Monde

La Norvège n'est pas aussi égalitaire et tolérante que l'on croit

Repéré par Rodrigue Arnaud Tagnan, mis à jour le 26.07.2017 à 15 h 39

Repéré sur The Conversation

Les migrants et les minorités rom et same y sont constamment victimes de xénophobie et de discriminations.

Un groupe de migrants recevant des instruction d'une policière norvégienne à la frontière avec la Russie. Storskog. Cornelius Poppe / AFP

Un groupe de migrants recevant des instruction d'une policière norvégienne à la frontière avec la Russie. Storskog. Cornelius Poppe / AFP

Alors que la plupart des progressistes considèrent les pays scandinaves, et en particulier la Norvège, comme un exemple de prospérité, de bien-être social et de tolérance, le chercheur en linguistique  relativise cette idée sur le site The Conversation.

Après le choc de 2011 des tueries de masse d'André Breivik, qui voulait sauver la Norvège du multiculturalisme, le pays avait donné l'impression de lutter contre la xénophobie. Aux temps forts de la crise des réfugiés en 2015, il s'était particulièrement illustré par l'accueil des demandeurs d'asile en examinant 31.000 cas. Et contrairement à de nombreux États européens, Oslo leur offrait une assistance et une protection sociale pendant qu'ils étaient encore dans l'attente d'une décision. Toutefois, pour Nathan John Albury, il faut mettre un bémol à ce modèle «égalitaire» qui ne peut être apprécié à sa juste valeur que si l'on est norvégien.

L'auteur pointe d'abord du doigt les velléités de réduction des aides accordées aux migrants par les 29 députés du «Parti du progrès», très à droite, auquel avait a appartenu Breivik dans sa jeunesse. Cette politique de discrimination a été reprise en 2015 par la ministre de l'Intégration, issue de ce même parti, Sylvi Listhaug. Celle-ci poursuit des restrictions à l'égard des immigrés musulmans.

Longue tradition d'exclusion

De fait, le pays n'a pas hésité en 2016 à déporter hors de ses frontières plus de 7.000 sans-papiers et a prévu également, conformément à d'autres restrictions, de renvoyer cette année près de la moitié des réfugiés mineurs non accompagnés avant qu'ils n'atteignent 18 ans. Pour Nathan John Albury, la politique de discrimination en cours n'est pas surprenante dans la mesure où le pays a une longue tradition d'exclusion.
Oslo n'avait pas hésité, rappelle le Guardian, à stériliser de force une partie des populations minoritaires tziganes vivant dans le pays, depuis les années 30 et même encore en 1977, assure le chercheur. À cela s'ajoutent les exactions commises contre les peuples indigènes sames au nord de la Norvège. À plusieurs reprises, le gouvernement a tenté de détruire la culture same à travers une politique d'assimilation brutale ou fornorsking qui consistait à séparer les enfants de leurs familles et les envoyer dans des pensionnats où il leur était interdit de parler leur langue maternelle. Et jusqu'à la moitié du 20e siècle, l'État continuait de saisir au forceps les terres de cette population autochtone. Aujourd'hui encore, les Sames sont victimes de discriminations malgré la reconnaissance officielle des droits des monorités dans le pays.

L'exceptionnalisme norvégien

Pour vivre et être accepté en Norvège, les étrangers et les minorités autochtones n'ont d'autre choix que de se conformer aux normes de la société blanche norvégienne. Le système éducatif, y compris les cours de langue, participent à l'exaltation des valeurs, de l'histoire et de la culture norvégiennes, de sorte que les Sames et les Roms en sont totalement absents. Selon une analyse de commentaires en ligne liés à des articles sur les Sames, certains Norvégiens estiment que ces derniers représentent une menace  pour l'homogénéité de la société norvégienne. Ce racisme sous-jacent pourrait dériver d'une forme d'exceptionnalisme américain (selon lequel les États-Unis sont le centre du monde), dans lequel les Norvégiens croient fermement qu'ils sont les leaders mondiaux en terme de politique sociale.

Mais cette critique de la société norvégienne ne signifie pas pour autant que tout est négatif dans le modèle norvégien, rappelle quand même l'auteur de l'article, ravi de bénéficier lui-même de ce que le modèle a de positif. Les prochaines élections générales, prévues en septembre, ont la possibilité de changer la donne sur toutes ces questions, assure-t-il.

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