Monde

Un ado chasse une baleine en Alaska: héros de son village, il se fait harceler en ligne

Temps de lecture : 2 min

Paul Watson, l'influent fondateur de Sea Shepherd, a lancé les internautes militants contre un Alaskien de 16 ans qui a tué une baleine boréale en avril.

Queue de baleine. | Hans Dekker via Flickr CC License by
Queue de baleine. | Hans Dekker via Flickr CC License by

Chris Apassingok, un adolescent qui vit dans le village de Gambell sur l'île Saint Laurent au large de l'Alaska, a fait la une des médias locaux en avril dernier pour avoir harponné une baleine boréale âgée de 200 ans, un monstre de 17 mètres de long. Avant, vivre cette expérience était pour un adolescent de cette communauté un événement majeur, symbolisant le passage à l'âge adulte, une histoire dont on lui reparlerait des années après. Mais à l’heure de la connexion planétaire instantanée, la nouvelle de sa pêche s’est répandue bien au-delà des Esquimaux de l'Arctique, et les photos de la baleine ont inondé les réseaux sociaux des défenseurs des animaux, qui n'ont pas tardé à harceler en ligne le jeune homme. Celui-ci a même dû quitter son école.

Le traumatisme s'est répandu dans toute la population autochtone de l'Arctique, qui s'est sentie blessée et attaquée lors de cette polémique. C'est ce que raconte dans un long article consacré à cette histoire le site High Country News. Tout a dérapé lorsque Paul Watson, ancien cofondateur de Greenpeace et médiatique activiste de l'ONG de protection des écosystèmes marins Sea Shepherd, s’est fendu d’un post sur Facebook en s’en prenant directement à l’adolescent. Traitant le jeune homme d'«espèce de petit connard meurtrier de 16 ans», Watson a moqué l'attitude différentialiste selon laquelle la communauté des Esquimaux aurait un droit spécifique à tuer des baleines: «c’est donc okay parce que tuer des baleines fait partie de sa culture, de sa tradition… Je me fous de l’attitude politiquement correcte selon laquelle certains groupes de gens ont le “droit” de tuer une baleine».

Un déchaînement de violence verbale et de menaces a accompagné le post Facebook de l'influent défenseur des animaux marins. «Nous luttons pour acheter du gaz, de la nourriture, ils risquent leurs vies pour nous nourrir, alors que Paul Watson n’aura jamais à souffrir un seul jour de sa vie», a répliqué la mère de Chris. Car le village dépend des ressources locales pour se nourrir et ses habitants chassent le phoque et pêchent la baleine dans la mesure où les produits de consommation sont extrêmement chers et la communauté, pauvre. Ses membres ont d’ailleurs eu recours à l’aide alimentaire lors d’un hiver particulièrement difficile pour la pêche et la chasse en 2013.

On peut ainsi lire sur une des pétitions lancées en ligne contre Paul Watson:

«Cette île n'a pas les coutumes occidentales auxquelles la majorité des Etats-Unis est habituée comme une épicerie ou un bureau de poste, mais ses habitants ont des traditions et une culture riches, qui ont soutenu leurs membres durant des milliers d'années! La chasse à la baleine fait partie de cet héritage».

Une fois la controverse devenue internationale, Paul Watson a finalement répondu sur Facebook à ses détracteurs, qui lui demandaient s'il ne s'inquiétait pas de propager des appels à la haine. Selon lui: «Il n'y aura pas d'excuse. Ni aujourd'hui, ni un autre jour».

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