Monde

Adieu Scaramucci, le plus beau succès de l'administration Trump

Christina Cauterucci, traduit par Peggy Sastre, mis à jour le 01.08.2017 à 12 h 51

Ses histoires de bite vont terriblement nous manquer.

JIM WATSON / AFP

JIM WATSON / AFP

Le passage d'Anthony Scaramucci à la Maison-Blanche a été si bref que vous ne l'avez peut-être même pas remarqué –si jamais vos vacances en famille ou votre stage de méditation annuel tombaient la dernière semaine de juillet. Il n'aura fallu que deux petits épisodes de Game of Thrones pour que le directeur de la communication de Donald Trump –qui ne devait pas commencer avant la mi-août– prenne ses fonctions, accuse publiquement un collègue d'être adepte de l'auto-fellation, préfère traîner avec Trump que d'assister à la naissance de son fils et soit forcé à quitter son pupitre par le nouveau chef de cabinet de la Maison-Blanche, après avoir menacé l'ancien d'une dénonciation au FBI. Ouch! J'ai comme l'impression que quelqu'un a besoin d'un bon bain chaud et d'un grand verre de cocaïne!

Qu'importe que le règne du Mooch –son surnom– ait été concis, il aura été d'un énorme secours pour la santé émotionnelle américaine. Si Scaramucci devait décrire son passage en usant de sa métaphore préférée –les organes génitaux masculins– sans doute dirait-il que les plus petites font les plus endurantes travailleuses et redoublent d'efforts pour faire grimper leur partenaire au rideau. Et il aurait raison! Ses simagrées ont peut-être terni la réputation des honorables Américains dont le nom se termine en -ucci, mais elles ont été la plus belle chose qui a pu arriver à l'administration Trump depuis la tête de six pieds de long de Michelle Obama le jour de l'investiture.

Une fenêtre sur l'âme du gouvernement

 

En général, quand l'administration Trump fait marrer l'Amérique, c'est dans un bain de larmes, de bile et les dents tellement serrées qu'elles en viennent à attaquer les gencives. Assister au camouflet juridique du décret migratoire de Trump aura été un régal, jusqu'à ce que la Cour suprême s'en mêle. On a pu facilement tourner en dérision ses remarques dégueulasses sur Mika Brzezinski ou sa dragouille de Brigitte Macron, jusqu'à ce qu'on se rappelle qu'une partie de l'Amérique a tellement adoré ce gros fat de misogyne qu'elle l'a élu président.

Son discours devant les Boy Scouts du 24 juillet fut ridicule, bourré d'allusions si malsaines et débiles que ses plus ardents partisans doivent confire dans leur honte à l'heure qu'il est. Sauf que l'événement a surtout été triste, car les enfants et les adolescents présents ce jour-là pourraient avoir envie de prendre exemple sur ce sinistre personnage.

À côté de toutes ces horreurs, le Mooch fut un oasis de fraîcheur. D'autres sbires de Trump en sont à bousiller la protection de l'environnement, les communautés immigrées ou des financements essentiels à la santé des femmes et des enfants à travers le monde. Les bourdes du Mooch ont été bien plus sympathiques: elles n'ont été nuisibles qu'à la Maison-Blanche, au sein d'un cercle moisi d'incompétents égocentriques.

On peut rigoler, car les gaffes de Mooch ont été drôles –déjà, il disait «bite» très souvent– et n'ont pas causé de dégâts irréparables à l'humanité. Ses yeux fous ont été une fenêtre sur l'âme du gouvernement, son désespoir, son obsession pour la loyauté, son mal-être. Dans chaque bévue de Mooch, dans chacune de ses magouilles, nous avons vu combien Trump et ses serviteurs ne sont pas seulement mus par une passion maléfique–ils sont aussi et surtout complètement à la ramasse.

«Larbin de Trump»

 

Sauf qu'il pourrait y avoir une histoire vraiment triste dans le départ de Scaramucci. Dans un délicieux article du New York Post, on apprend que sa femme, Deidre Ball, a demandé le divorce début juillet, alors qu'elle était enceinte de neuf mois, parce qu'elle déteste Trump et qu'elle n'en pouvait plus de l'ambition politique éhontée de son mari. «Elle le traitait de larbin de Trump», affirme une source.

La semaine dernière, Scaramucci aurait même manqué la naissance de son fils pour assister au discours de Trump devant les scouts. Ensuite, il aurait envoyé un SMS à sa femme disant simplement «félicitations, je prie pour notre fils», sans retourner à Long Island, où son jeune enfant prématuré est en soins intensifs, avant plusieurs jours.

Difficile de rigoler autant aux histoires de bite de Scaramucci qu'à son implosion en vol, en sachant qu'il a vendu son entreprise et abandonné sa famille pour se mettre au service d'un abruti mégalomane qui lui aura offert dix désastreux jours de boulot. Mais là encore, la semaine passée a probablement conforté Ball dans son idée: avec ses trois enfants, mieux vaut qu'elle fuie ce type. Quant au Mooch, s'il veut chialer un bon coup, il paraît que les billets de banque font d'excellents oreillers.

Christina Cauterucci
Christina Cauterucci (14 articles)
Journaliste
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