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La plus belle des gueules de bois: bourbon ou vodka?

Des chercheurs ont comparé les effets indésirables des deux boissons.

Vendredi 25 Décembre 2009
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Voilà un certain nombre de conseils, un peu tardifs pour ceux qui ont longuement enterré l'année 2009 et fêté l'année 2010 mais, qui sait, qui pourront être utiles le 31 décembre 2010. Voilà donc des avis scientifiques sur la gueule de bois et pour les plus chanceux un persistant mal de crâne en ce matin du 1er janvier.

A la veille des rituels des fêtes de fin d'année, c'est une étude bien originale que vient de publier un groupe de chercheurs américains dans la revue spécialisée Alcoholism: Clinical and Experimental Research. Sur la paillasse expérimentale: bourbon et vodka. En grande quantité. Dirigés parle Pr Damaris J. Rohsenow (Centre d'études sur l'alcoolisme et des toxicomanies, Brown University, Providence, Rhode Island), les chercheurs ont cherché à comparer de la manière la plus précise, la plus scientifique, non pas les vertus mais bien les effets indésirables causés par une consommation excessive de ces deux boissons alcooliques.

On a dans un premier temps recruté 95 cobayes (rémunérés, volontaires, en parfaite santé et ne souffrant pas d'assuétude à l'alcool) âgés de 21 à 33 ans. Leur mission, qu'ils ont acceptée: participer, après une «nuit d'acclimatation» à deux nuits de beuverie sous contrôle. Objectif : atteindre des taux d'alcoolémie suffisamment élevés pour déclencher, au réveil, ce qu'il est généralement convenu d'appeler une «gueule de bois» ; une formule imagée à laquelle certains préfèrent l'expression «casquette en béton». La médecine parle quant à elle de «veisalgie», un récent et distingué néologisme formé, dit-on, par des chercheurs américains à partir du mot norvégien kveis (malaise qui suit la débauche) et de la racine grecque algia (douleur).

Veisalgie

Tout le monde ou presque connaît les symptômes de la veisalgie: maux de tête, nausées, fatigue, tremblements, troubles du rythme cardiaque, chute de la tension artérielle, confusion... Contrairement à ce que l'on pense généralement, ces symptômes ne sont pas la conséquence de la présence d'alcool dans le sang; ils surviennent au contraire plusieurs heures après la consommation lorsque le taux d'alcoolémie s'approche de zéro.

Dans l'étude on ne peut plus rigoureuse menée dans la ville de Providence, les volontaires ne savaient pas (du moins au départ...) s'ils buvaient soit du bourbon ou de la vodka (mélangés à du cola sans caféine) soit une boisson placebo (ne contenant que des larmes de bourbon ou de vodka). On leur demandait aussi de noter toutes les observations qu'ils pouvaient faire concernant leurs sensations au réveil. Ils devaient en outre participer à différents examens pratiqués durant le sommeil qui suivait l'intoxication programmée à l'alcool ainsi qu'après leur réveil.

Résultats. Une confirmation: l'alcool à haute dose est bel et bien associé à la «gueule de bois», et ce sans aucune différence entre les deux sexes ou de breuvage. Cette étude a aussi confirmé que le fait de l'intoxication alcoolique (à la vodka ou au bourbon) perturbe en profondeur la qualité du sommeil ainsi, ensuite, que les fonctions intellectuelles complexes. Les bilans des tests cognitifs confirment le danger qu'il y a alors à conduire ou à avoir certaines activités à risque. Les altérations observées (par enregistrements électriques de l'activité cérébrale) dans la qualité du sommeil sont étroitement corrélées aux effets secondaires ressentis au réveil. Enfin, et c'est peut-être l'enseignement le plus original de ce travail: l'intensité des symptômes caractéristiques de la «gueule de bois» est, pour des alcoolémies similaires, statistiquement plus élevée avec le bourbon qu'avec la vodka.

Composition

Pourquoi une telle dichotomie? Sans aucun doute, selon les chercheurs, à cause des différences qui existent dans la composition de ces deux boissons alcooliques. Le bourbon est un whiskey américain fabriqué à partir de 51 % au moins de maïs, le reste provenant généralement du seigle ou du blé. Distillé à un titrage alcoolique de moins de 80% il est -du moins pour le «straight bourbon» vieilli en fûts de chêne neufs. En théorie, il ne doit pas subir de coloration ou d'altération de son goût entre la distillation et l'embouteillage lors duquel de l'eau peut être ajoutée pour ajuster le volume d'alcool entre 40 et 50%. Les amateurs n'ignorent guère que le bourbon se différencie du whisky (par définition écossais) par une souplesse confinant à la rondeur épaisse. Cette différence provient pour bonne part du vieillissement en barriques neuves, avec extraction rapide des composés du bois par le liquide; à l'image des vins archi-boisés du Bordelais ou de Californie.

Rien de tel avec la vodka ou «petite eau», cette eau-de-vie qui peut être produite à partir de différents végétaux (pomme de terre, seigle, blé, betterave etc.) fermentés puis distillés. Souvent aromatisée, la vodka peut titrer entre un minimum de 37,5° et un maximum de 97° d'alcool.

