Science & santé

«Porter des chaussures plates de femmes, pour moi, c'est le kif total»

Lucile Bellan, mis à jour le 08.08.2017 à 14 h 17

Cette semaine, Lucile conseille Axel, 17 ans, qui n'assume pas totalement son fétichisme pour les ballerines.

White Shoes | par Eva Gonzalès via Wikimedia CC License by

White Shoes | par Eva Gonzalès via Wikimedia CC License by

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Adolescent de 17 et demi, j'ai une passion depuis cela quelques années pour les chaussures plates de femmes (en gros, les ballerines).

Comment vous dire… J'ai un genre de fantasme voire même une attirance pour ce type de chaussures. Je les trouve hyper pratiques, simples. Certains modèles sont très beaux, mais de base, je trouve la coupe de la chaussure très jolie. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai une attirance de fou envers elle.  

Dès mes 15 ans, j'ai commencé à regarder sur internet les types de ballerines qui me plaisaient le plus (plat, mini talon, etc...), mais n'ayant aucun moyen d'achat, j'ai dû me contenter de contempler cela à travers un écran. Quand j'allais chez mes cousines, je me faufilais en douce dans leur chambre pour pouvoir essayer justement les ballerines qu'elles avaient –des ballerines de la marque LPB– et je vous jure que c'était le kif total. Quand j'en mettais, j'étais hyper à l'aise dedans et je ne rêvais que d'une chose, c'était d'en acheter par mes propres moyens. 

Très vite au fil du temps, je ressentais de plus en plus l'envie de vouloir en porter et de vouloir acheter mes propres paires.

Le jour de mes 17 arriva et, ayant alors acquis la possibilité de pouvoir m'acheter par mes propres moyens ce genre de chaussures un peu partout, c'était en gros l'extase je ne vais pas vous le cacher. J’ai aujourd’hui 17 ans et demie –18 ans dans 4 mois au moment où je vous écris– et ma passion ne fait que s'amplifier. 

Je voudrais pouvoir en porter tous les jours dehors dans la rue mais c'est assez compliqué d'assumer. Ayant pas moins de cinq paires de ballerines différentes, je ne les porte que chez moi car j'ai peur du regard  et des avis des gens si par malheur je commençais à en mettre à la vue de tout le monde. 

Ma copine est au courant de ce fantasme. Elle essaie de m'aider à m'affirmer sur le fait d'en mettre dehors mais malheureusement dans le cas présent, je vis dans une cité et on va dire que c'est assez compliqué d'assumer ça devant des jeunes de quartier. 

J'aimerais avoir votre avis, savoir si je suis bien normal d'avoir une passion voire un fantasme de ce type, savoir aussi comment je peux surpasser les avis des autres et plus particulièrement ceux des jeunes de mon âge et surtout de mon entourage.

je précise que cela n'a rien de malsain ni rien de grave bien sûr! 

Axel

Cher Axel,

Bien sûr que ce n’est pas malsain! Ni grave! Vous ne faîtes de mal à personne en vous entichant d’un modèle de chaussure qui n’a que pour seul défaut de ne pas avoir été pensé pour votre genre. Et en fait, elle est là toute l’absurdité de la situation. J’espère que vous vous en rendez-compte. En portant vos ballerines, en cherchant le modèle que vous trouvez le plus joli, en prenant plaisir à vous faire ce cadeau, vous n’enfreignez aucune loi. Hommes et femmes, nous avons exactement le même modèle de pieds à la base, qui servent à nous tenir debout, à marcher et à courir. Si l’on exclut la question de la pointure, rien, absolument rien, ne nous empêche de partager les mêmes chaussures.

Certaines marques de sport vantent des recherches qui mettent en avant la différence du rapport talon-pointe entre les hommes et les femmes, et développent des modèles de baskets dans ce sens. Elles admettent cependant que pendant des années, et encore aujourd’hui chez des marques concurrentes, les modèles pour femmes sont juste des modèles pour hommes en plus petit et avec des couleurs plus chatoyantes. Si vous voulez mon avis, en dehors de ces considérations techniques si vous êtes un coureur de haut niveau, le reste c’est du sexisme et du marketing.

Est-ce que vous êtes «normal», c’est-à-dire soumis à «un état habituellement répandu, considéré le plus souvent comme une règle à suivre»? Non. Vous êtes mieux que ça. Vous êtes unique, vous êtes vous. Vous ne suivez pas la règle absurde qui veut que les hommes portent des chaussures en cuir et des sneakers et les femmes des escarpins et des ballerines. Vous avez de la chance d’avoir une compagne qui comprend vos envies et à quel point elles sont légitimes. Vous devez comprendre, vous, qu’elles le sont également. Vous ne faîtes de mal à personne en portant ce que vous avez envie de porter. Vous n’avez pas à inventer un petit mensonge pour avoir le droit d’acheter une paire de chaussures.

Je voudrais pouvoir vous dire le plus légèrement du monde «Vivez comme vous en avez envie!» sans penser aux conséquences que cela pourrait avoir sur vous et votre entourage. Mais la vérité c’est que la société dans laquelle nous vivons est sclérosée par des normes et que certaines personnes sont terrifiées, et donc potentiellement agressives, quand on y déroge.

Je ne peux pas vous dire que vous ne vous ferez jamais insulter ou pire (même si vous serez probablement étonné par la quantité de gens qui se feront la réflexion dans leur tête sans rien oser vous dire). Ce que je peux vous assurer c’est qu’ils s’habitueront. Vous serez celui qui porte des ballerines et ils se lasseront de le remarquer. On fera des raccourci sur votre sexualité, probablement. Et puis, c’est comme tout, ça passera. Parce qu’un homme avec des ballerines, c’est quand même pas une éclipse de soleil ou le dernier clip de Rihanna.

Soyez fier d’être qui vous êtes, Axel. D’aimer ce que vous aimez. Et d’aimer ceux qui vous acceptent et vous aiment. Porter ces ballerines au grand jour, ça nécessite beaucoup plus de courage que ceux qui vous feront des réflexions n’en auront jamais. Soyez différent et soyez fier.

Lucile Bellan
Lucile Bellan (154 articles)
Journaliste
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