Culture / Société

À l’origine, le Monopoly était anti-capitaliste

Temps de lecture : 2 min

L'inventrice de ce jeu de société mondialement connu voulait faire prendre conscience aux gens que la propriété terrienne était quelque chose dont tout le monde avait le droit de jouir.

HouseTrained | Mark Strozier via Flickr CC License by
HouseTrained | Mark Strozier via Flickr CC License by

Elizabeth Magie irait peut-être d’elle-même en prison sans passer par la case départ si elle voyait ce que son jeu, le Monopoly, était devenu. Car elle ne voulait pas apprendre à des enfants à acheter des terrains, construire le plus de maisons possible ou faire payer plein pot les gens qui tombaient par hasard sur le terrain en question, explique Aeon.

Née en 1866, Elizabeth Magie était une fermement opposée à la politique de son temps. Elle défendait la notion de propriété terrienne développée par l’économiste américain Henry George dans son livre Progress and poverty, qu’elle résumait par l’idée que «les hommes ont un droit égal à utiliser la terre de la même manière qu’ils ont un droit égal à respirer l’air –c’est un droit proclamé par le simple fait qu’ils existent».

Prospérité et Monopole

Henry George estimait que l’inégal accès à la propriété terrienne créait de la pauvreté, et pensait qu’il fallait contrer cela en taxant les propriétaires et en reversant cet argent dans des projets utiles à toute la communauté.

Déterminée à prouver la qualité de la pensée de George, Elizabeth Magie invente et dépose le brevet du «Landlord’s Game» (le «jeu du propriétaire»), en 1904, un plateau sur lequel sont dessinés des bâtiments et des rues à acheter.

À l’époque, ce «Landlord’s game» contient deux règles de jeu. Soit vous décidiez de vous lancer dans la version «Prospérité», et chaque joueur gagnait des points dès qu’un autre achetait une nouvelle portion de terre. Tout le monde sortait vainqueur.

Mais dans la règle «Monopolist» au contraire, les joueurs avaient pour but d’acquérir un maximum de terres et de faire payer les autres joueurs qui y atterrissaient. Il n’y avait qu’un seul vainqueur, qui gagnait lorsque tous les autres avaient fait faillite. La règle du Monopoly actuel, en somme.

Selon Magie, ces deux règles permettaient aux gens de se rendre compte des conséquences néfastes du système de possession de la terre, qui enrichissait les plus riches et appauvrissait les plus pauvres. D’après Aeon, elle jugeait que son jeu aurait très bien pu s'appeler «le jeu de la vie»:

«Il contient tous les éléments de la réussite et de l’échec dans le monde réel, et le but est celui que semblent avoir les hommes: l’accumulation des richesses.»

Mais lorsque la société Parker Brothers rachète le brevet de Magie et ressort le jeu en 1935, on ne trouve plus qu’une seule règle: celle du monopole. Le seul but devient celui que l'on connaît aujourd'hui: s’enrichir et écraser ses adversaires pour atteindre le sommet.

Newsletters

Un tableau de Lucian Freud désavoué par l'artiste, mais authentifié par les experts

Un tableau de Lucian Freud désavoué par l'artiste, mais authentifié par les experts

L'artiste britannique a toujours nié avoir peint le portrait Standing Male Nude, mais trois spécialistes ont conclu qu'il s'agissait bel et bien de son œuvre.

La projection des films en classe, une pratique sous le signe du flou artistique

La projection des films en classe, une pratique sous le signe du flou artistique

À la suite du traumatisme de leur fille de 13 ans en raison du visionnage de «The Ring» en classe, des parents avaient déposé plainte.

En quoi l'envie se distingue des autres péchés

En quoi l'envie se distingue des autres péchés

Avec son histoire de l'envie, mais aussi des envieux, André Rauch nous invite à découvrir l'évolution des représentations de cette passion au fil des époques.

Podcasts Grands Formats Séries
Slate Studio