Monde

De plus en plus précaires, les jeunes Japonais ne font plus d'enfants

Repéré par Rodrigue Arnaud Tagnan, mis à jour le 25.07.2017 à 15 h 53

Repéré sur The Atlantic

Dans une culture qui fait encore de l'homme le pilier de la famille, ceux qui n'ont pas d'emploi stable sont peu enclins à la vie de famille.

Des hommes en train de regarder leur téléphone portable pendant leur pause, dans le quartier commerçant de Ginza à Tokyo, le 13 février 2017.
BEHROUZ MEHRI / AFP

Des hommes en train de regarder leur téléphone portable pendant leur pause, dans le quartier commerçant de Ginza à Tokyo, le 13 février 2017. BEHROUZ MEHRI / AFP

Alors que sa population a chuté de 300.000 personnes, le Japon a enregistré moins d'un million de naissance en 2016, une première depuis un siècle. Si les jeunes ont longtemps été accusés de privilégier leur carrière professionnelle au sexe, the Atlantic avance plutôt une autre explication: les jeunes ont de moins en moins d'opportunités économiques. Cette situation ne favorise pas le mariage, dans un pays où l'homme est encore perçu comme celui qui doit subvenir obligatoirement aux besoins de la famille. «L'insécurité économique est la principale cause de cette tendance que l'on observe présentement. Un peu partout, le taux de natalité et le taux de mariage sont en baisse», souligne Anne Allison, professeur d'anthropologie culturelle à l'Université Duke et co-auteur de The Precarious Future, une collection d'essais sur le Japon. Et comme la plupart des femmes quittent leur emploi après la première grossesse, elles dépendent davantage du salaire de leur conjoint, de sorte que le mariage devient impossible avec un homme dont la situation est instable. 

Des travailleurs de plus en plus précaires

Comment un pays comme le Japon –dont le succès économique et le faible taux de chômage inférieur à 3% en font un exemple pour les autres– a-t-il pu en arriver là? Le problème découle d'un phénomène plus global au niveau mondial, avec l'accroissement des travailleurs précaires. Depuis les années d'après-guerre, les Japonais ont l'habitude d'avoir des emplois stables, ce qui les prémunit de l'insécurité sociale et leur permet d'envisager séreinement une vie de couple et de famille.

Or, d'après le constat de Jeff Kingston, professeur au Temple University et auteur de plusieurs ouvrages sur le Japon, les choses ont évolué depuis les années 90 lorsque le gouvernement a révisé le code du travail pour permettre aux entreprises d'embaucher des agents contractuels ou des sous-traitants. «Il s'agit d'un changement majeur dans le paradigme de l'emploi au Japon, car les nouveaux diplômés ont eu du mal à s'insérer socialement», soutient-il. Actuellement, environ 40% de la main-d'œuvre japonaise exerce donc un emploi temporaire. Et seulement 20% de ces précaires peuvent espérer accéder au cours de leur carrière à un CDI. Mais les statistiques du gouvernement sur le chômage ne prennent pas en compte ces travailleurs précaires. Toujours selon Kingston, entre 1995 et 2008, le nombre de travailleurs stables a diminué de 3,8 millions de personnes, alors qu'à l'inverse les précaires ont augmenté de 7,6 millions de têtes.

Les jeunes sont constamment stressés 

En plus de l'accroissement des emplois précaires, les entreprises imposent aux jeunes en CDI une charge de travail extrêmement importante et des salaires peu élevés, les exposant de fait au «Karōshi», mort subite d'un travailleur par crise cradiaque due au surmenage. Depuis les années 70, le «Karōshi» est considéré comme une maladie professionnelle.

L'administration du Premier ministre Shinzo Abe, considéré comme libéral, a échoué à règlementer le secteur privé malgré les nombreuses promesses. En lieu et place, elle se contente d'aider les femmes à mieux concilier leur vie professionnelle avec le foyer. Ce qui fait sans doute partie du problème, mais reste insuffisant pour sa résolution. Actuellement, ce dont ont besoin les jeunes, c'est de stabilité.

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