Monde

A Mossoul, après la défaite de Daech, le difficile travail de la morgue

Repéré par Vincent Manilève, mis à jour le 22.07.2017 à 12 h 33

Repéré sur Reuters

Les jours passent et les corps continuent de s'accumuler.

Une rue de Mossoul, en Irak, quelques jours après la libération de la ville, le 13 juillet 2017. SAFIN HAMED / AFP

Une rue de Mossoul, en Irak, quelques jours après la libération de la ville, le 13 juillet 2017. SAFIN HAMED / AFP

La journaliste Isabel Coles vient de réaliser pour Reuters un reportage particulièrement terrible en Irak. «Les frigos sont presque pleins à la morgue de Mossoul, où les victimes de guerre de Daech sont gardées», écrit-elle dès le début de son article. Chaque jour, le temps d’identifier les victimes de la veille, de nouveaux corps arrivent et s’accumulent.

Il est même devenu difficile d’établir un compte correct du nombre de victimes, tout ce que les employés savent, c’est qu’ils en reçoivent entre 30 et 40 par jour. «Les chiffres sont plus élevés que ce que nous pensions, a expliqué le docteur Modhar al-Omary, qui dirige la morgue. Nous espérions que le flot allait diminuer, mais ce n’est pas le cas.» Car dehors, les équipes chargées de récupérer les victimes dans les ruines risquent encore leur vie. Mi-juillet, un membre des Forces de Défense Civile a été tué alors qu’il fouillait des ruines à la recherche de corps. Une bombe enterrée a explosé dès qu’il s’en est approché. De plus, le gouvernement a arrêté de les payer dès lors que Daech contrôlait le territoire.

La question de l’identification demeure là aussi extrêmement problématique. Lors de son passage à la morgue, la journaliste a ainsi vu une femme retrouver le corps de sa mère, disparue depuis un mois et demi. Son corps étant trop endommagé, elle a reconnu ses vêtements. Un pied à été apporté à la morgue un jour. Ses proches ont pu le reconnaître grâce à la chaussette qu’il portant le jour d’un bombardement qui a frappé sa propre maison. Le statut des morts est complexe, car les certificats de décès livrés par Daech ne sont pas reconnus par le gouvernement irakien. Les familles ne peuvent donc pas demander de compensation, ou alors il faut déterrer le corps pour espérer l’obtenir. Le gouvernement veut également s’assurer qu’il n’y a pas, parmi les corps qu’elle doit gérer, des membres du groupe de djihadistes. En attendant, des corps pourrissent au soleil, ou restent à la merci d’animaux.

«Beaucoup de sang a coulé, explique un employé de la morgue. L’Irak avait jusque-là deux fleuves: le Tigre et l’Euphrate. Maintenant nous en avons un troisième: le fleuve de sang.»

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