Ces différences dans les élaborations expliquent que les bourbons contiennent plus de sous-produits spécifiques (dénommés «congénères»), molécules organiques complexes bien connues pour pouvoir avoir des effets toxiques (acétone, acétaldéhyde, furfural etc.). Or le bourbon contient en moyenne 37 fois plus de ces molécules que la vodka. «L'alcool à lui seul suffit pour faire que de nombreuses personnes se sentent malades le lendemain d'une consommation importante, mais ces substances toxiques naturelles peuvent s'ajouter aux effets pathologiques», explique le Pr Damaris Rohsenow.

Soirées russes

Est-ce dire que les soirées arrosées russes connaissent moins de lendemains qui décoiffent que celles associées aux produits boisés de la distillation du maïs américain plus ou moins génétiquement modifié? Rien n'est moins certain. D'abord parce que la vodka n'est plus, depuis longtemps une spécialité russe ni même d'Europe de l'Est ou du Nord. Premier «alcool fort» consommé dans le monde elle est produite sous toutes les longitudes ou presque. Ensuite et surtout parce que la consommation des «alcools forts» en Russie - qui paye un tribut croissant aux ravages de l'alcoolisme - ne concerne malheureusement pas que la vodka comme en témoigne une inquiétante étude également publiée dans la revue Alcoholism: Clinical and Experimental Research (2).

Ce travail mené par un groupe de chercheurs britanniques et russes dirigés par David A. Leon (London School of Hygiene & Tropical Medicine) et Artyom Gil (Académie médicale de Moscou) vise à établir au mieux la réalité de la consommation de produits contenant de l'alcool mais n'ayant pas le statut de boissons (eau de Cologne, teintures médicinales etc.). Ce phénomène très inquiétant est connu sans qu'on en mesure bien la portée.

De précédentes recherches menées dans une ville de l'Oural (entre 2003 à 2005) avaient montré que la consommation de tels produits pouvait être associée à une mortalité très élevée de diverses origines. L'enquête de l'équipe de Leon a été menée en 2007 dans 17 villes de la Fédération de Russie où des agents ont visité les pharmacies et d'autres types de points de vente et achetés différents échantillons de produits alcooliques non alimentaires généralement pour un prix de 10 à 15 roubles par bouteille, avec une concentration en éthanol d'au moins 60% en volume.

«Des échantillons d'alcools non alimentaires ont pu être acheté dans chacune des 17 villes que nous avons étudiées, résument les chercheurs. La majorité des 271 produits visés constituent des sources d'éthanol moins chères que la vodka Russian Standard.» Les teintures médicinales, vendues presque exclusivement dans les pharmacies avec 78% d'éthanol en volume apparaissent les plus fréquemment accessibles. Et des études précédentes avaient établi que la majorité des produits retrouvés étaient consommés comme produits de substitution aux boissons alcooliques.

En Russie, ce phénomène s'ajoute au développement depuis quelques années de la vente à bas prix de liquides présentés comme de la vodka et qui sont en réalité des produits issus de distillations frelatées. Ces trafics auraient en 2006 été à l'origine de 17.000 décès prématurés. Les mesures prises depuis par Moscou ne semblent pas avoir fait la preuve d'une pleine efficacité.

Jean-Yves Nau

(1) "Intoxication With Bourbon Versus Vodka: Effects on Hangover, Sleep, and Next-Day Neurocognitive Performance in Young Adults"
Damaris J. Rohsenow, Jonathan Howland, J. Todd Arnedt, Alissa B. Almeida, Jacey Greece, Sara Minsky, Carrie S. Kempler, and Suzanne Sales
From the Center for Alcohol and Addiction Studies (DJR, SS), Brown University, Providence, Rhode Island; Youth Alcohol Prevention Center at Boston University, School of Public Health (JH, ABA, JG, SM, CSK), Boston, Massachusetts; University of Michigan Medical School (JTA), Ann Arbor, Michigan.
(2) "Availability and Characteristics of Nonbeverage Alcohols Sold in 17 Russian Cities in 2007"

Artyom Gil, Olga Polikina, Natalia Koroleva, Martin McKee, Susannah Tomkins, and David A. Leon
From the London School of Hygiene & Tropical Medicine (AG, OP, NK, MM, ST, DAL), London, UK; and Moscow Medical Academy (AG), Moscow, Russia.

Image de Une: elvissa, Flickr, CC

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Comments

De l'éthique du cancer

C'est important de choisir son poison! l'enquête ne va pas assez loin... Et la Tequila! Le gin! Le rhum et ses métastases cérébrales garanties! Et qui a déjà osé refuser une Caïpirinha? Au très très vieux jeu du monde qui se divise entre ceux-là et les autres, il est évident qu'on a la famille alcools blancs et les autres, plus wasp et portés sur l'ambre... Et bien sûr les unificateurs, la seule véritable grande famille du consensus absolu qui se refuse à tout ostracisme et aime aveuglément: les alcooliques.

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