France

On a le droit inaliénable de ne pas vouloir une vie de merde

Titiou Lecoq, mis à jour le 18.09.2017 à 18 h 06

APL, enseignement supérieur, coût des transports en commun... Emmanuel Macron parle de société progressiste mais prend des mesures qui créent le contraire de cela.

Emmanuel Macron à Istres, le 20 juillet 2017 |
Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Emmanuel Macron à Istres, le 20 juillet 2017 | Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Chers gens qui, comme moi, êtes encore au travail, soyons francs : on se traîne. On laisse s'égrener le temps, on attend que les minutes passent. On essaie de se passionner pour la grossesse de la panda de Beauval mais le coeur n’y est pas. Même les déclarations les plus bêtes de nos député/es ne provoquent plus chez nous qu’un lever fatigué des yeux au ciel.

Ce que je veux, moi, c’est que vous, partout, vous partiez en vacaaaannnnces.

Mais il y a tout de même cette histoire d’APL. C’est embêtant. Enfin... Vous me direz, cinq euros, c’est pas le bout du monde même si maintenant on sait tous combien de paquets de pâtes ça représente. Ces cinq euros sont embêtants parce qu’ils s’inscrivent dans une suite. A titre personnel, je n’aurais jamais pu faire d’études si je n’avais pas touché de généreuses APL. Ça reste une aide essentielle pour les étudiants. Or, ces derniers temps, on ne peut pas dire que les jeunes ont été particulièrement gâtés.

Rappelez-vous, il y a une éternité, en juin 2016, on avait découvert les problèmes d’affectation du logiciel APB. (Même si le logiciel, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt.) Cette année, rebelote, en pire.   

La mise en place d’une situation explosive

À peu près au même moment, on apprend que l’enseignement supérieur et la recherche vont subir une coupe de 331 millions d’euros sur leur budget de 2017.

Affordance a de son côté fait une excellente analyse du programme prévu pour les facs que je vais grossièrement vous résumer : renforcer l’autonomie des universités ce qui signifie que l’Etat va se désengager financièrement un peu plus. (Alors même que le nombre d’étudiants continue d’augmenter.) D’où une hausse à prévoir des frais d’inscription et un système où des facs de luxe pourront attirer des clients… heu… des étudiants fortunés, et les autres facs seront à la traîne.

Et puis, la semaine prochaine, pour les franciliens, le pass navigo va connaître cette hausse que Valérie Pécresse avait promis de ne pas faire. Il va passer à 75,20 euros (il coûtait 70 euros en 2015). Ça fait beaucoup.

C’est possiblement la mise en place d’une situation explosive.

Même si pour le moment il semblerait qu’Emmanuel Macron soit né par parthénogenèse d’un trèfle à quatre feuilles, il n’est pas exclu qu’il se prenne un gros mouvement de protestation de la jeunesse. Soit un mouvement qui naîtra dans les facs, soit des explosions de colère dans les quartiers abandonnés. (La Seine-Saint-Denis est l’un des départements de France qui compte le plus de jeunes, à Clichy-sous-Bois par exemple 37% des habitants ont moins de 20 ans.)

C’est un beau paradoxe (apparent) que notre président le plus jeune soit aussi celui qui semble totalement passer à côté de la situation des jeunes. Déjà lors de sa campagne, ça ne semblait pas être sa priorité. (Et de fait, ce n’est pas l’électorat qui l’a élu.) Le président Macron ne semble avoir aucune conscience que ces gens existent. C’est comme s’ils n’entraient pas dans le champ de sa conscience et, en tant que politique, en étant purement pragmatique, je ne comprends pas comment il ne peut pas voir que tout cela risque de lui péter à la gueule pendant son quinquennat. Il parle sans cesse du réel, du besoin d’affronter le réel. Mais rien dans ses discours n’évoque ce réel là. Il parle de société progressiste mais alors où sont les mesures contre les discriminations? De genre, de couleur de peau, de milieu social?

Raboter toujours plus

Dans l’assemblée athénienne, il existait la possibilité de traîner en justice celui qui avait proposé une loi qui par la suite s’était révélée contraire aux intérêts de la cité. Il pouvait être jugé et condamné même si cette loi avait été votée par la majorité de l’assemblée. Évidemment, ça ne règle pas le problème de la définition de ce qui est bon pour la cité. Parce qu’en vrai, les politiques ne se disent pas «tiens, on va voter un truc pour pourrir la vie des gens». Ils se disent plutôt «bah les pauvres, ils seront mieux avec un taff miséreux qu’avec rien». «Ils trouveront toujours un moyen de survivre avec cinq euros de moins.» Cinq euros c’est beaucoup de paquets de pâtes et en même temps, ce n’est pas grand chose. Il suffit de se serrer encore un peu plus la ceinture. D’ailleurs, les pauvres, ils n’ont qu’à arrêter d’aller au McDo. Ou de fumer. Ou de jouer au loto. Oui, parce qu’en plus le discours ambiant tend à culpabiliser les pauvres de dépenser un tout petit peu plus que ce qui devrait suffire à leur stricte survie. Tant qu’ils continuent à se payer le luxe d’aller bouffer un gros McDo dégueulasse, c’est bien la preuve qu’on peut leur raboter encore un peu d’économie.

Mais ce que le gouvernement ne semble pas comprendre, c’est le droit inaliénable de ne pas vouloir une vie de merde. De vouloir autre chose que survivre au milieu des factures. De vouloir une autre perspective que le découvert à la fin du mois.

On nous rabâche que nous, les Français, nous refusons de faire des sacrifices. Ce n’est pas vrai. On est tous prêts à faire des sacrifices. Mais faire des sacrifices pour avoir une vie encore plus merdique qu’avant, ce n’est pas vraiment un bon deal.

Etn pour l'instant, la contrepartie pour la jeunesse, qu'elle habite dans les campagnes, les villes ou les «quartiers», on ne l'a pas encore vue. 

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