roi, le houx rappelant la couronne d'épines posée sur la tête de Jésus à sa naissance. Variation de la couronne de l'Avent, censé marquer le début de la période de  Noël, le calendrier de l'Avent est aujourd'hui de plus en plus prisé. Issu d'une tradition germanique, le calendrier était à l'origine  utilisé pour faire patienter les enfants jusqu'à la date fatidique du 25. Chaque jour du calendrier, l'enfant se voyait offrir une image pieuse. Aujourd'hui, c'est plutôt un chocolat, voire des jouets. Les temps changent.

Qui a décoré le sapin...

Noël approchant, un salon digne de ce nom doit faire figurer dans son décor un beau sapin décoré. Le sapin, c'est le must-have pour la période et ce, depuis au moins 1521, date à laquelle remontent les premiers sapins décorés pour  Noël. C'était en Alsace.

A l'époque, les représentations des scènes bibliques figurant la création du Monde, plaçaient au premier plan un arbre, souvent le sapin, symbole de vie et volontiers décoré d'offrandes comme des pommes ou des friandises. Aujourd'hui, les guirlandes, les boules multicolores et l'étoile du berger ont remplacé les pommes et les friandises.
Jusqu'au milieu du XXe siècle, l'Eglise catholique considèrera la décoration d'un sapin pour Noël comme une pratique païenne.


...et préparé la dinde?

A table aussi, il est question de tradition le 25 décembre (ou le 24 au soir). A cet égard, certains plats se sont imposés au fil du temps comme «les plats de  Noël». C'est le cas de la dinde en plat principal et de la bûche pour le dessert. Au départ, c'est l'oie qui était privilégiée comme met de  Noël. Considérée comme un oiseau solaire, l'oie était censée représenter la protection du soleil. Mais lorsque les premiers colons d'Amériques sont rentrés en Europe au XVIIe siècle avec des dindes dans leurs cales, les choses ont changé. Désormais, la dinde sera le plat le plus prisé. Si elle peut-être farcie aux marrons en Europe, la dinde est souvent glacée et trempée dans le vin aux Etats-Unis.

Quand il s'agit de passer au dessert, les probabilités de tomber sur une bûche se révèlent assez fortes. Noël est d'ailleurs l'un des rares moments de l'année où l'on sert de la bûche en fin de repas. L'idée d'un tel dessert est en réalité la continuation d'une autre tradition de  Noël, celle de la bûche bénie. Au XIXe siècle, les familles chrétiennes avaient pris pour habitude la veille du 25 décembre de placer une grosse bûche dans l'âtre de la maison. Cette vieille tradition a mué lorsque les cheminées ont commencé à disparaître des nouvelles constructions. Presque naturellement, l'idée a germé de maintenir le concept de la bûche de Noël mais cette fois dans les assiettes, glacée, pralinée ou crémeuse.

Que font les juifs et les musulmans à Noël?

Noël n'est plus l'apanage des seuls pays de tradition chrétienne. Largement délesté de ses connotations religieuses, le 25 décembre est devenu un jour que l'on célèbre dans le monde entier, quelque soit la religion. «Massiluli Ameggaz » en kabyle, « Hele Kalikimaka » en hawaïen, « Selamet Harivatal » en indonésien, fêter «Joyeux Noël» est devenu un rituel quasi-planétaire.
En 2008, Noël était même décrété jour férié en Algérie. «Je ne sais pas pourquoi l'Algérie s'est privé de cette belle fête pendant tant d'années avait déclaré à l'époque le président Abdelaziz Bouteflika. Je trouve cela très triste. Comment peut-on ne pas aimer recevoir des cadeaux du gentil père Noël ?».

Aux Etats-Unis, si l'on en croit Benyamin Cohen de Slate.com, les juifs profitent de  Noël pour «commander chinois ou être les premiers à aller voir les blockbusters au cinéma». On s'occupe comme on peut lorsque l'on a rien à fêter. Cela dit, une vieille tradition de Noël perdure au sein des membres les plus orthodoxes de la communauté juive. Le soir du 24 décembre, il serait vivement conseillé par les rabbins de cesser d'étudier la Torah pour veiller en attendant la fin des festivités.  Edictée au XVIIe siècle au sein de la diaspora juive d'Europe de l'Est, cette tradition dite de la «Nittel Nacht» fût instaurée en réaction aux pogroms organisés à l'occasion de  Noël. A cette époque, les attaques contre les juifs connaissaient en effet une recrudescence les 24 et 25 décembre. Il fallait donc se préparer à riposter et donc cesser toute activité intellectuelle pour être prêt à fourbir ses armes au cas où. Pour passer le temps, les juifs organisaient alors des parties de dés ou d'échecs dans les synagogues. Aujourd'hui, certaines synagogues proposent même des tournois de poker selon Slate.com.
Cela dit aujourd'hui, compte-tenu des relations entre chrétiens et juifs, la «Nittel Nacht" est devenue une tradition plutôt confidentielle comme le rappellent les rabbins eux-mêmes. Et nombreux sont d'ailleurs les juifs qui participent aux festivités de  Noël. Quelques jours après Hannoukah, c'est l'occasion de tout fêter sans réelle référence religieuse Christmoukkah (contraction de Christmas et Hannoukah, fêté dans les familles mixtes) dans un salon où peut parfois trôner un sapin joliment décoré.
Cette tendance inquiète les autorités religieuses. Ainsi, le Grand rabbinat d'Israel vient de lancer un avertissement à l'attention des commerces qui auraient le malheur d'orner leurs devantures de décorations de  Noël.


Le soir du 24 décembre comme la journée du 25, les villes où l'on fête en majorité Noël sont décrétées villes mortes. Une sorte de couvre-feu s'impose de facto. Dans la rue, rares sont les lieux de vie ouverts, les journaux ne paraissent pas, et les télévisions prennent leur pause sur les ondes, gratifiant les téléspectateurs de multi-rediffusions et d'émissions inregardables. Une ambiance toute apocalyptique pour ceux qui ne fêtent pas  Noël.

Raphaël Malkin

Image de Une: Un «Père Noel» à North Pole en Alasaka via Wikimédia

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